Robinsonnade à la française

C’est l’histoire d’un homme abandonné sur une île déserte. Pour autant, ce premier roman de François Garde n’a rien en commun avec Robinson Crusoé.

Les descriptions y sont précises, mais l’exotisme quasi absent, de même que l’aventure. C’est une histoire d’adaptation à une culture et de réadaptation à une autre. Si on s’y laissait prendre, on pourrait penser que l’imaginaire n’a pas sa place dans ce récit à l’analyse scientifique (sociologie, anthropologie…) et inspiré d’une histoire vraie. Son auteur a pourtant une très grande imagination pour reconstruire cette histoire, doublée d’une maîtrise parfaite de la langue et d’un réel souci d’authenticité.

L’histoire

Narcisse Pelletier a dix-huit ans quand il arrive sur la côte nord-est de l’Australie, abandonné par son navire. Il en a trente-six quand il y est retrouvé. Il a passé la première moitié de sa vie dans un petit village de Vendée, la seconde parmi un peuple aborigène qui l’a recueilli. Il s’appelle maintenant Amglo. Il est devenu un sauvage blanc, ne parle plus la langue française et ignore tous les codes de la société occidentale. Nous suivons ce premier passage forcé d’une culture à une autre à travers un récit très bien mené, dans lequel la solitude et l’incompréhension se ressentent à leur paroxysme.

Un réflexion passionnante

Lorsque l’explorateur et scientifique Octave de Vallombrun entend parler de cet homme, il cherche à comprendre ce que celui-ci a vécu et à accompagner  son retour à la civilisation. Il raconte au président de la société de géographie à travers quatorze lettres ses découvertes et les progrès de son protégé. Il s’interroge surtout sur les deux cultures, sur leurs différences et sur leur validité à toutes les deux. Les préjugés d’un européen se retrouvent confrontés à une autre culture.

L’ensemble est passionnant. La réflexion sur les science humaines et sur notre rapport à l’autre et sur l’existence elle-même s’allie à une véritable histoire, une sorte de roman d’apprentissage à une autre culture, une autre manière de penser, un autre mode de vie. Un premier roman impressionnant.

Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde, éditions Gallimard, 21,50€. Goncourt du premier roman 2012

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Constance Le Lu

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