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Un Rock’n’Solex éternellement jeune

Le mythique festival étudiant a entamé sa 45e édition jeudi 17 mai pour s’achever dans un dimanche pluvieux et boueux pour les coureurs de solex. Car le festival n’a pas seulement réuni des artistes comme Hollie Cook, Max Romeo, Skip The Use, Yuksek et Aeroplane, il a aussi fait place au sport. Reportage au cœur de la fête.

Le campus de Beaulieu est bien changé. Sur la pelouse s’est bâti un vrai « village de festival » composé de plusieurs stands (nourriture, tee-shirts, bijoux, jeux de société, et même un espace pour déguster du thé à la menthe). Au milieu trône la scène qui s’apprête à accueillir pour la 45e fois une quinzaine d’artistes et de groupes.

Et pourtant, le festival semble tout neuf. Il y a une ambiance électrique, ça sent la jeunesse à plein nez. Et l’essence un petit peu. Il faut dire que les étudiants de l’INSA de Rennes se sont entraînés tout l’après-midi pour les prochaines courses de solex.

Maintenant, il est 20h, place à la fête. Une fête un peu timide, au début. « Haha, je connais toutes les têtes », lance, mi-amusé, mi-déçu, le chanteur de Gordon Booze, gagnant du tremplin de Rock’n’solex. Pas facile d’ouvrir le bal. Mais ça valait le coup. Les musiciens masqués ont raconté, dans un hip-hop jazzy complètement décalé, l’histoire de Gordon, super-héros des temps modernes.

La célèbre Hollie Cook, révélée l’année dernière dans l’émission Taratata, est ensuite apparue, guillerette, mobilisant une foule plus importante. Son reggae-soul est agréable, sa bonne humeur contagieuse, elle se balade sur la scène comme dans les octaves, sourire aux lèvres.

Mais le gros du public est bien venu pour un des pionniers du reggae, Max Romeo. A 64 ans, le chanteur a enchanté un public de 2 700 personnes par la puissance de sa voix et l’intemporalité de ses titres. Terminant en beauté par I Chase The Devil, repris en cœur par ses fans.

Grosse rupture avec The Inspector Cluzo. Les Landais ont secoué un auditoire, précédemment bercé par un doux reggae, à coup de rock-soul énergique. Les insultes fusent, tout le monde en prend pour son grade : les bassistes, les politiques, les stars, etc. Mais derrière cette apparence de bourrins, les deux artistes ont un important sens des valeurs, rejetant le star-system. « Rien qu’à Mont de Marsan, on voit que notre statut change mais, nous, on veut juste être pénard quand on rentre chez nous, ça nous permet de nous ressourcer, nous recentrer sur nos valeurs. Et ce côté fighting spirit, ça vient de Gascogne, des courses landaises. C’est une rupture nécessaire avec la scène, les interviews, etc », se confient-ils tous les deux, se complétant.

Après le concert de Deluxe, coup de cœur de l’équipe organisatrice, qui a également fait bouger les derniers festivaliers, le campus s’est endormi, prêt pour les premières courses du vendredi sous un soleil éclatant.

Une soirée chargée

La soirée s’annonçait mouvementée. La fine équipe, A State of Mind, Skip The Use, Yuksek et Tha Trickaz. Rien que ça. Un mélange de hip-hop, de rock et d’électro. Pas étonnant que la deuxième soirée affiche complet.

Mais les deux têtes d’affiche ont quelque peu éclipsé le reste, les Lillois de Skip The Use étant réputés pour mettre le bazar pendant leurs concerts. Et ça n’a pas manqué. Mat Bastard a débarqué, comme à son habitude, dans un jean ultra moulant, déchaîné, pour secouer la jeunesse rennaise. Seul groupe ayant joué un rappel (sans doute prévu dans le temps qui leur était attribué d’ailleurs), il n’a pu tromper les habitués qui auraient presque pu prévoir l’ordre des interprétations.

Et puis Yuksek, au genre indéfinissable « jamais confronté au problème de changement de style », a envoûté la foule par ses mélodies et ses rythmes prononcés, sa batteuse les marquant dans un style un peu tribal et délicieux. Bug pourtant au milieu du concert. Les techniciens interviennent, le chanteur tente de combler, gêné : « est-ce-qu’il y a un anniversaire, un mariage, quelque chose ? Quelqu’un veut chanter ? » Et ça repart. Maladroitement au début mais l’emprise de l’artiste français monte crescendo pour s’achever, dans une pluie de notes, d’applaudissements et de lumières, sur son titre « Tonight ».

Et pendant le concert de Tha Trickaz, deux djs parisiens, d’origine vietnamienne, qui se sont promis de repousser leurs limites techniques et musicales, toute personne ayant décidé de faire un tour aux toilettes sèches se retrouvait couverte de copeaux de bois, dansant sur des airs plus ou moins disco, dans une fête improvisée d’une manière très drôle.

 » Esprit Rock’n’solex »

Belle soirée. Tant mieux car le lendemain s’annonce rude. La pluie ne s’était laissée sentir mais les 150 coureurs de solex en endurance l’ont subie de plein fouet. Cinq heures de course. L’équipe des Shadocks, donnée favorite, abandonne vite. Les solex sont boueux, le vent souffle et la fête patauge un peu dans la gadoue. Mais d’après « JAP », le responsable du projet, ce n’est pas le plus important dans Rock’n’solex. « Je pense que ça fait surtout plaisir de pouvoir bricoler ces engins », sourit-il.

Après tout, le rock’n’solex, ce n’est pas également une fête pour garder ces bécanes des années 1960 au goût du jour ? Quels souvenirs nous viennent quand on entend le mot solex ? Pour Hollie Cook « aucun, je ne sais pas ce que c’est ». Pour Green T d’A State of Mind, un peu moqueur, « un nain vert sur un train avec un âne sur son dos ». Laurent de The Inspector Cluzo, lui, se souvient de celui de son grand-père : « il marchait pas et restait toujours dans la remise ». Yuksek voit « des images de vieux films genre A nous les petites Anglaises« . Et « JAP » ? « Au festival, bien sûr ! »

Un reportage de Louise Caledec et Maxime Nedelec.

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Photos : Félix Noël.

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