La pop en VF d’Aline

Trois ans après avoir gagné le concours CQFD des Inrocks, le groupe Aline sort son premier album, “Regarde le ciel”. Même si le groupe ne cache pas son amour pour la pop britannique, ses membres revendiquent le fait inhabituel de chanter en français. Ils étaient en concert samedi 30 mars à Laval avec Lescop, Report Ouest les a rencontrés.

18h30, portes fermées, rideaux tirés, le concert ne débute que dans deux heures. Ce soir, Aline se produit au 6par4, petite salle de concert bordant la Mayenne, en plein centre de Laval. Un homme sort de la salle, un cubi sous le bras. « Bonjour, c’est pour l’interview d’Aline ». « D’accord » nous répond-t-il en indiquant l’entrée des artistes.

Le 6par4, c’est pas grand, 330 places maximum. Pas le genre de salle où se produisent les nouvelles variétés promues par les radios. Il fait noir, les murs vibrent. On reconnait tout de suite la voix de Romain Guerret, le chanteur d’Aline, feu Young Michelin. Les balances terminées on retrouve les cinq membres du groupe dans leur loge, une petite pièce enfumée où est accrochée au mur une tête de chamoix empaillée.

Report Ouest : Qui est Aline ?

Aline est une petite ville imaginaire de province, un peu comme Laval par exemple. Déjà à l’époque de Young Michelin, dans la biographie, c’était dit que les membres du groupe venaient d’une ville imaginaire : Aline. Pour faire le lien avec notre histoire et parce que c’est assez pénible de changer de nom, on a décidé de s’appeler comme ça.

Ce soir, vous partagez la scène avec Lescop. Vos deux groupes placent la langue française au centre de leur musique. Pourquoi ?

C’est marrant, beaucoup de personnes nous posent cette question alors que pour nous c’est logique de chanter en français. Daniel Darc a dit quelque chose un jour qui résume tout : « Moi quand je me cogne le doigt lorsque je plante un clou, je ne fais pas shit mais aie. Les groupes français qui chante en anglais ça me gonfle, faut qu’ils aillent au bout de leur idée, qu’ils aillent en Angleterre faire de la musique là-bas »… C’est assez bien vu ! En plus on est très mauvais en anglais, on n’est pas bilingues. La question ne se posait même pas, le français s’est imposé naturellement.

“Les Copains”, le premier morceau de votre album est un instrumental, pourquoi avoir fait ce choix ?

C’est vrai que c’est un peu osé d’avoir mis un instrumental en ouverture de disque. En fait, ça fait comme un générique. Surtout qu’à la fin de l’album, on retrouve la version d’Anne Laplantine. On a donc un générique de début et un générique de fin. “Les Copains” encadre l’album, symboliquement c’était important pour nous. Ça nous permet de clore celui-ci pour passer à un autre album.

Ça vous tenterait de signer une BO ?

Oui on aimerait bien. Notre musique est très cinématographique, surtout « Les Copains », l’instrumental. C’est un thème qui pourrait être décliné de plein de façons. La musique de film fonctionne souvent par thèmes.

Le plus important pour vous, est-ce le texte ou l’instrumental ?

Les deux sont très importants, on ne peut pas les dissocier. Par contre dans le processus de création, la musique vient en premier et les textes s’insèrent ensuite. Il faut que la musique soit rythmique, qu’elle sonne.

Mais attention ce n’est pas de la chanson française ni de la chanson à texte, on chante en français mais cela reste de la pop. C’est un point très important, souvent dans la chanson française on démarre avec du texte et des mots. On est dans un pays très littéraire, on a donc cette tradition où les mots priment avant tout. En Angleterre, c’est l’inverse.

Vos textes sont-ils tirés d’un vécu ?

Oui forcément, tout est du ressenti. Nos textes ont une portée universelle et les gens peuvent se reconnaître dans le personnage qui évolue tout au long de l’album. Je pense aussi que l’on peut se réapproprier assez facilement nos textes, personnellement c’est ce que j’aime quand j’écoute une chanson. Et c’est d’autant plus facile parce que l’on chante en français.

Des projets ?

On va faire un prochain album c’est sûr. On n’a pas encore eu le temps de s’y pencher vraiment pour le moment vu qu’on est en tournée.

Une dernière question, vous habitez tous à Marseille, quel est votre avis sur Marseille-Provence 2013* ?

On ne s’y est pas trop intéressé mais on le voit un petit peu comme une escroquerie. Il y a que des problèmes, ça se passe à la marseillaise ! Le titre de capitale européenne de la culture a juste permis à la ville de toucher plus de subventions. Les manifestations culturelles étaient déjà engagées avant l’attribution du titre. On sent que ça n’aura pas le même impact que ça a eu sur Lille en 2004, ça ne va pas tirer la ville vers le haut au niveau culturel.

Et puis Marseille n’est pas une ville tournée vers l’extérieur, le titre de capitale européenne de la culture donne une bonne image pour le tourisme, il n’apporte pas quelque chose de nouveau. Question musique, il n’y a absolument rien de proposé pour les groupes locaux, ils font venir Guetta et compagnie, c’est dommage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.