Une nuit avec la police lannionnaise

Tourmentée par l’image qu’elle renvoie aux individus, la brigade de police nocturne lannionnaise ne déroge pas à la règle et aimante, à chaque coin de rue, des regards de désapprobation. Pour assurer la sécurité jusqu’à 5 heures du matin, l’intransigeance est mêlée à l’envie de rendre service. Les situations amènent les brigadiers à se comporter de manière antagoniste avec, parfois, un certain côté lunatique.

Les Ferrari, Porsche et autres Audi sont passées de mode. Pour se faire reluquer, rien de tel qu’une voiture de la police. C’est la première chose qui saute aux yeux au moment d’embarquer avec la patrouille nocturne.  À bord du véhicule, le gardien de la paix Didier H. et le brigadier et officier de police judiciaire (OPJ) Yannick L. sont coutumiers des regards prononcés, et anxieux à la fois, qui atterrissent sur eux. Comme souvent sur les coups de 22 heures, les lieux de rencontres font l’objet d’un premier passage. À Lannion, la patrouille se dirige dans les rues piétonnes. «Près des bistros, on fait une prise de température assez tôt dans la soirée pour prévenir des échauffourées  qui peuvent vite arriver », explique Yannick L. Ambiance bonne enfant et rigolades, l’attention des jeunes, nombreux dehors pour fumer une clope, est un instant aimantée par la police qui repart sans plus attendre.

Un début de service détendu

La nuit lannionnaise commence en apparence sous le signe de la tranquillité. Sur le pont, à proximité du quai d’Aiguillon, deux étudiantes cueillent des fleurs dans les pots de la municipalité. Avec la radio allumée, la voiture s’arrête devant elles. « Dites-donc,  c’est du vandalisme ce que vous faites mesdemoiselles ? »,  leur disent les deux agents en souriant. Saisissant bien l’honnêteté et surtout la sobriété des jeunes femmes, ils passent l’éponge sur cet acte répréhensible d’une contravention. Avant de regagner le commissariat, la patrouille nocturne emprunte des parkings où « des roulottiers sont susceptibles de voler après effraction du véhicule des autoradios. » Vers 23 heures, les deux hommes viennent se revigorer à l’hôtel de police autour d’un café.  « La plupart du temps, on fait du tout-venant. On traite les appels du 17 police secours. On prend bien le temps de s’occuper des gens en difficulté et ce n’est pas nous déshonorer de dire ça », souligne le chef de la brigade de nuit avant que Didier H. n’ajoute. « Après, on ne cache pas qu’on est toujours partants pour des courses poursuites ! On a gardé notre âme d’enfant et ce qui nous plaît dans le métier, c’est ces coups d’adrénaline qui nous font se sublimer… » Quelques minutes plus tard la patrouille repart sans but précis. Les deux agents de police repèrent rapidement une voiture avec les feux avant éteints. Découvertes collatérales, le conducteur n’a pas son permis de conduire et l’assurance du véhicule sur lui. Pendant que  Didier H. rentre le code des infractions dans le PVe*, Yannick L. pointe avec sa lampe torche les passagers à l’arrière. « On se connaît nous, non ? Tu nous avais fait une fugue, il y a un an. On avait dû déployer les moyens aquatiques et sortir les hélicos pour te retrouver », dit-il à un adolescent de 17 ans. Une proximité de dialogue s’installe alors entre les deux brigadiers et les cinq jeunes dans la voiture visiblement habitués à des interpellations plus conséquentes qu’une contravention.

Du service aux bonnes gens à l’ivresse publique manifeste

Minuit. La tournée continue, un couple fait du stop sur les bords du Léguer. « Ils ont l’air de bonnes gens, on les dépose chez eux ? », demande Didier à Yannick. Le couple, étonné de la proposition de la patrouille, monte à l’arrière. « Merci infiniment. On vient du Loir et Cher. On souhaite se rendre à Perros-Guirec mais il n’y a plus de taxis à cette heure-là », explique intimidé le conjoint d’une trentaine d’années. Devant l’extrême reconnaissance affichée par le couple à leur égard, Yannick intervient. « Vous savez, là on se montre sympathiques mais si une embrouille nous tombe sur le coin du nez dans dix minutes, on devra sortir en étant stricts et très durs. » Pour lui, la principale compétence d’un policier est d’avoir assez de sang froid pour maîtriser des situations diamétralement opposées. « Nous sommes le miroir de la personne qui est en face de nous. Si la personne a un  problème mais est avenante, alors on va l’aider. Mais si elle joue au con, on sera encore plus cons qu’elle », affirme le brigadier. Changement de décor, la patrouille revient sur Lannion et la fréquence de la police émet dans la voiture.  « États d’ébriété importunant la sortie des bars et qui peuvent engendrer des rixes dans la rue attenante au Moulin vert », entend-on. Une fois arrivés sur place, les deux agents menottent un certain Mathieu, réputé violent lorsqu’il est en état d’ivresse. « Nous avons déjà eu à faire à lui plusieurs fois donc dès qu’on le trouve bourré dans la rue, on le ramasse directement sans savoir si il a déjà frappé quelqu’un ou pas », glisse Yannick L. en pleine interpellation. Dans la voiture jusqu’à l’hôpital, Didier H. essaie d’amadouer le jeune homme pour qu’il se comporte correctement aux urgences. « Alors gamin, t’es encore plein ? Mais pourquoi tu cherchais encore à te battre, t’as pas mieux à faire, je sais pas moi te dégoter une copine. » L’effet escompté est là. Mathieu rit avec les deux agents et se laisse ausculter sans se faire prier par le médecin à 3 h 30. Celui-ci estimant que son état ne nécessite pas une hospitalisation, il passera six heures au poste en cellule de dégrisement.

Le dernier coup de pression

Peu avant la relève d’un deuxième binôme de police, Yannick et Didier s’accordent une pause autour d’un plat de pâtes. « Mathieu est un ado perturbé, il est alcoolique depuis l’âge de 15 ans, ça nous fait mal de voir des jeunes comme lui dans un tel état de déchéance », lâche Didier. Les deux compères partent faire un dernier tour en ville avant d’aller prendre un café avec les infirmières urgentistes comme ils ont souvent l’habitude en fin de service nocturne. En descendant la rue Ernest Renan, une jeune fille marche toute seule. Arrivés au bon endroit, au bon moment, les deux agents de police repèrent un homme caché derrière une poubelle qui la suivait étrangement. Sans réfléchir plus longtemps, ils accélèrent brusquement, sortent du véhicule sans fermer les portières et immobilisent sur le ventre au sol, l’individu. Une frayeur de plus pour la première patrouille qui appelle du renfort afin de prendre en charge la jeune fille, déconcertée mais soulagée.

*Appareil numérique pour relever les contraventions

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