Dans les coulisses de la 3ème édition des plaidoiries à Caen

Le samedi 2 février se tenait la 3ème édition des plaidoiries au Mémorial de Caen, réunissant 11 élèves avocats. Le principe ? Pointer du doigt des atteintes aux droits de l’homme. Le Mémorial de Caen nous a ouvert les coulisses de l’évènement.

Les spectateurs étaient venus nombreux pour apprécier la prestation des 11 élèves avocats

« Oui j’ai le profond sentiment que garder le silence, c’est consentir. Que détourner le regard, c’est accepter. Que fermer les yeux, c’est approuver. Que ne pas objecter, c’est abandonner. Que ne pas contester, c’est tolérer. » Dans le grand hall du Mémorial de Caen, les applaudissements du public sont à la hauteur des frissons que lui transmet Nina Sislian, pleine de conviction sur l’estrade. Elle vient de dénoncer l’acharnement dont fait l’objet Ragip Zarakolu, journaliste turc privé de sa liberté d’expression, et considéré comme « gênant » dans son propre pays.

 « Là pour dire réveillez-vous ! »

Non loin de là, les candidats déjà passés discutent ou regardent leur camarade sur un écran. Les autres restent impassibles, concentrés sur leur prestation à venir, ou tentent tant bien que mal de masquer leur appréhension. Derrière nous, Alain Andorno, élève à l’Ecole des Avocats de Toulouse, a plaidé en premier.

Pas évident d’ouvrir le bal. « Le public est comme un prof, on ne sait jamais comment il est avant de l’avoir eu en cours. Mais je ne suis pas mécontent, je pense avoir réussi à transmettre ce que je voulais. » Car plaider, c’est transmettre une certaine idée du monde. Un monde où les droits de l’Homme seraient respectés. « Au quotidien il suffit d’ouvrir de journal pour se rendre compte qu’il ne le sont pas. On est là pour dire réveillez vous ! »

Nina Sislian au micro d’Alexandre-Reza :

« On parle avec son cœur »

Nina Sislian, peu après sa plaidoirie. Photo de N.Delain

La plaidoirie se construit selon un principe : au travers d’un cas individuel, il s’agit d’arriver à dénoncer une situation beaucoup plus large, une atteinte aux droits de l’Homme. Pour Philip Fitzgerald, ancien rugbyman toulonnais qui a longtemps jonglé entre les entraînements et sa thèse de doctorat, « le but est de sensibiliser l’opinion publique à une histoire pas forcément connue. Je serai très heureux si on me dit que j’ai réussi à faire ça. »

Et le choix du sujet traité n’est jamais anodin. Il est d’abord important aux yeux du candidat. Camille Ben Daoud, qui a fini deuxième du concours, a dénoncé les effets pervers de la politique de l’enfant unique en Chine. « On parle beaucoup avec son cœur. Au travers de l’histoire de Yu Ming qui a été forcée d’avorter au bout de 8 mois, c’est la voix de toutes les femmes qui subissent cette politique que j’ai voulu porter. »

Camille est au micro de notre correspondant sur place

 

« Une alliance du fond et de la forme »

Une fois le sujet trouvé, il faut s’atteler à construire sa plaidoirie. Trouver les mots justes, ceux qui toucheront le public et le jury pour que la cause défendue soit tout bonnement entendue. Ça paraît presque simple quand on écoute Nina. « On l’écrit par petits bouts, que l’on collent les uns aux autres. On leur ajoute des transitions, une introduction qui accroche et une bonne conclusion. Finalement, ça se fait un peu tout seul ! »

Le moment décisif est évidemment celui où l’apprenti avocat se retrouve devant le jury et le public. « On a peur, surtout quand on monte les marches », note Nina. Mais bien vite arrive le moment où il faut se lancer. Et disparaissent les appréhensions, remplacées par l’étincelle de l’action qui révèle toute la valeur ajoutée qu’a pu apporter le candidat à la défense de sa cause. Pour Philip c’est donc tout l’investissement de plaidant qui s’exprime. « On se met à nu, parce-qu’on met de soi là-dedans. Si on est sincère et que l’on croit à ce que l’on va dire, c’est là l’essentiel. »

Une victoire partagée

Les clés pour toucher ce public ? Nina tente de répondre. « On veut convaincre donc il faut de l’assurance, de bons arguments. Le regard, les intonations jouent aussi. C’est une alliance du fond et de la forme. » Après avoir observé la prestation des 11 élèves avocats, le jury présidé par Renaud Van Ruymbeke, magistrat de renom, se réunit afin de délibérer. Avant de rendre son verdict. Les différents critères sont « l’originalité et pertinence du sujet, l’argumentation, la force de conviction » selon Xavier-Jean Keita, chef de la défense à la Cour pénale internationale et avocat de Saif Al Islam Kadhafi.

Xavier-Jean Keita, est avocat à la Cour pénale internationale. Il était juré. Écoutez l’interview d’Alexandre-Reza :

Samedi, c’est Alexandre Orts qui l’a emporté pour sa plaidoirie « Noxolo Nogwaza, violée, torturée, assassinée parce-que lesbienne. » Mais la victoire est partagée. Ces onze élèves avocats ont réussi leur pari : plaider pour dénoncer. Et le public aussi a gagné. Au Mémorial, une prise de conscience collective.

Les vainqueurs :

Vendredi, concours des lycéens, 16ème édition : Majda El Alaoui pour sa plaidoirie « Nous sommes toutes Amina El Filali »

Samedi, concours des élèves avocats, 3ème édition: Alexandre Orts pour sa plaidoirie « Noxolo Nogwaza, violée, torturée, assassinée parce-que lesbienne »

Dimanche, concours des avocats, 24ème édition : Charles Merlen pour sa plaidoirie « Bradley Manning : un soldat de la vérité » (accusé d’avoir communiqué à Wikileaks des documents militaires et diplomatiques)

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