Un Biutiful noir de réalité

Le dernier film, tant attendu, d’Alejandro Gonzalez Inarritu est sorti le 20 octobre sur le grand écran. Seulement quatre longs métrages à son actif, mais Inarritu est déjà une légende. Après Amours Chiennes, Babel et 21 Grammes, il nous plonge une fois de plus dans une société noire et corrompue, qui nous retourne l’estomac.

Pour Biutiful, Inarritu s’est séparé de son scénariste fétiche, Guillermo Arriaga. Ce dernier film garde la noirceur du réel, mais il se détache des scénarios alambiqués, entremêlés des trois autres films. Techniquement, Inarritu nous offre encore un spectacle étonnant, avec des plans sublimes, des contrastes flous/nets. Sauf que là, Biutiful se concentre sur un seul personnage, Uxbal, incarné par Javier Bardem. On suit le drame de cet homme, atteint d’un cancer de la prostate, à qui il ne reste plus que quelques mois à vivre.

Javier Bardem mérite son prix d’interprétation obtenu à Cannes en 2010. Il excelle dans le rôle de ce personnage torturé, qui exploite des clandestins mais les aide comme il peut et s’y attache. Un homme qui va tout faire pour assurer un avenir meilleur à ses deux enfants, Matéo et Ana. Les scènes entre Uxbal et ses enfants sont particulièrement forte émotionnellement. Le petit Matéo nous fait craquer dès les premières minutes, avec ses répliques matures et une bouille ronde à croquer. Ana est plus posée, réservée, et joue avec une justesse et une gravité incroyable. On l’a compris, Uxbal est lui un personnage ambivalent : bon et généreux, mais qui, pris dans un tourbillon, va être amené à commettre des actes graves pour sauver sa peau et celle des siens.

Biutiful est un film qui tenait à cœur à Alejandro Inarritu, un film bouleversant sur la paternité. Il le dédie à son père, et se dit obsédé par le rôle d’un père, de la perte d’un père, de l’abandon.

Le sens tragique de la vie prend tout son sens dans ce film. En même temps que le mot Biutiful. On le voit à travers les tendances fatalistes du personnage de Marambra (Maricel Alvarez), la femme d’Uxbal. Une femme comme on en voit dans les films d’Almodovar, une prostituée du film Tout sur ma mère. Une femme dans la drogue et la prostitution, sans perspective. Mais ce film possède aussi une faible note d’espoir, avec Ige (Dyariatou Daff), cette immigrée sénégalaise, femme d’un clandestin protégé d’Uxbal. Elle va l’accompagner dans ces derniers jours de vie et s’occupe de ses enfants.

Inarritu nous montre un Barcelone comme on le voit rarement. Et comme à son habitude il dénonce. On voit « La cour des miracles » de Barcelone, la pauvreté, le travail et le trafic clandestin. On se prend une réalité ignorée en pleine face. On pourrait mettre un bémol sur la durée du film, 2 h 17. On se demande si c’était un réel besoin ou si Inarritu nous a fait des scènes « inutiles » ou à « rallonge ». Tant pis. C’est aussi ce qui fait la beauté de son film.

Biutiful mérite le déplacement, sans hésitation et impérativement. Les fans du réalisateur mexicain seront peut-être un peu déçus, mais pas surpris. On ne sort pas indemne de Biutiful, dont on garde un goût d’amertume à travers la gorge.

Réalisateur : Alejandro Gonzalez Inarritu Scénaristes : Alejandro Gonzalez Inarritu, Armando Bo, Nicolas Giacobone.

Madeline Plard

Madeline Plard

Madeline Plard

Latest posts by Madeline Plard (see all)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.