Ici & Ailleurs, un tour du monde en cent étapes

Carnet de voyage. Les mots en eux-mêmes nous transportent déjà à mille lieues des embruns de Brest. Le festival Ici & Ailleurs y accueille depuis 2002 une centaine de voyageurs artistes. Qu’ils racontent un périple à l’autre bout du monde ou dans le quartier voisin, ces « carnets » sont toujours des aventures à lire ou à regarder. Au détour des allées du Centre national des arts de la rue, le Fourneau, rencontre avec quelques carnetistes de cette cinquième édition.

« Les Cénobites Tranquilles »

Les Cénobites Tranquilles. Entre deux salles du Fourneau, ce drôle de nom de stand intrigue les visiteurs. « Les cénobites, c’est un épisode de ma vie », explique Yohann Michaud, l’auteur des peintures. Ce carnet de voyage est le quatrième à son actif. Il raconte la vie de Yohann et de son fils aux Cénobites Tranquilles, un ensemble de cabanes situé à Magné (79), en bordure de Niort. Les Niortais s’y réunissaient lors des bombardements pendant la Seconde Guerre Mondiale. Depuis, elles sont occupées pendant les beaux jours. Yohann, lui, a habité dans l’une de ces cabanes l’hiver dernier. D’ailleurs, ses premières peintures de l’endroit ont été faites sur des chutes de carton, matériaux qui servait à isoler l’endroit du froid.

« Je ne dessine que si j’ai quelque chose d’intéressant à raconter », continue Yohann. Il y a dix ans, il était jongleur de rue et parcourait l’Amérique Latine. Cette première aventure a donné lieu à un carnet de voyage, puis à une exposition. Yohann publie alors ce carnet de route de jongleur en livre. Depuis, trois autres aventures dessinées ont suivi.

Croquer des « bouts de vie »

C’est la première fois que Yohann participe au festival Ici & Ailleurs. « Les salons de ce genre, c’est motivant. C’est un beau moment d’échange ». Avec le public, l’échange consiste souvent en un dessin. Pendant ces trois jours, une centaine de visiteurs s’est fait croquer le portrait. « C’est ce que je préfère », précise l’artiste. Une dame vient lui demander de reproduire un dessin, le portrait de son mari croqué plus tôt dans la journée. Yohann fait la moue. « Je ne vais pas recopier exactement le même dessin ! Je vais te dessiner toi plutôt ». Un nouveau dessin, pour ne pas briser l’authenticité du premier.

Carnets de mémoire…

Quand certains voyagent à l’autre bout de la Terre, Isabelle Courtade, elle, voyage dans le temps. Depuis 6 ans, elle écume les brocantes et autres vides greniers à la recherche de carnets. Petits, grands, épais, reliés, professionnels ou intimes, griffonnés ou biens entretenus… Isabelle récupère les carnets égarés par des propriétaires d’un autre temps. Sa collection en compte désormais plus de 150. Le plus ancien date même de 1723. Pour le salon Ici & Ailleurs, elle a décidé d’exposer tous ceux qui ont un rapport avec le travail. On trouve, pèle-mêle, un cahier de vacances, le carnet d’une couturière qui y reproduit des broderies, celui d’un créateur de liqueur ou encore un cahier, mystérieux, qui parle de « livraisons de boues ».

Deuxième vie artistique

En février dernier, Isabelle Courtade a fait appel à huit artistes et amis, leur proposant de faire vivre tous ces carnets une nouvelle fois. Le but : créer un nouveau cahier qui fait écho à l’original. Christian Dreano, l’un des participants, a choisi de ranimer un carnet de pêches, tenu pendant la guerre 1914-18. « Il y a toujours une part de mystère, il faut imaginer le bout de l’histoire que l’auteur n’a pas écrit », explique-t-il. Photographie, peinture, collage… « Chacun a ses outils plastiques et sa sensibilité », raconte Claire Amossé, elle aussi auteur de l’un de ces nouveaux carnets. Pourtant, certains artistes ont échangé ensemble avant de se lancer dans l’aventure. Isabelle Courtade explique : « chacun a choisi un carnet, puis nous avons eu des rendez-vous communs pour échanger nos points de vue. Avec, comme objectif, le festival Ici & Ailleurs ». Dans cette démarche, aucune nostalgie. Juste l’idée que pour créer de nouveau, il faut que quelque chose ait préalablement existé. « On a besoin de cette mémoire, on se construit sur les strates du passé ».

Célia Caradec

Célia Caradec

Présidente de So Ouest 2010-2011

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