Stéphane Guillon cultive l’impertinence

Après plus de 400 représentations partout en France, Stéphane Guillon était en Bretagne pour jouer son spectacle, « Liberté (très) Surveillée. » Il se produisait  à guichet fermé à Saint Brieuc, samedi 5 novembre, devant plus de 1200 personnes, toutes acquises à sa cause.

Des mots méthodiquement choisis, des phrases ciselées qui font mouche, un jeu de scène et d’intonations savamment préparés, c’est en résumé ce qui fait le talent de l’humoriste. Un résumé réducteur, tant la moindre mimique ou le moindre silence sont pensés et répétés pour sonner juste au moment opportun. Et ça marche ! Le talent et l’impertinence de Guillon, que l’on a pu découvrir à France Inter, ou en ce moment dans « Salut Les Terriens » et dans Libération, ont parfaitement été retranscrits sur les planches de l’Hermione. C’est sa femme, Muriel Cousin, qui met en scène le spectacle. Une collaboration fructueuse servie par  une entente parfaite entre ces deux amoureux du rire.

Il revient sur son spectacle et sur ses nouveaux projets sur Canal + et à Libération.

Un spectacle social

« Liberté (très) Surveillée » n’est pas un réchauffé des chroniques matinales que tenait l’humoriste. Ce n’est pas non plus un condensé de vannes à teneur politique. Stéphane Guillon est bien conscient que charger Sarkozy et consorts pendant deux heures aurait tendance  à lasser. Non, ce spectacle c’est une facette différente de l’humoriste bravache que l’on écoute d’habitude. Un Guillon que l’on apprécie, peut être plus humain, plus accessible que lorsqu’il incarnait l’impertinence made in France Inter.

Il campe ici plus d’une dizaine de personnages. D’un directeur de prison ennuyé par la mort d’un détenu, en passant par le prof d’histoire en 2040 enseignant les deux quinquennats de Nicolas Sarkozy ; on s’éclate, on rigole et on prend plaisir à découvrir que l’humoriste n’est pas cantonné à un seul domaine. Stéphane Guillon fait rire, un rire franc et retentissant. Même s’il avoue ne pas vouloir d’un «  rire moralisateur », il aimerait que cela puisse amener à la réflexion.

Une course  à l’insolence

Une verve assassine qui prend toute son essence dans la société Sarkoziste, principale muse de l’humoriste. « Même si on souhaite le voir partir, il [Nicolas Sarkozy] aura quand même sacrément apporté ! Il a quasiment lancé ma carrière » nous a-t-il confié. Un humour libertaire, catégorisé de gauche, Stéphane Guillon s’attaque pourtant  à toute la classe politique, et ce sans aucune limite. Des provocations qui lui ont d’ailleurs valu d’être évincé de France Inter. Il n’a pourtant aucunement l’intention de s’arrêter en si bon chemin mais a prévu de « quitter la scène en même temps que Sarkozy, en mai 2012 ». Stéphane Guillon excelle  dans le rôle de l’enfant insolent et impertinent. Il a choisi de  clôturer sa tournée à L’Olympia, à Paris, entre le premier et le second tour de la présidentielle. Une liberté  d’agir qu’il revendique, qu’il affirme et qu’il compte bien défendre.

Guillon ne se prive en effet  jamais d’un commentaire acerbe et franc. L’attentat de Charlie Hebdo était l’occasion toute indiquée pour revenir sur son rôle d’humoriste et d’allumer au passage les intégristes islamistes.

Les réactions de Stéphane Guillon quant à l’attentat de Charlie Hebdo.

Imprévisible, dévastateur, Stéphane Guillon aime la langue, et ça se voit. C’est toujours avec un sourire angélique qu’il lance ses piques acérées. Véritable matador de la rhétorique, virtuose de l’insinuation, Guillon dézingue pour notre plus grand plaisir. Son franc parler fait peur à certains et en fait rire d’autres. Avec  « Liberté (très) Surveillé », il est arrivé à un carrefour décisif dans sa carrière d’humoriste. Tiraillé entre la facilité de continuer sur la lancée de France Inter, en tant que chroniqueur à Libération, et la volonté de changement qu’il démontre à travers ce spectacle ; Stéphane Guillon nous touche et nous émeut. Gageons qu’un tel personnage continuera de cultiver sa différence et, à la manière de Desproges, sa volonté « d’écrire pour les autres. »

Chronique version longue :

Propos reccueillis par Anthony Fouchard et Sarah Duval.

Etudiant en journalisme à l'IUT de Lannion.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.