Argo : Ben Affleck nouveau héros d’Hollywood

Il y a cinq ans encore, le garçon qui n’avait réalisé à ce jour qu’un seul court-métrage, vivait une traversée du désert des plus arides. Seuls les petits oasis Hollywoodland et Mi$e à prix ont réussi de justesse à le maintenir en vie. Juste assez longtemps pour que celui-ci nous ponde en 2007 le passionnant Gone Baby Gone, qui marchait dans les pas de Clint Eastwood et de Mystic River. The Town, sorti sur les écrans il y a deux ans, confirmait alors le talent de scénariste et de chef d’orchestre de Ben Affleck. Argo clarifie son nouveau statut : celui de « réalisateur à suivre ». 

Troisième film pour Ben Affleck sous l’étiquette de réalisateur. Un passage difficile qui tend habituellement à confirmer ou infirmer les idées que l’on a pu se faire sur un artiste en règle générale. Il semblerait que depuis cinq ans justement, Ben Affleck jusqu’ici boudé par un peu tout le monde (Hollywood, médias et public – dans l’ordre que vous voudrez -), connaît un regain d’intérêt sans cesse grandissant. Tout ce qu’il entreprend est un succès aussi bien critique que commercial (il sera prochainement à l’affiche du prochain Terrence Malick). Argo s’inscrit donc logiquement dans ce schéma gagnant, faisant grimper la côte de popularité de l’acteur multi-casquettes en flèche.

Avec une histoire comme celle-ci, il faut bien avouer qu’il s’agissait là d’or en barre pour Hollywood. Inspirée d’un fait réel déclassifié en 1997 sous la présidence Clinton, l’histoire du film s’attache à retracer l’une des missions d’extradition les plus invraisemblables de l’histoire de la CIA.
En 1979, suite au soulèvement du peuple iranien contre le shah d’Iran, l’ambassade américaine est prise d’assaut par les révolutionnaires. Sur la cinquantaine d’otages, six d’entre eux ont réussi à se cacher, couvert par l’ambassade canadienne. Avant que l’on découvre leurs identités, craignant une exécution en place publique, la CIA s’offre les services d’Hollywood pour élaborer un plan de sauvetage et ramener les ressortissants américains chez eux.

Jouer avec la fiction, fabriquer l’illusion

Le script a d’abord été proposé à Ben Affleck par l’intermédiaire de George Clooney et Matt Damon. Un bon choix, si on regarde de plus près la façon qu’a Ben Affleck de faire vivre ses histoires au cinéma. Un cinéma intelligent qui n’oublie pas sa fonction de divertissement. Avec The Town, le public avait alors eu le droit à un script sans fioritures. Un cinéma d’action brutal et rentre-dedans comme on pouvait le découvrir dans les salles obscures durant les années 1970 sur fond de Scorsese et de Cimino avec le côté carré d’un Charles Bronson.
Argo s’inscrit dans cette même veine, un cinéma au service de son histoire. Le réalisateur et le scénariste Chris Terrio nous servent donc un thriller sur fond de comédie satirique à la reconstitution léchée. Un suspens efficace qui monte crescendo dans la dernière demi-heure du film et la mise en route du plan. Mais là où Ben Affleck impressionne, c’est la justesse avec laquelle il rend plus que jamais actuelle cet incident qui aurait pu tourner au drame.

Si l’issue et le sort réservés aux personnages sont eux connus d’avance, la restitution du contexte politiquement explosif dans lequel s’inscrit cette prise d’otage réussi à insuffler cette atmosphère de tension permanente. Ben Affleck a évité ce que beaucoup d’autres films auraient fait, c’est-à-dire faire de ces otages des protagonistes de second plan. Un simple élément scénaristique qui justifierait la farce qui est en train de se monter à Langley. Là, en nous plaçant aux côtés des otages, au cœur de ce qui se joue, le spectateur ne peut pas se défaire de ce qu’il voit, dépassé par l’immense danger qui guette le groupe dès qu’il ira mettre un pied dehors.
Une fois la critique du milieu, un brin caricatural, passé, le film se révèle être un pur thriller : multiplication des points de vues, étirement des moments de climax… cette « mission impossible » revêt des allures de véritable film épique.

À travers elle, Ben Affleck nous raconte aussi cette révolution qui ébranle l’Iran. Un événement qui continue d’avoir des répercussions encore aujourd’hui pour le monde occidental. On ne peut s’empêcher de penser à Munich de Spielberg lorsqu’on regarde Argo. Cependant, Affleck prend beaucoup plus de distance avec son sujet en se basant uniquement sur les faits récoltés. Le film ne colporte aucun manichéisme, aucun jugement et c’est ce qui fait l’intelligence du projet. Les images de colères d’un peuple dans Argo ne sont finalement pas si différentes de celles d’aujourd’hui. Et dans tout ça, c’est à chacun des camps de fabriquer la meilleure illusion pour garder la face, à l’image de ce plan, improbable et plein de poudre jetée aux yeux.

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Argo, de Ben Affleck avec Ben Affleck et Bryan Cranston, sorti le 31 octobre 2012. Actuellement en salle au cinéma Les Baladins à Lannion. Durée 2 h.

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