The Dark Knight, Rise And Fall

Quatre ans d’attente et une pression supplémentaire pour Christopher Nolan, aux commandes depuis le premier épisode de la trilogie Batman Begins, réalisé en 2005. Mais aussi réalisateur d’un second volet qui marque encore les esprits.

En 2008, on était aussi resté sur la partition exceptionnelle de Heath Ledger qui reprenait, 23 ans plus tard, le rôle du Joker, interprété dans la version de Tim Burton par Jack Nicholson. Dans The Dark Knight, c’est véritablement lui qui réussi à donner au film et au personnage de Bruce Wayne/Batman (Christian Bale) cette dimension psychologique et introspective qui a fait de son personnage, l’un des super-héros les plus torturés et passionnants, adaptés aujourd’hui au cinéma.

Mythique au même titre que Batman, ce duel au sommet entre l’homme chauve-souris et son ennemi de toujours, avait fini d’asseoir la réputation du film et de l’élever au rang de monument du genre. La mort de Heath Ledger, survenue brutalement quelques mois avant la sortie du film, les projets de Nolan concernant la suite des aventures de Batman ont dû entièrement être revus et corrigés.

Il a donc fallu tout d’abord trouver un nouveau méchant de taille, assez convaincant et charismatique, pour pouvoir faire de l’ombre au Joker et se mesurer au chevalier noir.
 Heureusement pour le spectateur, ce méchant existe. Bane (Tom Hardy), le mercenaire dans la mythologie Batman, est le seul super-vilain à réussir l’exploit de briser, littéralement, la chauve-souris et faire régner la terreur sur Gotham (la suite appartient à DC Comics). Un choix évident pour une conclusion qui s’annonçait épique.



Après avoir endossé le chapeau pour les meurtres commis par Harvey Dent/Double-Face, toujours dans le but de protéger les concitoyens de Gotham City, Batman est devenu 8 ans plus tard l’homme à abattre. Sous les traits de Bruce Wayne il s’est depuis coupé du monde, terré dans son manoir : « Il n’y a rien pour moi dans ce monde » lance-t-il à son fidèle majordome, Alfred, dans la première partie du film.

La solitude et le désespoir rythment ses journées, lui qui n’attend plus rien de la vie ainsi que de cette ville qui l’a trahi. D’autant plus que son grand amour Rachel Dawes est décédé et que sa société Wayne’s Enterprise est en difficulté financière. Alors pendant ce temps, un riche homme d’affaires, Dagget, en profite pour jeter son dévolu sur les juteux intérêts de l’entreprise, en s’offrant les services de Bane pour arriver à ses fins. Mais ce dernier se prépare à un tout autre plan…

Voici le point de départ que Nolan et son scénariste de frère Jonathan ont choisi pour démarrer The Dark Knight Rises. Un choix intelligent qui replace Bruce Wayne au centre de l’attention, tout en s’éloignant un peu de l’ambiance de DC Comics. Avec la volonté de livrer un film différent de son prédécesseur. D’ailleurs dans les notes d’intentions, Nolan cite comme inspiration principale Charles Dickens et non Bob Kane ou Bill Finger, les créateurs de Batman. Sans doute une manière de s’émanciper de l’héritage pesant de The Dark Knight et du sourire figé d’Heath Ledger.

En attendant le reboot

Mais voilà, si l’intention était louable, malheureusement dans la réalisation, le résultat est assez décevant, surtout pour les fans. Car Nolan sur plus de 2 heures 40 prend son temps, cherchant à raconter son histoire et conclure ainsi cette trilogie de manière cohérente.

Son personnage se retrouve alors vite noyé au milieu du florilège de seconds rôles qui gravitent autour de lui jusqu’à se retrouver supprimés de l’écran durant quelques minutes pour laisser la place aux agissements du terrible Bane. À ce sujet, chacun pourra y aller de son avis. Il n’empêche que, aussi différents soient-ils, les muscles de Tom Hardy ainsi que ses beaux costumes kakis ne suffisent pas à faire oublier le Joker.

Le mercenaire et terroriste débarque pour mettre à feu et à sang une ville rongée par les maux de nos sociétés actuelles. Là encore, en cherchant à se détacher du comic, Nolan a fait de l’univers du film et de celui de Gotham, un élément ancré dans son époque et plus proche de nous, l’obligeant à ficeler une intrigue qui fait écho aux thématiques très en vogue en ce moment (crise financière et grandes questions sur notre temps oblige).

À cela fait écho le personnage de Catwoman (Anne Hathaway), qui traîne avec elle un lourd passif et cherche constamment à fuir le monde.

À l’arrivée, si les personnages et le message que Nolan veut faire passer sont subtils et plutôt bien amenés, le scénario, lui, avec ses grosses ficelles est sans intérêt – on veut Batman bordel !- et les retournements de situations n’ajoutent rien à l’affaire (d’autant qu’ils sont prévisibles). Au milieu de quoi, pas une scène d’anthologie à se mettre sous la dent, l’imagination et la folie qui animaient The Dark Knight ont ici disparu.

Pour exemple, l’impressionnante  scène d’introduction où le personnage de Bane apparaît pour la première fois à l’écran n’arrive pas à nous faire dresser un seul poil et il en va de même pour l’ensemble des scènes d’actions. Même la dernière heure du film ne suffit pas à remonter le niveau.

Pourtant, encore une fois tout est là. Le réalisateur n’a rien perdu de son talent pour mettre en scène et rythmer une histoire. On ne s’ennuie pas, les images sont belles, les acteurs sont bons et on sent presque la patte d’Inception sur ce film. Nolan livre donc une conclusion moins rentre-dedans, plus subtile pour un blockbuster de ce genre mais ce dernier peine a panser les blessures restées ouvertes depuis 2008. 

Où est passé Batman pendant ce temps ? Comme Alfred, qui s’assoit chaque année à la même table d’un café florentin et espère apercevoir son héros, nous aussi on attend. On nourrit l’espoir de le revoir, jetant un regard autour de nous. Mais comme pour Alfred, ce n’est qu’un rêve.

The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan, avec Christian Bale, Gary Oldman, Tom Hardy, sorti le 25 juillet 2012, 2h44.

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