Carré Magique – Masculines au féminin

Sept danseuses contemporaines sont passées au Carré Magique de Lannion, jeudi 31 janvier pour déconstruire les présupposés de la femme arabe. Un spectacle poétique et esthétique dépoussiérant.

Jeudi soir, le Carré Magique a offert son plancher aux chorégraphes Eric Lamoureux, Héla Fattoumi et leurs danseuses. Leur nouvelle pièce s’introduit dans la question des représentations féminines, façonnées depuis de nombreuses années par le regard masculin, en Orient comme en Occident. Dès l’entrée sur scène des sept femmes, le spectateur sait qu’il a affaire à des guerrières voulant détruire les clichés sur la femme arabe. Dans le noir, les interprètes s’installent sur scène en postures de Haka. La couleur est annoncée.

“Fissurer les stéréotypes”

Cette création est encore dans sa première énergie. La compagnie a fait sa première il y a seulement quinze jours. Le duo Eric Lamoureux et Héla Fattoumi travaillent ensemble depuis longtemps sur un même thème : le monde arabo-musulman. Avec cette nouvelle pièce chorégraphique, ils voulaient aborder les présupposés sur la dimension du féminin. Avec la danse, il fallait déconstruire ces fixations mentales.

Photo Virginie Meigne

Pour s’affranchir des stéréotypes, les personnages appellent à leur masculinité. La rage dans leurs mouvements projette toute sa puissance. Leurs regards traduisent toute l’envie de faire danser leurs désirs. Les sept femmes s’engagent de plus en plus, au fur et à mesure de la danse, dans une certaine virilité. Elles expriment le refus de se soumettre après avoir été longtemps enfermées dans un “harem mental”.

Au cours de leur travail, Eric Lamoureux et Héla Fattoumi ont toujours vu le corps comme le pouvoir de dévoilement du sens. La densité corporelle a touché, jeudi, le spectateur avec franchise. Évoluant vers plus d’indignation, les danseuses s’approprient une seconde peau. Sautant, criant, soufflant, elles dansent aussi… Imperturbables, elles osent tout et le public s’agite. Une scène trop intense pour ce spectateur quittant son siège à un moment où le corps des danseuses se déhanche, se dévoile et ne se contrôle presque plus.

“Multiplier le paysage féminin”

En partant de deux peintures de l’orientalisme, La Grande Odalisque et Le Bain Turc, les chorégraphes se sont appuyés sur l’image de la femme soumise à la volonté des hommes. Le deuxième tableau de la pièce met en scène les sept femmes dans des attitudes lascives et voluptueuses comme dans les œuvres d’Ingres. Mais elles vont vite s’arracher au rapport de domination et multiplier les facettes du féminin. Elles retirent leurs perruques, pour se démêler du faux et quêter vers des attitudes masculines. En faisant des pompes, en fumant un cigare, en jouant au bras de fer, elles quittent peu à peu leur rôle de femmes convoitées.

Photo Laurent Philippe

De ces femmes aux longues chevelures qui déambulent lentement sur le sol, exposant leurs corps, se substituent des pin-up aux talons hauts et minis-jupes, saupoudrées de paillettes. Elles jouent les poupées désarticulées et dévergondées. Course à la décadence ? Non. Ce n’est pas leur destin, elles le savent et le proclament à nu. Plus tard, elles retourneront à leur aspect guerrier, se maquillant : amazones dansantes, criantes et violentes. Les femmes de Masculines qui se présentent en ligne sur le proscenium rappelle “Kontakthof” de Pina Bausch où les corps s’exposent. Mais ici, ils explosent.

La mise en scène, très picturale, a conduit les spectateurs du Carré Magique à s’interroger sur la place de la femme à travers la manifestation de la brutalité. “On aurait espérer de la douceur à la fin”, projette une spectatrice à la sortie. Que nenni, les sept danseuses sont allées jusqu’au bout de leur révolte.

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