Les Amants Passagers de Pedro Almodovar

Un avion au train d’atterrissage défaillant se voit obligé de tourner en rond en attendant une piste pour se poser en urgence. Les Amants Passagers, sorti le 27 mars 2013, ça se passe en business class. Les personnages du film sont les quelques passagers et le crew. On passera rapidement sur la métaphore de l’Espagne qui tourne en rond (crise économique, etc) ce n’est que très peu présent et plutôt anecdotique.

Les Amants Passagers se veut une récréation dans une œuvre habituellement plus torturée, on sortait du très noir La Piel Que Habito, qui lui même faisait suite à une série de grands mélodrames brûlants, souvent très réussis, le point culminant étant Los Abrazos Rotos en 2009. Avant cela, Almodovar faisait partie de « La Movida », mouvement coloré du cinéma espagnol des années 1980, ses films étaient alors des comédies, très ancrées dans le folklore visuel de son pays et déjà teintées de ses obsessions personnelles. Ici on est également dans la comédie, mais la spontanéité de films comme Femmes au Bord de la Crise de Nerfs n’est pas là. Almodovar semble se reposer sur ce à quoi on associe habituellement une « Almodovar touch », des couleurs sur les vêtements et les décors, et le monde vu comme une grande partouze bisexuelle.

Le cameo d’Antonio Banderas et Penelope Cruz au début du film vient confirmer cette idée que le réalisateur s’est enfermé dans des petits détails qui ont fait sa gloire et qu’il tente ici de hisser en rouages de la dramaturgie. Mais cela ne fonctionne pas, les dialogues sont à peine drôles, hormis une scène de danse sympathique qui vient apporter un peu d’air dans cet espace ultra confiné. Les personnages sont plutôt statiques et l’énergie ne trouve pas de cible. Même quand l’accumulation de scènes de sexes arrive il ne se passe pas grand chose, la moitié des personnages baisent en dormant et tous ces actes donnent l’impression d’êtres des médicaments, des soulagements, à quoi ? Bonne question.

Si l’on trouve une bonne idée visuelle et symbolique avec les rideaux rouges qui viennent rappeler la théâtralité de l’ensemble, cela s’avère très vite assez vain. La faiblesse des situations qui se résument à une suite de confidences sexuelles n’ont pas même la drôlerie d’un bon vaudeville ou de ses films de la Movida. On aurait aimé rire de ces stewards pourtant remarquablement interprétés, mais la mécanique est pauvre, voir inexistante. Le film et le verbe comme l’avion, tournent en rond. On nous montre des personnages soi disant entravés par telle ou telle réalité, qui vont se lâcher, qui vont s’échapper de leurs problèmes par toutes sortes de drogues et de comportements. Si cela ne parait pas suffisant pour faire un film, il est en plus difficile de maintenir le film debout une fois que les personnages se sont effectivement “lâchés”.

On peut tout de même souligner une autre « tentative » qui est celle de faire exister une histoire hors de l’avion (un homme au téléphone) à l’intérieur de l’avion par une idée toute simple de bug du téléphone. Mais cette parenthèse est par ailleurs excessivement auto-stéréotypée, on ne se rappellera que de la robe de l’actrice et du plan sur le portable. Et il est malheureusement difficile de s’attacher à un problème plus profond d’un personnage si on le lâche cinq

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