Trans 2012 – Rachid Taha : « Dans les pays arabes, on remplace le choléra par la peste »

Pour la troisième fois, le grand monsieur de la musique arabo-électro joue aux Trans. Il nous dévoile son nouvel album « Zoom », chargé de collaborations et de reprises. Adepte de l’éclectisme musical, Taha a travaillé avec une miss -Sonia Rolland-, une ex Nouvelle star – Camelia Jordana – ou encore Eric Cantona ou Mick Jones -guitariste des Clash-. Increvable, il explique que le secret de la forme reste « dormir ». Vraiment ? Il arrive qu’on le croise en « after ». « Je défie toute personne à six heures du matin à Rennes d’être tout à fait sain ! » lance-t-il en plaisantant.

Fidèle à lui-même, Rachid Taha parle cash, sans tabou. 54 ans, et bien plus punk d’esprit que certains jeunes gens. Né en Algérie, il déboule à l’âge de 10 ans dans une Alsace profondément raciste. Il fait des études de compta et quelques petits boulots, avant de rencontrer Mohammed et Moktar Amini à l’usine, avec qui il formera le groupe Carte de Séjour. Ils provoqueront le facho avec leur reprise de Douce France en 1986, célébrissime chanson de Charles Trenet. Peu après, Taha se lance dans une carrière solo : surprenante, entre le rock, le raï, la world. Un électron libre.

Zoom, « un album entre Memphis et Le Caire »

Enfant, Rachid Taha avait -et a toujours- deux héros : Oum Kalsoum et Elvis Presley. L’envie est venue de leur rendre hommage. Zoom regroupe des reprises comme des compos. Avec une liste d’invités fournie : Camelia Jordana, Sonia Rolland, Oxmo Puccino, Agnes B, Rachida Brakni.

La plupart des chansons sont en langue arabe, d’autres en anglais. La curiosité, c’est « O sole mio » interprété avec un chanteur lyrique. Sans compter l’hymne « Voilà voilà » de nouveau entonné. Produit par Brian Eno, l’album sera dans les bacs début mars.

Un Printemps Arabe « sans roses, sans fleurs »

Difficile de ne pas parler politique avec le compositeur de « Voilà voilà » . Les révolutions arabes ont « remplacé le choléra par la peste ». « Ça fait 31 ans que je tourne, et je ne suis pas programmé dans les pays arabes. Si, une fois… au centre culturel français en Algérie. Cela veut tout dire. Pas de concerts, pas de démocratie » explique-t-il. Et même dans une démocratie comme la France, il déplore le manque d’engagement des artistes : « Je ne vois jamais de rockeurs dans les boîtes de rock. On les voit dans les soirées mondaines, au mariage de Carla Bruni, mais jamais dans les lieux rock. La musique française, depuis les années 80, est profondément bourgeoise. Quand tu les vois dans les boîtes, c’est que leur femme les a quitté ! »

Il enchaîne sur la religion qui, pour lui, est « indécente à évoquer » : « Je ne connais pas d’Islam modéré, comme de catholiques modérés ou de juifs modérés ». Bien que ne faisant pas de concerts dans les pays arabes, ses chansons ont été reprises dans les manifs. « J’aimerais faire un festival de rock arabe à Paris l’année prochaine » lance-t-il.

Retour sur le live

Tout de paillettes vêtu, Rachid Taha est venu réchauffer le hall 9 vendredi soir vers 23 heures. Aux premiers accords, la foule commence à s’agiter, dessiner des arabesques avec les mains, s’improviser danseuse orientale. Rachid Taha n’a plus rien à prouver. Il peut même s’arrêter de temps à autre au cours d’un refrain, l’ambiance ne faiblit pas. On note l’arrivée très applaudie de Mick Jones sur scène pour « Voilà voilà », « Rock el casbah », et « Should I stay or should I go ». Des titres efficaces, connus de tous, tout comme « Ya Rayah ». Une complicité évidente entre ces deux punks : « I love you babe » lâcha Rachid Taha vers Jones.

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