Une médecine de campagne convalescente

Le Dr Jean-Yves Tanguy est l’unique médecin généraliste de Prat (22). S’il se sent utile, il ne se définit pas comme indispensable. Entre la salle d’attente et son cabinet, va-et-vient en terre médicale rurale.

Mercredi, jour des enfants à Prat. Pourtant, pas un chat à la petite école Saint-Joseph, ni même au bar-tabac, ou encore à la boulangerie. Sauf au n°14 de la rue Marie Le Chevoir. Sitôt la porte de fer forgée passée, un félin vient à votre rencontre au milieu de palmiers et du buis. C’est dans une authentique demeure bretonne que vit Jean-Yves Tanguy, le seul médecin généraliste de Prat, une commune costarmoricaine de 1000 âmes seulement. Il est l’un des rares dans les environs. Son cabinet médical se situe à deux pas de chez lui. Contiguë, la salle d’attente d’une dizaine de mètres carrés est à taille humaine. Lumière tamisée, chaises en bois, petits cadres typiquement bretons, motifs africains et reproduction de l’artiste-peintre Sonia Delaunay agrémentent l’espace. « J’ai choisi ce petit village car j’avais la volonté de monter quelque chose », avance le Dr Tanguy. Pour ce natif de Lannion, cheveux bruns tirant sur le blanc et vêtu d’une veste noire et chemise bleue ciel assez chic, cela s’apparente à un retour aux sources.

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Photo : Ouest France

Une désertification médicale pas d’actualité

La salle d’attente accueille un couple âgé de Pratais, conquis depuis quatre ans. Le check-up aura duré une demi-heure, soit un quart d’heure en moyenne par patient. Loin de la caricature qu’une consultation est forcément bâclée en territoire rural. Tout comme la menace d’une désertification médicale. « On ne peut pas parler pour l’instant de désert médical. On a un hôpital à côté et le Smur (ndlr : service mobile d’urgence et de réanimation) se déplace en dix minutes. On ne travaille pas dans de mauvaises conditions », soutient le Dr Tanguy. « Et puis ici, pas d’inquiétude pour la maternité. Celles de Lannion et de Guingamp sont à un gros quart d’heure », ajoute-t-il, faisant référence au débat actuel dans l’Hexagone. Retour en salle d’attente. Troublée uniquement par la récréation des enfants, l’antichambre vit au rythme du bruissement des pages de magazines et des échos de patients blaguant avec le docteur. Si l’affiche « Aide à la mobilité de personnes âgées » trône en bonne place au milieu des différentes campagnes sanitaires, les patients ne s’en soucient guère, venant pour la plupart en voiture. Ou à pied comme S., habitante de Prat à 300 mètres de là, et mettant un point d’honneur à être à l’heure depuis 16 ans. « Je n’ai plus de glande thyroïde, donc je dois prendre des cachets tous les jours, sinon j’étouffe », détaille la sexagénaire à l’accent breton. Dans ses yeux bleus, zéro trace d’anxiété. Pas même lorsqu’elle apprend de la bouche de son médecin son départ pour Cavan, en janvier. « On est bien à la campagne, il y a moins de bruit. Je prendrai un taxi social. »

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Document : cabinet Nunc Saint-Brieuc

La solution du regroupement médical

Pour le Dr Tanguy, les relations tissées avec le village de Prat auront duré 27 ans. Une vie marquée par les sacrifices. « J’ai un regret, celui de ne pas m’être occupé assez de mes enfants. » Ce choix de carrière étonne M., patient en pré-retraite à Pluzunet. « Il a sa clientèle, son cabinet, sa salle d’attente et il est chez lui. Il aura des frais. » La maison médicale de Cavan comptera trois médecins, un dentiste, un kiné et cinq infirmiers. Il est 17h45, la nuit commence à tomber et l’on se demande si tout est vraiment rose dans le monde médical rural. « Entre les visites à domicile et les consultations, je peux finir à 21h mais les gardes de nuit et du week-end se sont améliorées. Par contre, trouver un remplaçant est une réelle difficulté. D’où le regroupement à Cavan », reprend le Dr Tanguy. Rhumes et toux forment le gros des consultations de fin de journée. Enfin, pas pour tout le monde. « Toi, tu auras tes piqûres et des pansements », prévient une maman, un regard bienveillant sur son enfant.

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