MEMOIRE – Saint-Christophe, 500 habitants, 19 enfants juifs cachés

De mars 1944 à 1945, le petit village de Saint-Christophe-des-Bois (35) a accueilli 19 enfants juifs. Ils avaient 3, 7 ou 15 ans. S’appelaient Simon Wajnberg, Charles Curencajc ou Michel Addass. Aujourd’hui, le bourg n’a pas changé. 500 habitants, une épicerie, un bar-tabac. Le souvenir des enfants cachés est bien là. Un film, « Jamais je ne t’oublierai », a été tourné en juin dernier.

Les cloches sonnent. Onze heures. Denise Lebreton nous accueille chez elle, à l’angle du bar-tabac « La paillote  ». Un tricot à la main, une casserole sur le feu, on se sent déjà bien chez elle. On est prié de s’assoir, manger ou boire quelque chose. On parle du village, des voisins, avant de rentrer dans le vif du sujet. À Saint-Christophe, tout le monde se connaît. Saint-Christophe, c’est deux rues de maisons mitoyennes, le tout encerclé de forêts. Seuls le goudron des rues et les lotissements des années soixante-dix ont métamorphosé la bourgade des années quarante.

Denise Lebreton / Photo Isabelle Bigot

Un village de héros

« Chez nous, nous avions les frères Barouh, Roger et Maurice. Je ne les voyais pas souvent. Seulement le dimanche après-midi. J’avais 17 ans, je travaillais déjà », explique Denise. Il y a quelques années, grâce aux recherches de Michel Godet, ex-prof devenu historien, elle a pu retrouver leurs traces. À la Libération, les garçons ont filé à Paris sans donner de nouvelles. Ils y habitent toujours, ont une femme, des enfants, et même un appartement à Damgan. Sur le chemin, ils n’hésitent pas à s’arrêter prendre le café à Saint-Christophe, rue du Relais des Forges. Une occasion pour Denise de discuter avec ses « petits réfugiés », « ses cousins parigots ». Les Lebreton n’étaient pas les seuls à protéger des enfants juifs au péril de leur vie. Une dizaine de familles, organisées en réseau, ont accueilli des enfants. Par engagement, charité, bienveillance. Par ce refus face à l’inhumain, à la mort.

Joseph Dufeu avait 15 ans à l’époque. Ses parents, par principe et envie d’avoir « une revanche face aux boches », ont pris le petit Charles Curencajc sous leur aile. Signe de croix, Notre Père par cœur, l’illusion devait être parfaite. D’autant plus que les Allemands séjournaient régulièrement dans le bourg, pour profiter des sessions de chasse aux lapins. Sans savoir que dans les maisons alentour, voire même au sein même de l’hôtel de madame Perrussel, des gamins étaient là. Dans l’angoisse d’être arrêtés, déportés,comme la majorité de leurs parents. En cas de danger, un seul ordre leur était donné : « saute de la fenêtre et cours ! »

La fenêtre aux volets blancs était l’issue de secours. Un tas de sable amortissait la chute / Photo Isabelle Bigot

D’une histoire extraordinaire, un film

Le village a su garder le secret, avec la complicité de la gendarmerie. Ce n’est que soixante-dix ans après que les familles ont commencé à parler, interpellées par le témoignage de l’ex-enfant caché Michel Addass et les recherches de Michel Godet, ex-prof au lycée public de Vitré devenu historien. Faire un film était une des dernières volontés de Michel Addass. Par devoir de mémoire, de reconnaissance.

Les enfants des « cours moyens » de Saint-Christophe et des bourgs limitrophes -Chatillon, Taillis- ont participé au tournage. Le principe était d’échanger avec les enfants cachés, revenus pour l’occasion de Paris voire de Chicago pour Simon Wajnberg. « Et à la fin de la guerre qu’avez-vous fait ? », « Comment vous veniez à Saint-Christophe ? » et des tas d’autres questions se sont bousculées sous les caméras de l’équipe Ribowski. 23 heures d’enregistrements, pour 52 minutes prévues. Le tournage a duré dix jours non-stop, du 4 au 14 juin. Qu’il pleuve, qu’il vente. Le bar « La paillote » faisait office de cantine du tournage. Simon l’Américain a laissé au bar un emblème « Chicago Bulls », que le patron arbore avec fierté.

Témoignages

« Si vous savez comme vous vivez bien. Charles avait 15 ans comme moi. Il ne parlait jamais de sa famille. Il vivait dans la maison d’à côté, chez les Barbot. Il venait aussi chez nous, on jouait ensemble. Je me souviens d’un jour où nous avions marché 12 kilomètres jusqu’à Saint-Aubin pour aller au cinéma, bien que cela soit interdit pour lui. Dès qu’on entendait une voiture, on se cachait dans le talus. Mais on n’était pas trop malheureux. On avait de quoi manger et se vêtir. Quoiqu’on n’échappait pas à la soupe d’orties ou au café à base de glands.. Des fois, des hommes, des résistants passaient à la maison pour écouter le poste à galène. Ils attendaient des messages codés. Quand les Américains ont débarqué, on était heureux, c’était fou. Des Noirs en jeep traversaient le bourg. On en avait jamais vus ! Ils nous donnaient des chewing-gum et on pressait les poules qu’elles nous fassent des œufs, pour leur offrir. » Joseph Dufeu

« Je n’ai pas trop de souvenirs avec Roger et Maurice. Ils aidaient à la ferme de mes parents, près du bois de Beaufeu. Mon père allait parfois ravitailler les maquisards avec une dame, qu’on appelait « la sorcière » en raison de ses disparitions nocturnes inexpliquées. Au sortir de la guerre, la mère des frères Barouh nous a retrouvé. C’était madame Henry, résistante de Martigné-Ferchaud qui assurait les relations entre familles juives et non-juives. Les enfants sont donc repartis aussi vite qu’ils sont revenus -ndlr ils sont restés environ 4 mois-. » Denise Lebreton


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35 210 St-Christophe-des-bois
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