Voir la Lune naître et mourir

Une faille temporelle, une distorsion spatiale, une hallucination collective ? Nul scientifique n’explique à cette heure la mutation soudaine et ponctuelle de Brest en ville des étoiles. Insouciants, les amateurs de techno s’en foutent. Bande de hippies !

Pour la huitième année de rang, Brest s’est transformée en Astropolis. Du 29 juillet au 1er août, à l’heure du rituel chassé-croisé des navettes spatiales, la ville la plus à l’ouest du vieux continent s’est ouverte sur l’univers des musiques électroniques. Un choc sidérant.

Le symposium annuel des astronomes bretons impose un programme éreintant à ses participants. Mais les phénomènes rares qui se produisent dans la ville portuaire en valent la peine. Jeudi sur le port de commerce, un Beat Torrent se déversait dans les oreilles de milliers de ravers. Simultanément, Jeff Mills tenait une conférence à faire vaciller la Carène. Vendredi, c’est depuis un Bunker Palace que Yuksek se donnait à entendre.

astropolis-radionova

Les astres tiennent dans la main des joueurs

Las de décompressions, nos astronomes ont troqué leurs lunettes noires pour un jeu de boules. Avec sérieux, quinze doublettes se sont affrontées jusqu’à désigner la meilleure d’entre elles. Il était temps de poser les pieds sur Terre avant de se remettre la tête dans les étoiles. Samedi après-midi, c’est place Guérin qu’on pouvait les croiser.

Le Mix’n Boules est la dernière occasion de tâter du cochonnet avant le bouquet final. Celui-ci est prévu dans un manoir dans le bois de Keroual. Déjà, les rumeurs les plus folles circulent à propos des apparitions susceptibles d’y avoir lieu. Des Supertrashers et un ancien président dansant la polka dans une ambiance de carnaval. Légèrement embués, nos papillons de nuit quittent le bac à sable pour rejoindre la seule Cour de récré qui vaille.

Attirés par les lumières stroboscopiques de la cour, c’est à l’écoute d’un set de Théo Gravil qu’on les retrouve. Mouvements saccadés, tenues extravagantes, les physiciens succombent vite aux phénomènes qu’ils étaient venus étudier.

Réfugiés sous un chapiteau, pris aux piège du ninja Kentaro, nos astronomes découvrent plus d’étoiles sous leurs paupières qu’ils n’en ont jamais observé par une nuit de nouvelle lune.

astropolis-keroual-cour

La cour du manoir de Keroual

Aux confins de la nuit, Brodinski porte l’estocade finale sur l’Astrofloor. Hypnotisés, certains ne s’en relèveront pas. The best of everything est rémois, ils retiendront au moins ça.

Sous une constellation à multiples facettes, tous les voyages sont permis. En transe, certains s’oublient, d’autres se révèlent.

Au petit jour, l’étrange lieu de ces folies se dévoile enfin. La magie d’Astropolis s’est dissipée avec les derniers rayons de lune. Cela n’empêchant pas nos savants fous d’espérer la prochaine nuit des étoiles, prévue même lieu, même date, dans un an.


[nggallery id=12]

Sylvain Ernault
Auteur et administrateur de So Ouest devenu Report Ouest de la création du magazine en ligne en 2010 à mon départ de l'IUT de Lannion en 2012. Des bureaux de vote aux tribunes du Roudourou, du studio de TTU à la prairie de Kerampuilh. Actuellement journaliste et cofondateur du webzine « La Déviation ».
Sylvain Ernault
Sylvain Ernault

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.