Didier Porte, trublion en scène

Sa voix insolente est notoire mais son visage se dévoile. Didier Porte remonte sur scène dans un 5e spectacle, « Didier Porte fait rire les masses ». Salle comble samedi à Langueux pour l’ex-chroniqueur de France Inter. Habitué des polémiques, mais toujours plus critique.

Un sourire chafouin, des yeux railleurs. Didier Porte se met en scène, toujours avec provocation. Et il aime ça ! Il « fait rire les masses », sinon les plus de 400 spectateurs présents à Langueux (22) samedi soir. Surtout des ex-fidèles auditeurs de ses chroniques sur France Inter, accros à cet humour engagé.

« Jamais encarté », ce « marxisant en sciences économiques » jouit de sa liberté d’expression. Un franc-parler au service d’un spectacle actualisé. Aux sketchs et stand-up se mêle une ironie habituelle. Des acteurs capitalistes à l’ensemble de la classe politique, personne n’échappe à ses piques méthodiquement lancées. Personne certes, mais certains plus que d’autres ! Si Sarkozy est sa cible préférée, Mélenchon est son protégé. Gauchiste assumé, Didier Porte va jusqu’à emprunter dans son 5e spectacle sa voix, en déclarant lui donner la sienne en 2012.

« Fouteur de merde » dans l’âme et vanneur-né. Ses humeurs attirent tantôt les rires – jaunes ! – de ses « victimes », tantôt les polémiques. « On est forcément border line quand on fait cet exercice », se justifie l’humoriste. Critiquer, oui, mais l’être … « Je suis comme tout le monde, je déteste ça. Mais je me défends aussi » ajoute-t-il. On n’en doute pas.

Insolent, caustique … mais timide. Porte excelle aujourd’hui dans ce qui n’était hier qu’un « challenge perso » contre ses inhibitions. Des débuts tardifs, « vers 40 piges », mais un plaisir immédiat. Le rire sincère d’un public enchanté.

Un « journaliste de complément »

« Je refuse d’être assigné au rôle de bouffon ». Didier Porte préférerait sans doute le rôle du « Fou du roi ». A France Inter, où il est resté onze ans, Didier le comique sait aussi être sérieux. Les auditeurs le découvrent tant dans la matinale qu’aux côtés de Stéphane Bern avec, parfois, une « certaine forme de gravité ». Résurgence de ses origines journalistiques.

Jeune localier à La Dépêche du Midi, il est déjà « déconneur ». Déjà viré aussi, et « heureusement ». Journaliste, mais qui ne fait jamais de news. Préférant « faire des conneries » ? Les radios libres, France 2, France 5, Canal + et sa « Nuit de la connerie », … il les côtoie et il les quitte. Il atterrit dans l’émission « Rien à cirer » de Ruquier sur France Inter, où l’humour devient sa spécialité. L’éditorial, sa marque de fabrique.

Médiapart en « Médiaporte ». En 2010, après son éviction de France Inter, « le seul média indépendant » adopte l’humoriste insubordonné. L’année suivante, RTL, « radio familiale », l’accueille au sein de son cocon. A nouveau public, même conduite. Et si le trublion « prêche beaucoup de convaincus » à France Inter, à RTL, il acquiert un « petit rôle social ». San

s se faire d’illusion.

« Ouvrir sa gueule », il en a besoin. Pour aller « en avant-garde », un rôle propre aux humoristes politiques selon le libertaire, qui aime les assimiler à des « journalistes de complément ». Face aux journalistes classiques « assujettis », les humoristes « francs-tireurs ». Mais sans crédibilité. Un tort ?

Effrayant, l’humour

La provoc’, c’est la « loi du genre ». Porte le sait et il en joue. A l’image de sa désormais célèbre chronique sur Dominique de Villepin, hurlant « j’encule Sarkozy ». Une provoc’ « assez vénielle » qu’il admet « limite ». Et surtout qui lui aurait coûté cher, sa place à France Inter. Congédié avec fracas par Philippe Val en 2010 aux côtés de son compère Stéphane Guillon. Virés « par Sarko », selon l’intéressé, encore amer.

Une affaire qui n’est pas sans rappeler son premier licenciement de la même radio en 1997. Une chronique acerbe sur notre Johnny national et Porte trouve la sortie. « J’ai été viré pour être gauchiste » affirme-t-il. Une « censure politique » loin d’être récente.

Et loin d’être étonnante pour celui qui associe médias et pouvoir, presse et industrie. Une vision « bourdieusienne » et libertaire au cœur de son spectacle. Sa parole « peut foutre la trouille », il le croit. Et il nous le prouve sur scène en persistant à « faire chier le monde ». Comme toujours.

Didier Porte est à Varades (44) le 10 mars 2012 et à Maure-de-Bretagne le 4 mai, deux jours avant le 2nd tour de l’élection présidentielle. Toutes les dates.

Adeline Carriat

Latest posts by Adeline Carriat (see all)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.