Nour: un spectacle entre fiction et réalité

Au Carré Magique mercredi soir se produisait le collectif GdrA, habitué à dépeindre des portraits de personnes ou de situations ordinaires et réelles. Il nous raconte l’histoire de Nour, jeune femme d’origine Algéro-Marocaine, de sa vie en France et de la manière dont elle se cherche une identité bien à elle. Un spectacle émouvant où se mêle danse, vidéos, paroles, chant et cris même parfois !

Au Carré Magique à Lannion, installés sur leur siège, les spectateurs peuvent lire le prospectus sur la représentation qui va se jouer devant eux ce mardi 22 janvier. L’histoire est écrite ainsi: « Nour est une jeune fille d’origine algéro-marocaine qui se lance dans une carrière de danseuse hip-hop, malgré l’opposition de son père. Nour signifie lumière en arabe et ce pourrait être un synonyme du flambeau de la transmission. Voici son histoire, une fiction nourrie de faits réels, qui témoigne d’un parcours où s’inscrivent les mots déracinement, intégration, reconstruction. »

Quelques minutes plus tard, les lumières s’allument sur quatre personnages. Dans un décor fait d’un immense trampoline, d’un banc, d’un écran géant et de quelques étagères design, ils entrent en scène. Ce sont Sébastien Barrier, Nedjma Benchaïd, Julien Cassier, Domi Giroud et Christophe Rulhes. Ils appartiennent au collectif GdRA qui réalise du théâtre d’actions pluridisciplinaire à la croisée du cirque, de la musique, du texte et de la danse. Grâce à divers témoignages réels de Nicolas, Farida, Saïda et quelques autres, la troupe a pu comprendre qui était Nour. Ils ont alors monté autour une histoire, son histoire à elle en ajoutant ses confessions fictives ; toujours avec grâce et fragilité.

Au tout départ, le spectateur peut être un peu perdu, ne sachant ce qui va se passer. Le grand écran géant annonce le premier chapitre. Pendant ce temps, deux acteurs commencent à expliquer ce qu’est une Personne, l’une avec des mots lancés de temps à autre, l’autre avec de longues phrases complexes. Les deux autres dansent au milieu avec des mouvements répétitifs. Cela pose le but du spectacle, axé sur l’identité de chacun, sur un monde sans frontières ni appartenances réelles.

Une histoire décousue à réécrire

Photo : GDRA

Photo GDRA

Nour, les spectateurs ne connaissent rien d’elle. A travers des vidéos témoignage, des confessions retrouvées, des paroles échangées, ils vont la découvrir. Dès le départ, l’une des actrices prend la parole comme si elle était la jeune femme, répondant à son compagnon Nicolas. Ils nous expliquent ses débuts en France à elle, leurs difficultés à eux deux… Peu à peu, au fil des chapitres, l’éclairage se fait. On entend sa cousine dire tout le bien qu’elle pense d’elle, son frère Driss, Fatima… Les acteurs jouent chacun leur tour Nour, sans que cela ne choque tellement, comme pour dire aux spectateurs que l’important c’est l’histoire de cette femme, pas eux. Nour, elle commente tous ces visages qui parlent d’elles, confiant ses sentiments, ses émotions. Un père qui n’accepte pas sa passion pour la danse hip-hop, une grand-mère qui ne dit pas un mot… Ce sont des bribes de souvenirs, emmagasinés à l’intérieur d’elle, qui ressortent peu à peu, comme des bouts de corde à rattacher ensemble.

La danse hip-hop au cœur du récit

Plus le temps passe, plus elle danse Nour, des mouvements saccadés, répétitifs… Plus elle saute aussi, sur un trampoline autour duquel elle tourne en faisant des figures, inlassablement. La danse, cela semble être sa drogue. Au fur et à mesure, le spectateur comprend mieux pourquoi elle a préféré quitter le domicile familial à cause d’un père qui n’acceptait pas cette passion. Elle semble être née pour cela, pour danser, et le jeu des acteurs le fait comprendre. La danseuse Nedjma Benchaïd surtout, qui se met de plus en plus dans la peau de la jeune fille au fil du récit. Des clins d’œil à d’autres artistes, comme Mickaël Jackson, l’idole de sa cousine Djamila imprègne le spectacle de l’univers de la danse. Avec elle s’ajoute le chant de l’un des acteurs, avec un ton et une rythmique qui évoquent l’Afrique et les origines de Nour.

Le mélange des genres passe bien. Le spectateur a pu ressortir touché par tous ces témoignages, ces paroles qui racontent l’histoire d’une vie. Celle d’une jeune femme qui a cherché à se démarquer pour réaliser son rêve, mais qui garde malgré tout des regrets, des remords et surtout des souvenirs d’une famille qu’elle ne voit plus. L’histoire d’une vie qui semble vouloir donner à réfléchir sur l’histoire de chacun et d’une place à trouver et à prendre pour tous.

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