Festival du film britannique : Bons baisers de Dinard ! 2/2

Une compétition de qualité, des avant-premières pas toujours du meilleur goût, le 23ème festival de Dinard affiche un bilan plutôt mitigé. Revivez la cérémonie de clôture et les derniers films en compétition.

Jour 2

Du scénario à l’image, une conférence productive

En ce matin du dernier jour du festival était organisée une conférence sur les métiers du cinéma, animée entre autres par la réalisatrice Josée Dayan, l’assistant-réalisateur Euric Allaire et le producteur Cyril Corbeau-Justin. Devant une trentaine de personnes, les intervenants ont abordé leurs rôles respectifs dans l’élaboration d’un film. Ce qu’on en retient ? L’aspect financier joue aujourd’hui le rôle principal dans la préparation et la concrétisation d’un film, bien plus qu’avant, et au détriment du côté artistique et innovateur. D’ailleurs, les deux producteurs présents ont monopolisé 80% du temps de parole. Outre ce point, les intervenants ont répondu aux diverses questions du public. Certains en ont même profité pour balancer sur The Comedian, film en compétition durant le festival, devant son producteur Bertrand Faivre.

Everyday : la quotidien de la famille d’un détenu

Régulièrement plébiscité par le festival du film britannique, Michael Winterbottom est venu présenter au public breton son nouveau film. Mais peut-on véritablement parler d’un film ici ? En effet, la frontière entre fiction et documentaire est extrêmement friable si bien que le spectateur pourrait se croire derrière sa petite lucarne à regarder « Confessions Intimes ».
Le thème de l’univers carcéral, traité par Winterbottom, est revenu régulièrement durant toute cette 23ème édition du festival de Dinard. Néanmoins il est ici abordé non pas via le prisonnier mais par ceux qui vivent l’incarcération de ce dernier comme un cauchemar, à savoir la famille du prisonnier.
On apprend à connaître l’intimité de chaque membre de la famille (plus précisément la mère), leurs craintes, leurs espoirs…
Si le thème proposé est d’un intérêt certain, la mise en scène élaborée par Winterbottom est assez simpliste et de nombreuses scènes réapparaissent tout au long du film, avec un goût de déjà vu. Nous retiendrons tout de même la prestation des enfants qui fait la force du film grâce à leur naturel déconcertant.

Note Report Ouest : 4,25/10

Borrowed Time : Un ovni à la sauce british

L’équipe de Borrowed Time

Pour conclure le festival, on a droit à un film surprise, qui n’est autre que Borrowed Time, déjà présenté en avant-première il y a trois jours. Autant dire que c’est le film le plus à la sauce anglaise qu’on puisse trouver : situations totalement loufoques et décalées, décors rustiques, dialogues sordides… On suit l’aventure d’un jeune désespéré qui se retrouve malgré lui pris en chasse par un dealer de drogue à la fois violent et grotesque. Le personnage va trouver refuge chez un vieillard qui a perdu le goût de la vie, ce qui va donner naissance à une amitié improbable.
Malgré une introduction assez laborieuse, on se prend vite au jeu loufoque que nous propose Jules Bishop, le réalisateur. Parfois fascinant, parfois ridicule, le film est constamment sur le fil du rasoir, mais cet humour décalé, un peu à la manière d’un Wes Anderson, nous fait au final passer un bon moment. On en ressort léger, pas tout à fait convaincu, mais sans vraie déception.

Moyenne Report Ouest : 5,5/10

And the winner is : Shadow Dancer

Sans surprise c’est bel et bien Shadow Dancer qui a remporté le Hitchcok d’or ce week-end à Dinard. Comment aurait-il pu en être autrement avec un tel scénario (directement tiré du livre de Tom Bradby), un suspens à couper le souffle, un Clive Owen dans une forme impériale ?
La mise en scène est signée James Marsh à qui l’on doit également le documentaire Man On Wire pour lequel il fut récompensé à la cérémonie des Oscars 2009 (dans la catégorie meilleur documentaire).
L’histoire se déroule en 1993 en Irlande du Nord. L’Angleterre est alors en pleine négociation avec l’IRA afin de pacifier et résoudre le conflit nord-irlandais. Malgré tout, les membres de l’IRA n’en démordent pas et perpètrent de nouveaux attentats. C’est dans ce contexte que Colette (Andrea Riseborough), une jeune veuve fervente activiste de l’IRA, est arrêtée à Londres par les services secrets de sa majesté pour terrorisme. Plutôt que de l’emprisonner, les services secrets se servent de Colette comme « indic » afin de les renseigner sur les agissements de ses frères (eux aussi fervents activistes de l’IRA) ainsi que de tous ses proches.
Se met alors en place un double jeu (nous rappelant Les Infiltrés avec DiCaprio) puisque Colette renseigne régulièrement le policier chargé de sa protection, Mac (Clive Owen), et agit dans le même temps en faveur de l’IRA. L’étau se resserre des deux côtés, la tension monte. Et si finalement Colette n’était pas la seule à jouer un double jeu ?
Alors que le rythme du début est apparu extrêmement lent, Marsh a su emballer le film assez rapidement. Entre moments de doute, de tension, d’angoisse, de colère, ce grand réalisateur arrive à procurer au spectateur les mêmes émotions que celles de son héroïne. Et nous propose une fin extraordinaire que jamais l’on aurait pu s’imaginer. Le tout accompagné par une musique de Dickon Hinchliffe nous transportant vers les landes nord-irlandaises à travers de belles balades. Du grand art !

Moyenne Report Ouest : 8,5/10

Josselin Aubrée & Florent Bodenez

Josselin Aubrée

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