La face immergée de Denis Robert

Il est LE journaliste qui a révélé Clearstream. Denis Robert s’associe à la chorégraphe Florence Caillon, qui présente L’iceberg, un spectacle qui mêle cirque contemporain et réflexion sur le système capitaliste. Nos avis sont partagés sur la première du spectacle, donnée au Carré Magique de Lannion.

Contre

Qu’attend t-on d’un spectacle en partie inspiré de Denis Robert, qui mêle mise à nue du système capitaliste et cirque contemporain ? Sûrement qu’il nous éclaire sur ce monde complexe, dans lequel sphère financière et politique s’encanaillent. Qu’il apporte un peu de poésie aux listings de l’affaire Clearstream, documents barbares barbouillés de zéro et de sigles cryptés et inaccessibles au grand public.

Hélas, la première partie de L’iceberg plonge le public dans une torpeur digne de celles que connurent les places boursières au plus fort de la crise de 2009. Les chorégraphies sont lentes, sans rythme. Le spectateur se perd dans une narration confuse, qui au travers de deux voix off, alterne critiques de ce capitalisme qui nous gouverne et expériences personnelles de Denis Robert. Le spectacle qui se voulait grand public, chute les deux pieds en avant dans une bouillie intellectuelle qui repousserait presque un « bobo » de Saint-Germain-des-Prés.

Plus embêtant encore, L’iceberg est bourré de raccourcis dans sa critique d’un capitalisme profondément inégalitaire. On en veut pour preuve, cette scène cinématographique sur les émeutes déclenchées par la faillite financière de l’Argentine au début des années 2000. Le spectateur est plongé dans un torrent d’images, sans explications, sans contextualisation. La parole n’est donnée qu’aux manifestants. Le pouvoir des images contre celui des mots.

Heureusement, le ton change dans la dernière partie du spectacle. Les chorégraphies sont plus imagées et endiablées, tel ce numéro d’anthologie de banquiers, déguisés en monstrueuses créatures. Conséquence, la narration gagne en épaisseur et en force de persuasion.

Le beau final ne reste cependant que la face visible d’un iceberg, dont la partie immergée reste un bloc difficile à digérer.

Camille Belsoeur

Pour

A la lecture du titre de ce spectacle, on pourrait s’attendre à un voyage vers le Grand Nord avec ses glaciers blancs comme neige. Or, dans L’iceberg, Denis Robert et Florence Caillon proposent de présenter d’une manière artistique un monde beaucoup moins pur, celui des finances et du capitalisme.

En un peu moins d’une heure et demie, le spectacle mêlant cirque, danse et humour est d’une grande réussite, même si certains reprocheront à L’iceberg un manque d’explications au niveau de l’actualité et de tomber facilement dans des raccourcis sur le monde d’aujourd’hui comme l’opposition riches/pauvres. Il faut retenir ici la poésie avec laquelle le sujet est traité.

A peine rentré dans la salle de spectacle, les artistes sont déjà présents sur scène et des vidéos plus ou moins anciennes passent sur une grande toile tendue au fond de la scène. Ce système de projection, c’est l’une des forces du spectacle. Tout du long, elle servira à diffuser vidéos, mots, photographies et les toiles de Denis Robert quittant sa casquette de journaliste pour celle d’artiste plasticien.

La première partie du spectacle se passe dans les airs, sur une barre métallique horizontale à la scène où les comédiens s’adonnent à des acrobaties, très efficaces visuellement. Ce mécanisme se veut très certainement représenter ce fameux iceberg car au fur et à mesure qu’avancent les tableaux, on découvre la face cachée de ce système financier qui est loin d’être rose.

Mention spéciale pour le passage du numéro de trapèze, souvent vu et revu dans les spectacles de cirque contemporain. Ici, il entre dans une autre dimension et une des acrobates effectue ses balancements sous fond d’images représentant des paysages qui défilent le long de la route.

Le dernier quart d’heure est une véritable dose d’humour où les comédiens déguisés en capitalistes comme on les trouverait dans des caricatures effectuent une danse sous un fond musical tout droit sorti de RabbiJacob. On rit pour finir, mais on n’oublie pas que ce rire c’est juste la partie immergée de L’iceberg, en dessous se trouve un quotidien beaucoup moins joyeux.

Justine Briot

Chorégraphe : Florence Caillon Artiste associé : Denis Robert

Dates de la tournée jusqu’au 3 juin 2011

Répétitions à Niort

Camille Belsoeur

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