Vieilles Charrues - scène Xavier Grall

Le jour des grandes révélations aux Charrues

C’est le jour des grandes révélations. Attention, pas celles de la chanson, non. Je veux vous parler du site de Kerampuilh. Répondre à mes interrogations d’avant-festival et critiquer quelques concerts. Lu, vu, entendu ce vendredi aux Vieilles Charrues.

La première note concerne la scène des Jeunes Charrues, qui a déménagé cette année, gagné en indépendance et je le craignais allait perdre en public. Je parlais de « test pour les organisateurs » dans un précédent papier. Placée dans le Vallon près de Grall l’an dernier, la scène des découvertes est maintenant la première porte à droite en entrant.

Scarlatins aux Vieilles Charrues 2012
Comme quoi tous les styles vestimentaires sont permis, à partir du moment que t’es guitariste dans un groupe de rock. Ici le leader de Scarletins.
Scarlatins aux Vieilles Charrues
Lovée dans un coin de Kerampuilh, la scène des Jeunes Charrues a semble-t-il trouvé son emplacement idéal.

Le premier groupe à s’y produire était Scarletins. J’ai pas fait exprès, mais ils sont briochains et représentaient donc mon pays dans le concours. Pas de nationalisme dans ces lignes, puisque je viens d’apprendre leur provenance. Sans être jamais allé à la Route du Rock, c’est parfaitement le genre de groupe que j’imagine y trouver. Vous voyez, le chanteur en marcel orange qui se la pète, le batteur nonchalant, etc. Casés à l’aube de cette journée (16 heures quand même), les gars font bouger le bout de prairie. Les Daltons mettent l’ambiance au premier rang et roulez jeunesse.

Si le premier concert des Jeunes Charrues donne le ton du concours comme le l’UGC des Halles préfigure les succès filmiques au box-office, alors le pari est gagné pour les orgas. Le cadre me rappelle l’intimité de la scène 2 du Bout du Monde.

A l’ancien emplacement de la scène des jeunes Charrues, je vous en parlais déjà hier, des buttes de terre recouvertes de gazon reproduisent le relief de Verdun en miniature. Des bosses, des trous, de quoi se poser pour grailler au soleil. Ou pour piquer un somme (voir photo de une).

Rich Aucoin - Vieilles Charrues

C’est sur un monticule que je suis de loin le début du concert de Rich Aucoin, un Canadien dont les rumeurs disaient le plus grand bien, même si elles étaient apparemment bidonnées. Un canon projette des confettis. Je me rapproche. Le mec sur scène se barre. Un mec dans le public dort sur l’herbe. Le mec sur scène s’allonge à côté de lui. Je serai resté sur mon monticule que Rich Aucoin m’aurait peut-être rejoint.

Immo, festival des Vieilles Charrues 2012
Ne comptez pas sur des festivaliers qui reviennent de l’apéro au camping pour vous maintenir en équilibre. Immo l’a compris à ses dépens.

Farfelu mais pas ridicule derrière ses platines, Rich Aucoin me rappelle que cette scène fut le théâtre de prestations délirantes dans le passé (cf. Sexy Sushi 2010, The Inspector Cluzo 2011).

Au moment d’aborder cette rencontre, je revenais du Verger et je dois vous dire que le début d’après-midi était propre à me donner la banane.

Parlons donc du Verger, puisque c’est le jour des révélations. Avant d’y pénétrer, une jeune fille tint à peu près ce langage « là-bas, c’est des petits spectacles de merde« . Le genre de sentence qui me donne envie de prouver le contraire. « Pourvu que ça soit bien » pensais-je. Je m’installe donc devant Immo, un jongleur pas bégueule qui se met le public dans la poche. Vraiment idéal pour partir du bon pied.

En deux ans, je n’avais jamais pénétré dans ce Jardin de curiosité dévolu aux arts de la rue. C’est vrai, après tout, pourquoi choisir une Clio quand tu peux prendre une Mustang ? Quand la programmation extrêmement dense vous oblige à choisir entre Triggerfinger et Youssoupha, quelle drôle d’idée de prendre des leçons de coiffure végétale au Verger !

Pourtant, bien qu’à l’écart tant géographiquement que culturellement, le Verger trouve son public. Enjoués, déguisés, ouverts d’esprit, les festivaliers des Vieilles Charrues y trouvent leur place. Je revois donc mon jugement.
Youssoupha - Vieilles Charrues

Bien après cette balade, cap sur Youssoupha. Je me suis fixé pour objectif de couvrir de A à Z la scène hip-hop des Vieilles Charrues. Placé dans les premiers rangs je partage la joie du rappeur de se produire devant un public si généreux. Si Yous’ tombe parfois dans les travers du « à droite, à gauche » si prisé des rappeurs, ce qui a par exemple fait fuir la mamie et ses deux petits-fils postés à mes côtés, il communique une belle énergie. Le bougre ne double pas Féfé dans mon estime pour autant, vu au même endroit et dans les mêmes conditions il y a deux ans.

Youssoupha - Vieilles Charrues 2012
Youssoupha, disponible après son concert et seulement pressé par son entourage.

En conférence de presse, Youssoupha rejoint une flopée d’artistes, qui estiment acquérir de la maturité en vieillissant. Les membres de Zebda et de La Rumeur avaient exprimé ce sentiment avant lui. Il explique aussi que d’autres projets le portent, comme écrire pour… Brigitte. Mais là, on va pas se mettre d’accord.

Les Brigitte, le dossier du jour. Les Brigitte et non Brigitte, j’insiste, puisqu’elles n’aiment pas qu’on les appelle ainsi je m’enfonce dans la brèche ouverte de leur prétention. J’avais raillé leur concert de ma liste car d’avance je ne comptais pas les écouter. Leur passage à Beauregard m’avait suffi. Si j’en parle c’est surtout parce que Les Brigitte demandent aux photographes de signer un contrat pour faire le travail dans la fosse. Simple Minds avait déjà fait le coup à Paimpol l’an dernier, maintenant elles, demain Patrick Sébastien ? Donc Les Brigitte imposent des conditions absurdes et contre-productives. La PQR, vexée, leur adresse un carton rouge de colère.

Mais bon, leur présence étant déjà déplacée, on ne le regrette pas. La Rumeur avait donc raison, « les Victoires de la Musique ? Aucun crédit« .

Les Brigitte ont au moins le mérite de souligner par contraste la grandeur de Robert Smith, qui à peine son concert de 3 heures terminé (durée record) se rend en conférence de presse sous les regards ahuris d’une centaine de journalistes qui n’en reviennent pas. Les orgas, tellement surpris, en perdent leur latin. Robert dans le canapé, personne n’ose le déplacer, la traductrice n’entend pas le retour et les non initiés n’y comprennent rien. Pas grave, Robert Smith entre là dans la légende carhaisienne.

Cette histoire, je ne l’ai pas vécu. Mais vu le pataquès que Robert a mis en espace presse, ça méritait que je vous le raconte.

The Cure confirmé en conférence de presse aux Vieilles Charrues
Revenu du concert de Solveig, je découvre cette inscription sur le tableau de l’espace presse. Sensation d’avoir raté un grand moment. Tans pis, Metronomy dans la fosse c’était bien aussi.

Le concert des Cure, épuré, est parfaitement en accord avec l’immense scène Glenmor, noire, blanche et profonde. « C’est propre« , comme le répète à raison ma collègue de RMN FM. Le groupe de new wave british enregistrait ce soir leur DVD et ses bonus. Vingt minutes de rab’ en cadeau pour les golgoths que j’imaginais en nombre tout devant.

Aparté. En sport on appellerai ça une wild card, autrement dit « une autorisation exceptionnelle accordée à un joueur pour participer à un tournoi, bien qu’il ne réponde pas aux critères communs de sélection ». Colin était scène Gwernig ce soir.

Un trop petit tour par M83 plus tard et le concert de Metronomy commence sur Kerouac. Du générique de l’Euro sur TF1, on passe à celui du Grand Journal de Canal + (oui, encore lui).

Metronomy aux Vieilles Charrues 2012
Effet papillon. Metronomy joue tellement fort sur Kerouac que la traductrice de Robert Smith n’entend qu’eux depuis l’espace presse. Et c’est le drame.

Profitant de la nuit et du relâchement de la sécurité, je me glisse dans la fosse aux photographes. Kerouac ? C’est loin, mais c’est haut. Les photos sont complètement ratées mais c’est le pied. Très bon concert et belle montée en puissance.

La journée aurait pu finir là, mais Martin Solveig insistait pour jouer. Un peu comme le verre de flotte qu’on boit pour se rincer la gorge après une bonne glace, le set du DJ chasse le goût des bons concerts sans les remplacer. Pas la peine que je m’étende sur sa façon très personnelle de mixer, debout sur la table et les mains en l’air.

Debout dans la prairie qui se vide, je fais le point sur la journée. Triggerfinger manqué, Baxter Dury manqué,  Bloc Party manqué, des déboires techniques en salle de presse. Une journée pleine et pourtant trouée. Martin Solveig me nargue, car le temps passe trop vite, mais je ne suis pas fatigué. Les grandes émotions sont à venir, j’en suis convaincu.

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3 commentaires sur “Le jour des grandes révélations aux Charrues”

  1. Je te trouve un peu sévère.
    Certes le chanteur des Scarletins a une tête à claque, mais ayant interviewé deux membres du groupes, dont Simon aux claviers, très impliqué (c’est notamment lui qui a réalisé le clip), je les ai trouvé assez simples, même discours que les 2 autres groupes des Jeunes Charrues que j’ai interviewé.
    The Cure, c’est propre, une très belle disponibilité. Il a d’ailleurs signé quelques autographes à Brest, où il était hébergé. Il buvait des coups dans un troquet où j’ai mes habitudes.
    Quant à Brigitte, il est évidement scandaleux que les demoiselles autorisent les photos en échange d’un contrat. Mais le concert m’a semblé plutôt réussi, le public, d’un point de vue sonore car je l’ai entendu de l’espace presse, avait l’air dedans.

    1. C’est sévère, peut-être même injuste, et surtout en cours d’écriture… désolé désolé, mais j’expliquerai aussi pourquoi.

      La fin de cette chronique ainsi que le point sur les journées de samedi et dimanche ce week-end. Il reste encore un paquet de photos et même des vidéos à publier sur les Vieilles Charrues.

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