Un drone breton au secours des activistes Syriens

Le collectif de hackers, Telecomix, a présenté les 2 et 3 juin, lors du Salon des Solidarités à Paris, un projet de drone. Fabriqué en Bretagne, il serait capable de filmer et de diffuser, en direct, les exactions du régime de Bachar Al-Assad. Les explications de deux « agents », KheOps et Okhin.

Pouvoir filmer sans être exposé et surveiller les mouvements des soldats, c’est ce à quoi pourrait servir ces drones, que quelques membres bretons du collectif Telecomix se sont attelés à construire.
Ces appareils équipés d’une caméra pourraient, théoriquement, «streamer– [NDLR : diffusés sur internet]- en live, à quelques kilomètres à la ronde», précise Okhin, comme cela se fait avec un téléphone. La seule différence, c’est qu’avec le drone, on minimise les risques encourus et on peut prendre de la hauteur. Une technique qui s’inspire des OccupyCopter, déployés pour filmer les mouvements Occupy Wall Street, en Pologne et aux États-Unis.

Un témoignage essentiel

Copie d'écran du site ceops.eu où les internautes syriens peuvent déposés des vidéos, photos et témoignages anonymement.

Pour le collectif, qui s’est illustré lors de la révolution égyptienne en rétablissant l’accès à Internet, protéger les « journalistes citoyens » est une priorité. Ils ont notamment mis en place des portails et des ponts d’accès sécurisés pour les internautes syriens, leur permettant de contourner les dispositifs de censure mis en place par le régime.
Même si ces drones peuvent paraître dérisoires face aux systèmes d’interceptions russes, ils possèdent un atout indéniable : ce ne sont que des machines.

«  On préfère qu’un drone se fasse abattre et qu’il n’y ait que quelques pièces à changer plutôt qu’un militant se fasse tuer, car là on ne peut plus changer de pièces. »

Interrogés sur l’utilité de leur projet, les hacktivistes sont lucides :

 «  Utiliser un smartphone pour filmer en Syrie te mets en danger de mort immédiate. Et pourtant nous continuons de recevoir beaucoup de ces vidéos. Utiliser un téléphone satellite tue des journalistes. Communiquer par Internet met ta famille en danger.
Est-ce pour cela qu’ils ne doivent pas le faire? Après, on n’a jamais prétendu faire de système fiable à 100%, ça n’existe pas. II faudra expliquer à ceux qui l’utilise quels sont les risques. »

Un drone breton, mais pas seulement

Le principe de Telecomix c’est la mise en relation des savoirs  à travers le monde, via Internet. Il n’est donc pas étonnant que ce drone soit le fruit d’une collaboration entre plusieurs pays, même s’il reste construit dans l’Ouest.

On partage des idées et du savoir avec des gens partout dans le monde, que ce soit en France, en Syrie ou aux États-Unis. On travaille donc tous ensemble. Après, on est à peu près cinq (ça varie suivant le vent et les envies des gens) à bricoler le matériel.

Nous avons essayé d’en savoir plus sur la localisation du lieu de fabrication, mais KheOps n’est « pas autorisé à divulguer cette info, par respect pour les autres » [NDLR : les autres personnes travaillant sur le projet]

 Partenariat avec des ONG

Le logo du collectif Telecomix pour l'opération en Syrie

Il reste un obstacle, et pas des moindres. Pour mettre en service cet outil il faudra acheminer le matériel jusqu’en Syrie. Et sur cet aspect, les hackers restent très évasifs. Okhin nous a confié qu’il n’y avait aucune voie privilégiée. «  Même s’il y avait un moyen , on n’en parlerait pas, ce serait nous mettre en danger. » Des bruits circulent néanmoins concernant de possibles coopérations entre le collectif et des ONG, qui pourraient faire passer les pièces par  « la Jordanie et le Liban »,  selon Ksa, cité par nos confrères d’Owni.

«  Les schémas de constructions sont finis. Il ne reste plus qu’à les traduire et à les rendre disponibles, une fois que les drones auront été testés », précise Okhin.

Il estime le coût de son robot à  « environ 150 euros; il est en balsa et il faut lui adjoindre une télécommande. »

Pour les deux « agents » de Telecomix, le but est clair. Il est hors de question de se positionner comme « fournisseur » de drones, selon le terme employé par KheOps.


« On veut que chacun ait a minima la connaissance pour reproduire la chose. Que n’importe quel civil aléatoire puisse témoigner de ce qui se passe. Le but est également de créer de la connaissance en expérimentant, puis en partageant, et en documentant nos expériences. Ainsi, tout le monde pourra reproduire, s’approprier la chose. Il y a une chose qu’on ne veut absolument pas, c’est rentrer dans un modèle «fournisseur-client ». 

Pour l’instant, le drone ne semble pas vraiment fonctionner. C’est du moins ce que nos confrères d’Owni ont constaté au Salon des Solidarités. Certaines informations font écho d’une mise en service en juin. Mais nos deux comparses de Telecomix restent, comme toujours, évasifs sur les dates. « On ne prévoit rien, on ne planifie rien. On fait. »

 

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