Ici et maintenant avec Guy Carlier

Le 19 février dernier, Guy Carlier était de passage à Loudéac pour la sixième représentation de son one-man show « Ici et maintenant ». A la fois touchant et rieur, le chroniqueur d’Europe 1 se livre sur sa vie personnelle et professionnelle et assène quelques coups de bâton. So Ouest l’a rencontré pour vous.

– C’est votre premier one-man show, pourquoi avoir voulu se lancer dans cette aventure?

Je suis venu très tard à ce métier, j’ai été directeur financier, puis j’ai commencé mes chroniques à la radio et à la télé. La scène, c’était la suite logique, quelque chose que je souhaitais faire depuis longtemps mais que je ne pouvais pas faire physiquement à cette époque. J’ai donc attendu de perdre du poids. Aujourd’hui pour tenir 1h20 debout sur scène, j’ai mes petits trucs, je m’assied assez souvent etc. J’arrive enfin à faire ce que je veux faire.

– Vous êtes connu pour votre franc-parler, le one-man show, est ce un bon moyen d’expression? Qu’est-ce que ce spectacle vous apporte en plus?

Les gens sont surpris ils attendent une sorte de tir aux pigeons, je ne veux pas les décevoir, mais je voulais quelque chose de plus profond, avec un fil rouge, une histoire… quelque chose de plus théâtral. On est autant dans le registre de l’émotion que dans celui du rire. Ce spectacle c’est davantage du théâtre que du stand-up.

– Vous parlez très librement de votre poids, selon vous est-ce qu’assumer c’est déjà guérir?

J’en parle car pendant des années j’ai souffert de boulimie. Je subis encore aujourd’hui les dégâts de cette maladie que je ne supporte plus. C’est quelque chose dont les gens ont honte de parler, qui rend les gens seuls. En parler, ça a un effet catharsique. Alors oui, assumer aide beaucoup.

Guy Carlier sur la scène du Palais des Congrès de Loudéac

– Vous avez fait partie de l’équipe de France Inter pendant un temps, quel est votre avis sur ce qui se passe en ce moment sur cette radio à savoir l’éviction de chroniqueurs tels que Guillon ou Didier Porte?

Sur Inter je considère que l’éviction de Didier Porte est une faute grave de la direction. Ça faisait 15 ans qu’il était là et c’était l’un des meilleurs. C’est scandaleux, il était l’un des symboles de France Inter. Didier était en totale adéquation avec les auditeurs de la radio. J’étais choqué de voir qu’il était viré comme ça, pour un mot qui ne passe pas à 7h50. Pour Stéphane Guillon c’est autre chose. Il avait engagé un bras de fer avec la direction. Dès le départ, il avait choisi une attitude conflictuelle avec elle. Mais il m’avait bien prévenu que le directeur de Radio France (Jean-Luc Hees, ndlr) avait changé. « C’est plus le Jean-Luc que tu as connu », m’avait-il dit.

– Dans votre spectacle, vous revenez sur le procès intenté à Christophe Alévêque par Zidane, aujourd’hui peut-on encore tout dire?

On ne peut pas tout dire, mais dans certaines mesures. Au premier degré, on ne peut pas dire « Zidane est con comme une bite » (propos tenu par Christophe Alévêque, ndlr). C’est offensant et gratuit. Bien sûr, il y a des choses à dire sur Zidane, on peut s’amuser avec ça. Cet homme représente quand même quelque chose d’assez abject. Il a vendu la candidature du Qatar à la coupe du monde pour soi-disant « donner du bonheur au petits enfants qataris »… C’est pas les petits palestiniens non plus ! De la même façon, il vend des yaourts en disant que Danone prend soin de la santé des enfants, c’est proprement scandaleux ! C’est un VRP, qu’on ne fasse pas croire que c’est un humaniste. Sa timidité cache une pauvreté intellectuelle, voire même des réactions primaires (cf les réactions brutales que le joueur a eu lors de certaines rencontres footballistiques, ndlr). Moi-même, j’avais fait des chroniques assez cruelles sur Zidane. Très rapidement, j’avais été contacté par un directeur d’agence de pub qui avait essayé de me convaincre de laisser tranquille Zidane. Tout ça, c’est une histoire d’image, une image qui rapporte.

"Dans ce spectacle, on est autant dans le registre de l'émotion que dans celui du rire"

– Plus largement, votre avis sur le métier, la liberté d’expression est-elle en passe de devenir une douce illusion?

La liberté d’expression est moins grande qu’avant mais pas parce qu’il y a une censure des autorités, c’est simplement à cause du politiquement correct. Coluche faisait et disait des choses qu’on ne peut plus faire et dire maintenant. On ne sait plus distinguer le premier du second degré. Aujourd’hui on ne peut pas faire les mêmes chroniques sur Ségolène Royal que sur Fillon car sur le net, on va vous traiter de misogyne. Il y a une sorte d’ayatollah de mecs bien-pensant, qui défendent coûte que coûte certaines mœurs. Internet c’est paradoxal, à la fois c’est très libre, et à la fois ça a l’effet inverse. Si quelqu’un est gêné par une chronique, on peut immédiatement dénoncer la perversion, la misogynie ou l’homophobie sur son blog. J’ai déjà rencontré le problème avec Daniela Lombroso ou Arthur. Ils sont très forts là-dessus, ils mettent en marche de solides réseaux sur le net et après une mauvaise chronique les concernant, vous serez tout de suite taxé d’antisémitisme. C’est une forme de censure fascisante et insupportable.

– Pour conclure, Demorand à Libération vous en pensez quoi?

C’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’estime, je l’aimais beaucoup. Pour preuve, il était même à mon mariage. Sur le plan professionnel c’est un très bon. Il avait des valeurs, il me répétait sans arrêt « service public ».  Je pensais que c’était un homme qui était le contraire de ce qu’il dénonçait, le bling bling, l’appât du gain. Et puis quand il a été question qu’il aille sur France 2, la chaine avait fait un communiqué disant que ses prétentions financières étaient obscènes. Ensuite, il a quitté Inter pour venir à Europe 1, chez Lagardère qui était censé être le diable pour lui. Là au bout de 4 mois, c’est-à-dire à la publication des premiers sondages, il quitte Europe 1 pour Libé. Ce ne sont pas des raisons idéologiques ni professionnelles qui l’ont poussé à venir. A chaque fois qu’on idéalise quelqu’un, on est déçu. On s’aperçoit que les valeurs qu’on lui prêtait ne sont pas celles qu’il porte.

« Ici et maintenant » : l’avis de So Ouest

Les hésitations sont encore là, mais le spectacle n’en reste pas moins un instant de pur délice. La sixième représentation du spectacle de Guy Carlier s’est tenue à Loudéac (22) le 19 février devant une salle comble et conquise. A l’occasion de ce premier one-man show, l’emblématique chroniqueur d’Europe 1 prouve, s’il le fallait encore, son talent. Intitulé « Ici et maintenant », ce spectacle se veut être une rencontre directe avec les spectateurs. « Je crois en la force émotionnelle des rencontres avec les gens « , explique celui qu’on appelait fût un temps « le gros Guy ». Sur scène, il débarque en costume noir et chaussures à lacets rouges. Un grain d’excentricité confondu dans la sobriété, à l’image du personnage. Au fil du spectacle, Guy Carlier distille ses petites histoires, souvent personnelles. Son adolescence, ses débuts malheureux avec les filles, ses anecdotes de radio, le tout avec humilité et auto-dérision. On se trouve face à un Guy Carlier touchant et fragile, fin et remarquable. Mais que les aficionados du franc-parler du chroniqueur d’Europe 1 se rassurent. Dans ce one-man show, Guy Carlier ne perd rien de sa malice, et conserve la finesse qu’on lui connait dans le ton et dans les mots.

Anaïs Huet

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