Sheep ou la domestication du vivant

Huit interprètes et un mouton étaient sur la scène du Carré Magique pour la dernière création de Mohamed El Khatib jeudi 28 mars. Une pièce qui donne à réfléchir sur la domestication du vivant par de multiples traitements. Décryptage.

La compagnie orléandaise Zirlib présentait jeudi soir au Carré Magique sa nouvelle création. Sheep est un spectacle qui réunit un collectif de danseurs, comédiens, circassiens, vidéastes et un musicien. Un mouton accompagne l’équipe. Le metteur en scène et chorégraphe Mohamed El Khatib a monté une partition qui explore la domestication du vivant, tant physiquement qu’idéologiquement. Comment l’enfant est-il éduqué à reproduire les mêmes comportements que son entourage ? Comment le corps est formaté jusqu’au dysfonctionnement ? Comment le groupe influence l’individu ? Voici Sheep ou comment devenir un mouton !

Conditionnement

La pièce est un florilège de disciplines. Chacune est effleurée à petite dose, créant un dialogue épuré entre les sons, les corps, les mots et les images. La mise en scène est claire. Trois murs blancs enferment les interprètes et presque quatre puisqu’une clôture barre le devant de la scène. On assiste au cloisonnement des personnages. Des animaux qui résistent très peu et tentent de se libérer par la parole, celle des mots et celle des corps.

En première projection : la salle de traite et la tonte des brebis. On entend les cris. Les acteurs, figés sur scène, forment un tableau. La séquence vidéo terminée, le mouton sort vers les coulisses et les acteurs se meuvent. Un personnage commence à raconter la mort de son père qui était boucher. D’un air toujours caustique et détaché. Le public hésite à rire.

« Pousser droit »

Un vieux monsieur, silencieux, garde son troupeau et le dresse gentiment. Il les conduit à s’exprimer librement sur leur deuil et leur souffrance physique. Des fragments d’histoires sur les apprentissages humains. Cette pièce explore toutes les formes de “dressage” auxquelles l’homme est exposé. Dressage éducatif et dressage corporel. Le metteur en scène s’est nourrit des parcours professionnels et personnels de chacun des comédiens. On écoute un enfant marqué par la mort de ses animaux de compagnie ou encore une danseuse classique, dont l’équilibre est justement vacillant.

Le rôle du mouton

Le mouton incarne symboliquement l’état de soumission aveugle aux lois disciplinaires du groupe. Dans son spectacle, Mohamed El Khatib blâme le formatage et le conditionnement excessifs, l’agressivité de l’ordre donné et sa réponse mécanique. Les personnages paraissent malades et bestiaux. Avant de transformer les comportements grégaires, le metteur en scène a d’abord pensé à les décomposer devant nous. Avec un animal vagabond sur scène, le chorégraphe amène la prise de risque, le dérèglement possible dans un monde formaté. Un personnage pense même à se perfectionner dans l’échec. Dans une société où nous sommes éduqués à réussir, la question de l’échec demeure inadmissible, mais Mohamed El Khatib n’hésite pas à l’intégrer dans sa création.

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