Gangs Of Wasseypur – Part I, Indian connection

En faisant se rencontrer dans un même film, le cinéma hollywoodien et Bollywood, l’Indien Anurag Rahysap souhaitait toucher un public le plus large possible. À croire que son désir est en train de devenir réalité, puisque son dernier long-métrage a largement séduit la critique lors de la quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes. 

Sur plus de 5 heures de film, Gangs Of Wasseypur – Part I fait le pari ambitieux de nous raconter plus de 60 ans de rivalités meurtrières entre trois familles crapuleuses issues de Wasseypur, ville située au Nord-Est de l’Inde, capitale du charbon. Zeeshan Qadri, originaire de la petit ville minière, s’est inspiré pour le script, de l’histoire vraie de deux parrains locaux Sabir Alam et Fahim Khan. Impliqués dans des affaires de trafics de charbon et de pillages de convois anglais… les deux hommes (à l’origine amis) et leurs clans respectifs se sont affrontés au cours des années 50 jusqu’au jour où Fahim et Sabir furent envoyés en prison. Divisé en deux parties, Gangs Of Wasseypur dans sa première moitié s’attache à raconter de manière chronologique les origines de ce conflit où s’esquisse au fil des années une histoire de vengeance inter-générationnelle. Des faits, Anurag Kashyap ne retient que les grandes lignes pour y placer ses personnages et tracer leurs destinés là où une tonne de thématiques viennent se greffer. Les valeurs familiales bien sûr vont être mises à rude épreuve mais aussi la vengeance en second lieu, le pouvoir, le sacrifice, la dignité, le respect… Tous les thèmes d’un bon film de gangster en somme. Et à ce niveau, le spectateur n’est pas en reste. Rien de vraiment original à ce niveau là pour cette version indienne du Parrain version Il Était Une Fois Dans l’Ouest.

« Il y a deux sortes de gens : les salauds et les connards. »

Le film s’attache à coller de très près à cette vérité prononcée par la « voice over » du narrateur au tout début du film : « Dans le monde, il y a deux sortes de gens : les salauds et les connards. » En effet, Gangs Of Wasseypur – Part I dresse le portrait d’une belle bande d’ordures, prêtes à tout pour arriver à leur fin. Rien d’original une fois de plus. De fait, l’intégration des codes du cinéma noir américain à l’esthétique indienne réduit considérablement l’effet de dépaysement que pouvait provoquer Bollywood sur le public occidental. Le spectateur se trouve finalement ici en terrain connu : retours à des couleurs naturelles, utilisations d’images d’archives pour évoquer l’Histoire du pays, exit les chorégraphies et les chants indiens, les héros du film jurent tous à la manière d’un Joe Pesci dans Les Affranchis et certaines scènes, fortement inspirées des classiques du genre, finissent par nous convaincre. Seulement, Anurag Kashyap  est un réalisateur intelligent et au-delà de son aspect « entertainment » et son humour parfois décalé qui le rend agréable et accessible, c’est bien la rencontre de Hollywood et de Bollywood et ce que l’homme en fait qui intéresse. Lorsque les deux plus grandes industries de distributions de films au monde se rencontrent ce n’est pas sans se regarder l’une et l’autre.

Des réalisations indiennes de plus en plus nombreuses

Au générique du film, le réalisateur remercie plusieurs personnes dont Vikramaditya Motwane (directeur de Udaan), le « Madurai triumvirate’ » de Bala, Ameer Sultan et M. Sasikumar pour « l’avoir poussé à revenir vers mes racines« . Inscrit parmi la nouvelle vague des réalisateurs indiens, Anurag Kashyap interroge donc à travers son projet la question de l' »américanisation » ou l' »occidentalisation » de son art et de sa culture. La première scène du film qui nous montre un extrait d’une émission télévisée inspirée d’un show américain devant laquelle sont scotchés quelques badauds en est le parfait exemple. Suivront brutalement les premiers coups de feu et les première effusions de sang juste après. Les gangsters du film eux-même s’apparentent aux anti-héros des films américains. À ce niveau, le film a beaucoup été critiqué par les habitants de Wasseypur qui y ont vu un miroir renvoyant une image assez négative de leur ville et de la communauté musulmane. Le langage utilisé par les personnages a aussi été décrié ainsi que les événements relatés, jugés trop exagérés. C’est justement toute cette exagération (nuancée par certains moments de répits tout de même) qui permet au film de faire passer son message.

Gangs Of Wasseypur – Part I s’empoigne comme un Scorsese, se regarde comme un Tarantino et s’entend comme un film bollywoodien. C’est une autre face de l’Inde que nous montre Kashyap, celle de la corruption et des enjeux de pouvoirs où s’esquisse grâce au personnage du ministre dans le film, un portrait presque social de cette région. Dans cette fresque, tous ces éléments s’entremêlent et cohabitent parfaitement. Le film, lui, ne souffre d’aucune longueur et les images s’enchaînent assez vite (encore une particularité du cinéma indien basé sur la consommation). Il fallait au moins ça pour emmener le spectateur jusqu’au bout de ces 2 h 40 et terminer le film sur un excitant « climax » que ne renierait pas Coppola. Ce qui nous fait impatiemment attendre la suite, le 26 décembre prochain.

Gangs Of Wasseypur – Part I, de Anurag Kashyap, avec Manoj Bajbai, Tigmanshu Dhulia, Piyush Mishra, sorti le 25 juillet 2012, 2h40.

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