Valse avec Merzhin

Une dizaine d’années maintenant que Merzhin parcourt les routes. Après quatre albums, le groupe de rock originaire de Landerneau a fait pas mal de chemin jusqu’à s’écarter de ses premières influences . Les six amis ont commencé par une musique ancrée dans une ambiance celtique, traditionnelle, pour se diriger progressivement vers des sonorités empruntées au bon vieux Western américain. So Ouest a pu les rencontrer.

– Merzhin a une notoriété de plus en plus grande sur la scène rock française, mais vous continuez à participer à de petits festivals, notamment en Bretagne, ou à des petits concerts comme ici à Lannion. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Merzhin : C’est vrai qu’il y a un côté tout terrain dans l’histoire du groupe que nous avons toujours revendiqué. On est à la fois dans des réseaux de salles et de festivals importants, mais on joue aussi dans des fêtes maritimes. C’est peut-être la spécificité de notre son. Du rock breton, c’est pour un public populaire, dans les fêtes locales. Et il faut rendre à ta région ce qu’elle t’a donné.C’est également une chance en Bretagne d’avoir à la fois des gros festivals rock et des festivals locaux qui arrivent à mélanger les groupes. Un groupe de rock breton peut jouer au milieu d’un bagad ou d’un fest-noz, c’est pas gênant.En plus, on peut toucher plus de gens, des personnes qui ne viendraient pas forcément nous voir en concert. Les spectacles gratuits en plein air, cela les attire. Mais bon voilà, nous on nous demande de venir, clairement (rire).

– Donc vous êtes de plus en plus demandés ?

Oui, enfin il y a des hauts et des bas. Ça fait quoi… ? 15 ans qu’on existe. Notre difficulté, c’est aussi de pouvoir jouer en dehors du grand ouest. La problématique de beaucoup de groupes en France c’est d’être fort régionalement. Mais au niveau national, quand on ne passe que par des concerts, c’est plus long que pour un groupe qui arriverait directement en radio et qui ferait son circuit de salles et de festivals. Nous on est dans un réseau plus alternatif.

– En 2009, votre musique a pris un tournant avec la formation Merzhin Moon Orchestra. Trois musiciens – deux cuivres et un accordéon – vous ont rejoint pour une tournée et l’écriture d’un album. Album qui reprend d’ailleurs plusieurs morceaux de vos précédents opus, mais dans une version beaucoup plus « jazzy ». Pourquoi cette formation est intervenue à ce moment de votre carrière ?

On avait besoin de prendre un peu d’air. On avait tourné longtemps, fini le troisième album et on composait notre suivant, Plus Loin Vers l’Ouest (ndlr, sorti en avril dernier). On a eu cette idée pour se donner un peu de souffle sur scène et on connaissait des gens d’un orchestre de salsa. Au départ cette création était pour une salle qui venait d’être refaite à Landerneau, Le Family. C’est un peu le lieu mythique de notre ville. Vu le travail que l’on a fourni, on a décidé de partir pour une tournée et donc de sortir un EP.

merzhinDans Merzhin, il y a une grande place accordée aux mélodies. C’était assez excitant de les réarranger avec des cuivres et de donner cette couleur un peu « Western ». On a montré aussi que la sonorité celtique, très présente dans les premiers albums, c’était surtout un passeport pour voyager vers les grands espaces qu’on a voulu développer dans Plus loin Vers l’Ouest. Les cuivres sont intervenus sur certains morceaux tout en nous donnant une dynamique, pour la musique bien sûr, mais également pour les textes et les propos. Plus que jazzy, c’est ce côté « Western-latino » qui est ressorti.

– On vient d’en parler un peu, mais votre musique a beaucoup évolué depuis vos débuts. Même vos textes, qui étaient très festifs, sont devenus plus mûrs, engagés. Comment l’expliquez-vous ?

C’est l’âge qui veut ça. Quand on a commencé à faire de la musique c’était plus facile. Les choses se sont endurcies au fil des années. Le contexte social, de toute façon, va avec ! Ça a commencé par notre milieu et aujourd’hui ça se généralise dans tous les corps de métier, dans toute la société. Et puis quand tu as 18-20 ans tu ne te réfères pas aux mêmes choses qu’à la trentaine.
Musicalement aussi les premiers albums étaient beaucoup plus festifs. Les grandes mélodies étaient basées sur la bombarde comme dans « La Panne » ou « Le Maillot Jaune ». On a aussi évolué car Ludo a appris pleins d’instruments. Au départ il avait à sa disposition bombardes et flûtes. Aujourd’hui, il s’est tourné davantage vers les « sax ». C’était clairement notre idée de départ. Un métissage entre le rock et les mélodies. Après, on ne s’est jamais focalisés non plus sur la bombarde et la flûte.

On n’a pas envie de se lasser d’albums en albums. On se connaît depuis longtemps, mais à refaire à chaque fois le même son tu finis par te lasser, tu n’as plus envie. On le sait, on sent des reproches des fois de la part du public qui voudrait entendre certains morceaux sur scène. Mais ces chansons ne collent plus trop avec nous maintenant. À chaque fois on se remet en question, il ne faut pas qu’un album ressemble au précédent. On perd sûrement des gens en cours de route mais c’est vital pour le groupe. Il faut que le public évolue avec nous et on a cette chance.

– Votre passé « celtique » se délite donc avec le temps ?

C’est une réalité. Quand on écrit un morceau on réfléchit pas genre :  » il faut que ce soit celtique « . À l’inverse, on aurait pu tomber dans un systématisme avec à chaque fois un thème de bombarde. Des gens nous ont dit : « ouais, on aimait moins ce côté festif, biniou, machin… » Il y avait quand même ce cliché de Merzhin comme les nouveaux Tri Yann. On fait plus de la chanson rock que du Fest-noz, même si on adore ça. Notre démarche musicale n’est pas de flatter le folklore. Quelque part, Moon Orchestra a permis de brouiller les pistes, d’étonner.

– Et alors ce nom de Merzhin, il vient d’où ?

Dieu seul le sait ! Et est-ce qu’on s’en rappelle au moins comment on l’a choisi, ce nom (rire) ? C’est toujours un moment délicat pour un groupe. Bon, il y avait le sentiment d’appartenir à la Bretagne qu’il fallait retrouver. On n’a pas débattu pendant des heures. On est Breton, on voulait faire du rock breton, le nom devait suivre.
C’est aussi pour permettre aux journalistes de trouver des titres faciles : Merzhin, un rock enchanteur ! On leur a enlevé une épine du pied ! On se serait appelé les Fucking Blue Boy ça aurait été plus compliqué !

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