Vague rose sur le grand Ouest

155 femmes à l’Assemblée (+ 48/2007)

Tous les ministres élus

43,71 % d’abstention

Que 2007 semble loin ce soir ! Nicolas Sarkozy en retrait de la vie politique après un seul mandat de président, Jean-Marie Le Pen désormais dans l’ombre de sa fille, Ségolène Royal battue face à un dissident socialiste dans sa propre région, François Bayrou sorti dans son fief de Pau, ce sont tous les acteurs d’une époque pourtant pas si lointaine qui cèdent leur place.

Elle était donnée perdante, elle s’est démobilisée, la droite perd lourdement cette première élection législative de l’ère Hollande. La participation est en effet encore moins bonne qu’au premier tour. Contrairement à 2007, le second tour n’a pas corrigé le déséquilibre dessiné au premier entre la gauche et la droite. Symbole d’une soirée noire pour l’UMP, 8 députés sur 11 dans les nouvelles circonscriptions des Français de l’étranger sont de gauche.

Le Parti socialiste seul se détache avec plus de 300 élus sur 577, soit la majorité absolue. Ses très proches partenaires de la Majorité présidentielle, le Parti radical de gauche et le Mouvement républicain et citoyen gonflent le groupe majoritaire à près de 320 sièges. C’était la moyenne haute estimée par les sondages.

Les dirigeants socialistes, Martine Aubry en tête, n’ont pas manqué de souligner leur déception de voir Ségolène Royal être battue à La Rochelle. Au terme d’un psychodrame qui a mis en scène la nouvelle compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, le dissident Olivier Falorni obtient un siège à l’Assemblée nationale. La course au perchoir est plus ouverte que jamais. Claude Bartolone et Élisabeth Guigou vont se disputer le quatrième poste protocolaire de l’Assemblée. Ségolène Royal sera plus difficile que jamais à contrôler. Elle qui sans les fraudes du congrès de Reims aurait dû devenir Première secrétaire du PS pourrait de nouveau briguer cette responsabilité rapidement.

Jack Lang, également parachuté, lui dans les Vosges, est le second éléphant du PS à être battu. Placé en marge du parti, il symbolise par sa défaite le renouvellement lent mais nécessaire de la classe politique.

Tous les ministres du gouvernement Ayrault I sont élus, y compris Marie-Arlette Carloti à Marseille. Najat Vallaud-Belkacem aurait été bien inspirée de prendre le risque de se confronter au suffrage universel. Elle aurait même pu être élue à Lyon. Le remaniement prévu dans les jours à venir devrait donc uniquement être marqué par des entrées.

Europe-écologie-les-verts est en mesure de former un groupe à l’Assemblée, grâce au soutien du PS dès le premier tour dans un grand nombre de circonscriptions. Il s’en est pourtant fallu de peu. Le très mauvais score d’Éva Joly à la présidentielle a donné des ailes à de nombreux dissidents socialistes, qui n’ont pas plus accepté que les électeurs cette manœuvre d’appareil venue de Paris.

Le Front de Gauche, pourtant plus fort dans les urnes, sort lessivé de cette élection législative. A moins que le seuil minimal de sièges pour former un groupe soit abaissé à 10 députés, à moins que des « divers gauche » d’Outre-mer ne rejoignent les « rouges », la formation de gauche radicale siègera désormais en ordre dispersé. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon fait les frais d’un Parti socialiste en très grande forme dans la petite couronne parisienne. Seule maigre satisfaction pour son leader, il ne sera pas considéré comme le responsable de l’entrée au parlement de Marine Le Pen, défaite dans le Nord, là où il s’était présenté.

Notons que le Parti radical de gauche, arrimé au PS, fait jeu égal avec le Front de gauche en termes de députés. Preuve de plus qu’une alliance avec le parti majoritaire est un avantage capital à l’heure du bipartisme triomphant. Une situation que François Hollande serait bien inspiré de réparer, afin que l’Assemblée offre des bancs plus représentatifs des opinions des Français. Un quota de proportionnelle ne rendrait pas le pouvoir instable et il aurait pour vertu de réconcilier les citoyens avec la chambre basse.

De nombreuses personnalités de l’UMP sont battues. Un symbole du sarkozysme s’éclipse avec fracas à Toul. C’est Nadine Morano. Elle n’a pas réussi à attirer les électeurs du FN qu’elle a pourtant dragué tout au long de sa campagne. Claude Guéant perd contre un dissident de droite. Michèle Alliot-Marie ne siègera plus à l’Assemblée. Encore une page qui se tourne des les Pyrénées-Atlantique. La Droite populaire est décimée, comme l’explique Le Monde. Ce courant très conservateur ne convainc pas les électeurs. Leur défaite devrait permettre à Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé de faire entendre leur voix dans la reconstruction du parti. Jean-François Copé est lui-même fragilisé par la stratégie du « ni gauche, ni extrême-droite » et François Fillon pourrait en profiter pour briguer la présidence du parti pour se mettre en orbite dans la perspective des municipales à Paris en 2014, puis de la présidentielle de 2017. L’UMP est minoritaire partout, sauf au Parlement européen. Pis, elle n’a plus d’allié. Les centristes ne sont pas en mesure de former un groupe avec les règles actuelles. Sa stratégie extrême-droitière a été sanctionnée par les électeurs. Ce n’est pas sur les thèmes de la peur qu’elle pourra se relever.

Le Front national retourne à l’Assemblée. C’est la première fois que le parti d’extrême droite obtient des députés sans mode de scrutin à la proportionnelle. Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard se serviront de l’Assemblée comme d’une tribune, ce que ne pourra pas faire leur chef Marine Le Pen, battue à Hénin-Beaumont. Le pari est donc en partie gagné par le FN, même si il n’a pas empêché la ré-élection de Nathalie-Kosciusko-Morizet placée sur une liste noire. Il fut un temps ou Jean-Marie Le Pen provoquait sur son seul nom trois fois plus de triangulaires que sa fille. Le plus dur commence pour le FN, maintenant que les faits et gestes de ses nouvelles têtes seront scrutées avec beaucoup d’attention au Palais Bourbon. Le fondateur du FN Jacques Bompard, figure de l’extrême-droite, devient pour la première fois député, dans le Vaucluse. Aujourd’hui membre de son propre parti, la Ligue du sud, il pourrait rejoindre Le Pen et Collard.

Le Modem ne disparaît pas de l’échiquier politique, même si il est réduit à peau de chagrin. A l’image du FN, il obtient deux sièges, mais son leader François Bayrou n’en fait pas partie. Le courageux appel du béarnais à voter François Hollande contre les valeurs de Nicolas Sarkozy n’a pas été compris par la majorité de ses électeurs. Héritier de la puissante UDF, il laisse son ancien camp en ruines.

« L’Ouest, terre de droite, terre de la démocratie chrétienne« . C’est ainsi que les manuels de sciences politiques décrivaient ce territoire, où la gauche avait tant de mal à s’implanter. Puis d’année en année, la carte a rosi, jusqu’à faire des Pays-de-la-Loire et de la Basse-Normandie deux régions qui envoient plus de députés de gauche que de droite. Le grand Ouest remplace aujourd’hui le Sud-est au rang des bastions sans lesquels aucune majorité à gauche n’est possible.

Résultats en Bretagne, Pays-de-la-Loire et Basse-Normandie

Grand Ouest – 38 PS ; 13 UMP ; 7 DVG ; 7 DVD ; 2 EELV ; 1 DVC

Bretagne – 18 PS ; 3 DVG ; 2 UMP ; 2 DVD ; 1 DVC

Deux petits séismes se sont produits en Bretagne. Jacques Le Guen, député UMP sortant, a lourdement chuté à Landerneau face à Chantal Guittet (PS). La forte gueule de la droite finistérienne n’a rassemblé que 43 % des électeurs sur son nom. Sa colère face aux caméras, destinée aux dirigeants de son parti dont François Fillon, restera comme une image de la soirée électorale bretonne. François Goulard n’a pas non plus résisté à la vague rose. Au terme d’un imbroglio causé par la préfecture, qui a maintenu le suspense jusqu’à tard dans la soirée, c’est Hervé Pellois qui a ravi la circonscription de « Vannes la bourgeoise » à l’ancien maire UMP. Marc Le Fur peut quant à lui souffler. Ré-élu confortablement à Loudéac-Lamballe, il est prompt à justifier que ce n’est pas sur son étiquette qu’il est élu. L’UMP, un boulet ? La poussée de gauche se remarque également en Ile-et-Vilaine.

Côtes-d’Armor – 1 UMP ; 1 DVG ; 3 PS

Finistère – 1 DVG – 7 PS

Ile-et-Vilaine – 5 PS ; 1 DVD ; 1 UMP ; 1 DVC

Morbihan – 3 PS ; 1 DVG ; 1 DVD

Basse-Normandie – 6 PS ; 4 UMP ; 2 DVG ; 1 EELV

La gauche avance dans tous les départements bas-normands. Elle passe même tout près d’un grand chelem dans le Calvados, où Nicole Ameline est la seule députée rescapée de l’ancienne majorité présidentielle. L’écologiste Isabelle Attard décroche même un siège dans le Bessin. Une surprise. Bernard Cazeneuve élu dès le premier tour à Cherbourg, le PS a encore marqué des points au second grâce à Stéphane Travert. L’UMP passe de trois députés à un seul dans l’Orne, qui bascule donc dans le camp des vainqueurs de la présidentielle, au grand dam d’Alain Lambert, l’ancien ministre de Jacques Chirac.

Calvados – 3 PS ; 1 UMP ; 1 EELV ; 1 PRG

Manche – 2 UMP ; 2 PS

Orne – 1 PS ; 1 DVG ; 1 UMP

Pays-de-la-Loire – 14 PS ; 7 UMP ; 1 EELV ; 4 DVD ; 2 DVG ; 1 EELV

Le département de Jean-Marc Ayrault donne a lui seul neuf députés sur dix possibles à la majorité présidentielle. Même le vignoble de Loire-Atlantique a boudé la droite. Christophe Priou (UMP) est ré-élu à La Baule-Guérande, mais de peu (52,05 %) dans une circonscription historiquement acquise à son camp. Hervé de Charette a-t-il fait la campagne de trop ? Élu depuis 1988 en Maine-et-Loire, il n’aura pas l’occasion de passer le témoin, puisqu’il perd tout seul sa circonscription face à Serge Bardy, dissident PS. La gauche gagne deux députés par rapport à 2007, mais le département reste à droite. Dans la Sarthe aussi le vent tourne. La partie était risquée pour certains, mais leur victoire n’en est que plus méritante, dans des villes où la gauche n’avait jamais eu de député de gauche. L’ancien Premier ministre François Fillon, déserteur pour se faire élire à Paris, voit Stéphane Le Foll devenir l' »homme de la Sarthe ». La Vendée n’est plus toute bleue. Les deux circonscriptions du sud passent à gauche, alors que la tradition villiériste se poursuit grâce à deux élus dont un nouveau aux Sables-d’Olonne.

Loire-Atlantique – 6 PS ; 1 EELV ; 1 UMP

Maine-et-Loire – 3 UMP ; 1 DVD ; 2 PS ; 1 DVG

Mayenne – 2 UMP ; 1 PS

Sarthe – 3 PS ; 1 DVG ; 1 UMP

Vendée – 2 PS ; 3 DVD

Résultats détaillés dans Côtes-d’Armor

La gauche s’encre encore plus solidement dans les Côtes-d’Armor, mais la carte des élus reste inchangée. Corinne Erhel (PS) est ré-élue, au bout d’un non suspense dans la 5e circonscription. Son score grimpe à 72,76 % à Lannion. Xavier Lec’hvien n’avait guère d’illusions à se faire après ses maigres 26,04 % du premier tour. Malgré le bon report des voix FN de Jeanne-Marie Fernagut, il est logiquement battu. Corinne Erhel bénéficiait de la confiance de 46,19 % des électeurs dès le 10 juin et du soutien du Front de Gauche comme d’Europe écologie. Saint-Quay-Portrieux et Bréhat sont les deux communes qui résistent à la droite dans la 5e.

Carte-legislatives-cotes-d-armor

Annie Le Houérou, dissidente PS, fait encore mieux. Senven-Léhart est la seule commune de la circonscription de Guingamp qui lui échappe. Avec 68,52 % des suffrages, elle est la mieux élue des députés costarmoricains. Michel Lesage (PS) fait 65,86 % à Saint-Brieuc, Vivianne Le Dissez (PS) prend la relève de Jean Gaubert avec l’appui de 57,96 % des bulletins exprimés.

Marc Le Fur (UMP) fait de la résistance à Loudéac-Lamballe, terre dont il est député depuis 10 ans. Avec 54,28 %, il fait bien mieux que Nicolas Sarkozy lors de la dernière présidentielle et conforte sa figure de premier représentant de l’UMP dans le département. La logique du scrutin présidentielle s’est ici heurtée à une personnalité locale, que Loic Cauret (PS) a été bien incapable de renverser.

1ère circo – Lesage (PS) 65,86 % / Grondin (UMP)

2e circo – Le Dissez (PS) 57,96 / Vaspart (UMP)

3e circo – Le Fur (UMP) 54,28 / Cauret (PS)

4e circo – Le Houérou (PS) 68,52 % / Garcia (UMP)

5e circo – Erhel (PS) 63,97 % / Lec’hvien (UMP)

Sylvain Ernault
Auteur et administrateur de So Ouest devenu Report Ouest de la création du magazine en ligne en 2010 à mon départ de l'IUT de Lannion en 2012. Des bureaux de vote aux tribunes du Roudourou, du studio de TTU à la prairie de Kerampuilh. Actuellement journaliste et cofondateur du webzine « La Déviation ».
Sylvain Ernault
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