Quelques questions au Vieux Farka Touré

Après deux albums, le fils d’Ali Farka Touré s’est fait un nom. Son mélange de musique traditionnelle, de reggae et de rock prend toute son ampleur sur scène. Avant son concert au Carré Magique, à Lannion, il revient sur sa musique, ses origines et ses envies.

– Pour définir votre musique, vous parlez de « Sahara rock », est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi cela consiste ?

C’est une musique traditionnelle en version rock. Comme le rock vient des Américains on ne peut pas dire American rock, alors c’est Sahara rock.

– Musicalement, vous mélangez la culture occidentale et malienne : vous chantez en songhaï, langue parlée en Afrique de l’Ouest, une guitare électrique à la main. Quelle place tient la tradition ?

C’est très important parce que je suis Africain de père et de mère. Je viens de la région de Tombouctou au Mali. Je veux bien faire une musique en même temps traditionnelle et moderne et je veux garder cet héritage. Sinon, c’est comme si tu prends un arbre et que tu le déracines.

Vieux Farka Touré en concert

– Entre vos deux albums, vous avez changé de label. De l’ancien orienté musique traditionnelle africaine vous êtes passé à Six degree records, un label ouvert à de multiples genres musicaux. Pourquoi ce changement ?

Je me préoccupais pas trop à l’époque des affaires avec le label, ce qui m’intéressait c’était le public, je jouais et je m’en allais. Mais ce n’est pas la même chose maintenant, je suis tout de très prêt. Si mon label ne fait pas mon affaire ou ce que je veux, j’arrête. C’est simple… J’ai tout simplifié dans la vie. Quand tu travailles avec quelqu’un et qu’il ne fait pas ce que tu veux alors tu arrêtes là. Parce que dans le show business, il y a beaucoup de personnes soit les producteurs, soit les promoteurs qui croient que sans eux tu ne vas nulle part. Moi, je crois que c’est Dieu qui fait qu’on aille quelque part et eux ils ne sont pas Dieu. Alors je me laisse dans ses mains (Dieu) et je regarde ce qui va se passer.

– Toumani Diabaté, célèbre joueur de kora malien, a joué sur plusieurs de vos chansons dont « Paradise » sur votre dernier album, Fondo. Quelles relations entretenez-vous avec lui ?

Toumani est mon parrain. C’est obligé qu’il chante au moins un titre sur mon album. Chez nous, ce n’est pas comme ici, quand quelqu’un est ton parrain, c’est comme si il était ton père, il veille sur toi. Il ne m’apprend pas seulement la musique, il fait un peu de tout dans ma vie, il m’aide à régler les problèmes professionnels, sociaux…

– Est-ce que tu as l’impression de suivre les traces de ton père, le célèbre bluesman Ali Farka Touré ?

Je veux faire quelque chose de nouveau, qui m’appartient à moi, Vieux Farka. Je ne dis pas que je reviendrais jamais sur les pas de mon père mais pour l’instant je veux faire quelque chose qui m’appartient. Si je reprends les chansons de mon père, soit je le fais bien, soit je le fais pas du tout. Si tu ne le fais pas bien, t’es foutu. Ça c’est très clair. Il vaut mieux ne pas le faire au début. Pour me faire connaître au public en tant qu’artiste, je fais ma musique ni celle de mon père ni celle d’un autre. Alors quand je reprendrai des chansons de mon père, on pourra dire « il a aussi ses propres trucs ». Je préfère d’abord créer ma propre musique avant d’arriver au chef -Ali Farka Touré-.

– Un nouvel album dans les bacs ?

Je suis en cours d’enregistrement d’un album acoustique plus traditionnel qui devrait sortir bientôt si tout va bien.

Mathilde Villain

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