La princesse de Montpensier
Dans un XVIe siècle où la maxime « force et honneur » fait parole d’évangile, le royaume de France est rongé par les guerres de religion où s’illustrent les princes du sang, grands nobles avides de pouvoir. La princesse de Montpensier (Mélanie Thierry), troublante beauté héritière d’une puissante lignée, soulève dans ce fatras d’armes les cœurs les mieux attachés…
1567. Charles IX règne sur un royaume de France et de Navarre divisé par les guerres de religions qui opposent protestants et catholiques. Dans ce siècle de la Renaissance, les Grands, ces princes du sang issus de la lignée royale, concurrencent la couronne à coup de guerres et d’éclats.
Au milieu de ces fauves affamés de pouvoir, tombe la délicate Marie de Mézières (Mélanie Thierry), riche et magnifique héritière de la lignée du même nom. Promise au fougueux et puissant Henri de Guise (Gaspard Ulliel), dit le Balafré, dans sa jeunesse, l’héroïne de la nouvelle de Madame de la Fayette (dont Tavernier tire son film) en est follement amoureuse. Mais les alliances et jeux de pouvoir en décident autrement. Contre quelques terres inhérentes et une belle dot, Marie de Mézières tombe dans « l’escarcelle » de la Maison de Montpensier. Mariée au tendre François (Guillaume Leprince-Ringuet), aîné de la famille éponyme, elle devient malgré elle l’objet d’une sourde lutte. Et c’est là que le film de Bertrand Tavernier touche au chef-d’œuvre.
Au cours des scènes de dialogues qui donnent sa puissance au long-métrage, une brûlante tension s’empare des personnages. Tour à tour convoité par Henri de Guise, le duc D’Anjou (futur Henri III), magnifiquement interprété par Raphaël Personnaz, et le comte de Chabannes, la princesse de Montpensier est au centre de ce machiavélique échiquier. Dans ces scènes de huit clos, tel le repas dans l’austère château du comte de Chabannes (Lambert Wilson), chaque prétendant avance ses cartes. Du haut de son droit de préséance, le duc D’Anjou mène le jeu. Henri de Guise trompe son monde. Le personnage de Lambert Wilson, au sang moins noble que ses jeunes rivaux, s’allie avec Marie de Montpensier qui se refuse à son amour. L’époux sans charisme, le duc de Montpensier, est humilié par ses pairs. Mais punit la princesse de sa colère lors de leurs rares moments d’intimité.
Dans une avalanche de destins écrasés par les exigences du pouvoir, cette brillante brochette d’acteurs navigue entre boucheries religieuses dans lesquelles huguenots et catholiques sont couverts de la même boue, fastes fêtes où velours, capes et épées se croisent à la cour du roi, et belles cavalcades dans des décors naturels. La réalisation de Bertrand Tavernier touche au sublime dans plusieurs séquences (cependant la scène de la Saint-Barthélémy est ratée). En somme un superbe film de costumes dont les masques, au propre comme au figuré, constituent le principal ornement.
Réalisateur : Bertrand Tavernier Scénaristes : François-Olivier Rousseau, Jean Cosmos, Bertrand Tavernier.
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