A Brest, un Kop qui a fait la guerre

On parle d’un retour de la Marée rouge comme hymne brestois, c’est donc le moment opportun de tester la ferveur du kop ! Le SB29 affronte Montpellier ce samedi 11 décembre à 19h, dans un match qui a déjà commencé en dehors du terrain, et qui promet d’être engagé sur le terrain.

18 heures, une heure avant Brest-Montpellier. Une bagarre éclate entre supporters brestois et montpelliérains devant le Penalty bar. Quelques ti’zefs (supporters du SB 29) sont interpellés, « La faute à l’assaut par surprise des sudistes », dit-on devant le stade. L’avant match promet. Alors qu’on parle de Brest comme étant une « ville foot », et que tout le monde s’extasie devant le parcours des Finistériens en Ligue 1, je me décide à aller jauger la température du Kop brestois.

Sur un air latino

18h40, arrivée aux portes du stade, on fait la queue pour entrer en tribune Quimper (siège des kops). Aujourd’hui, c’est régime spécial : deux fouilles pour le prix d’une. La première faite par un stadier, et la deuxième par un officier de police. Ce qui n’est pas pour plaire aux plus éméchés des supporters, qui, une bière à la main, décident de déclarer leur amour à la police via des chants à la teneur poétique.

18h50, après une inspection plus que complète, j’entre dans l‘arène. Tous les supporters sont debouts sur les sièges (la règle en tribune Route de Quimper), et s’échauffent les cordes vocales en chantant des « Allez Brest » sur des airs de tubes disco des années 80. C’est le côté « kitsch » du supporter breton.

Nous sommes les Ti’zefs, sauvages et fiers de l’être »

18h55, arrivée du chef de chœur, ou plutôt devrais-je dire du chef de bataillon, qui résonne sous le doux nom de « Pakito ». Casquette sur la tête, visage tendu, brandissant son mégaphone comme une arme de combat, il commence les hostilités par un chant intitulé « Liberté pour nos camarades » en référence aux supporters interpellés un peu plus tôt. Dès lors c’est un florilège de tous les sujets de société. Géographie avec « Ici c’est Brest », culture avec « Fanny de Laninon », féminisme avec « Gardien ta femme est juste là devant nous », et surtout vie de couple avec le traditionnel « l’arbitre on t’… ».

kop_brest
Le Kop de Brest en action

Sur le terrain, un véritable combat se livre. Le match est arrêté toutes les 5 minutes à cause d’une blessure, souvent brestoise. Il faut dire que les sudistes ne sont pas réputés pour être tendres. Nolan Roux est même victime d’un véritable attentat du montpelliérain Spahic à la 29e minute, qui ne sera pas sanctionnée par l’arbitre (Nolan Roux a pu finir le match, mais doit passer des examens lundi, car il souffre d’un traumatisme à la tête depuis ce choc). En cette première période, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, les deux équipes jouent à armes égales. Seules de grossières fautes vont réveiller les ti’zefs qui s’empresseront de montrer leur désaccord d’un geste de la main. Il faut dire que l’arbitre (appelons le monsieur ONU), n’est pas au mieux ce soir. Il ne sort pas de carton jaune, ce qui a pour effet d’augmenter peu à peu la tension du match.

Peu d’occasions de part et d’autre, et le public commence à s’endormir. Heureusement que « Pakito », l’Oscar Ewolo des supporters, est là pour nous rappeler à l’ordre et nous prêcher lui aussi la bonne parole : « Vous êtes où, là, les gars, vous dormez ou quoi ?! Il n’y a personne dans le stade là, vous ne chantez pas, vous êtes mauvais », s’écrit-il. Ce qui lui vaut d’ailleurs des sifflets. Pas facile de motiver ses troupes pour la bataille. Steeve Elana, le gilet pare-balle brestois, va réconcilier, en bon médiateur, les supporters et les rallier à sa cause en réalisant une magnifique parade sur une frappe de Dernis à la 45e minute.

19h45, c’est la trêve. Les joueurs partent reprendre leurs forces aux vestiaires, les supporters, eux, à la buvette, oubliant même parfois que la bière est sans alcool dans les stades.

Video Gag

20h03, le match reprend et cette fois c’est Jourdren le gardien de Montpellier qui occupe les buts situés à 2 mètres des Ultras Brestois. Celui-ci a pu en profiter pour apprendre de nouvelles injures, s’il n’était plus au goût du jour. Le petit plaisir des ti’zefs : mettre la pression sur le gardien pour qu’il passe à côté de son match. Et ça a l’air de marcher, le portier montpelliérain n’est pas dans son assiette. Il manque beaucoup de ses dégagements, et sur un choc avec Paul Baysse, défenseur brestois, il fait semblant de souffrir et de tomber. Ce qui lui vaut les réprimandes de l’arbitre, de ses propres camarades de jeu, et des supporters. Mais au final une scène assez cocasse, qui fait rire dans un match jusque-là très tendu, et qui vaut à Jourdren des tentatives d’attentats à base de boules de papier par les plus « extrémistes » des Ultras.

Le match se calme, de moins en moins de fautes, et « Pakito » décide de faire grève après avoir subi les sifflets de ses partenaires pour des remarques jugées déplacées. Sur le terrain, Nolan Roux, lui, ne chôme pas. Il est partout et tente beaucoup mais sans réussite. À signaler que la pelouse n’aide pas les joueurs, les mottes de terre se font de plus en plus nombreuses : résultat du combat au sol acharné mené en première période. Les deux équipes ne parviennent pas à se départager, ce qui semble convenir aux sudistes.

Ici, c’est Brest

20h50, l’arbitre siffle la fin du match sous les applaudissements du public. Pas rancuniers d’avoir assisté à un mauvais match, ils savent que Brest reste à la 5e place avec 26 points. Alors que le stade se vide, seule la tribune de la Route de Quimper reste complète pour acclamer leurs joueurs brestois. Et même si la rencontre du jour n’était pas exceptionnelle, les ti’zefs se rejoignent tout sourire pour refaire le match au Penalty Bar, situé en face du stade. Ce même bar où en mai dernier pour la montée en Ligue 1, Romain Poyet était sorti en short et chaussettes pour sabrer le champagne au milieu des supporters.

C’est peut-être ça qui fait la réussite du Stade Brestois 29 : un club qui n’a pas la prétention d’être un grand du football français et qui semble accessible à tous. Et si vous allez faire vos courses dans une grande surface de la région brestoise, ne soyez pas étonné de croiser Bruno Grougi qui achète ses merguez pour son barbecue : ici, c’est Brest.

Gurvan Kristanadjaja

Gurvan Kristanadjaja

Gurvan Kristanadjaja

Latest posts by Gurvan Kristanadjaja (see all)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.