La Maison de la radio : les coulisses d’un objet mystère

La Maison de la Radio, le dernier documentaire de Nicolas Philibert est sorti le mercredi 3 avril 2013. Le réalisateur de Être et Avoir, nous fait entrer dans cette institution mythique en laissant de côté les rouages de l’administration et de la gestion. Un choix qui se révèlera être le meilleur car on ressort du film les oreilles enchantées… aiguisées.

Depuis les années 1980, Nicolas Philibert filme des faces cachées : le Louvre fermé dans La ville Louvre en 1990, le monde vu par les sourds dans Le pays des sourds en 1992; l’éducation rurale dans Être et avoir, et ici le visage de la radio. Pour réaliser son documentaire, Nicolas Philibert a voyagé entre les studios pendant 6 mois, sa caméra observant les gens de la radio. Des personnes d’horizons différents, appliquées à des tâches différentes pour faire vivre Radio France. Ces centaines d’heures de rushs ont fini par donner un film sans voix off, sans explications, seulement fait de morceaux de vie, de morceaux de voix. On nous montre une radio incarnée par des gestes, des regards, des espaces, une radio où les discours s’effacent.

Demander à la radio de délivrer des images est un pari risqué. La radio est une chose mystérieuse, mais c’est aussi son mystère qui fait sa force. Heureusement, il n’est pas dissipé. Au contraire, le film, dans un enchantement constant, va rajouter une magie, une poésie à la radio. C’est d’ailleurs dans son excès d’émerveillement que le film fonctionne le mieux, les problèmes de la radio et de son fonctionnement ne sont pas le sujet du film, il n’est jamais didactique, c’est un film sur la voix, sur l’écoute. Ce choix de ne pas montrer la radio comme une institution sociale résonne comme une évidence. Les auditeurs se retrouvent alors devant un écran à regarder de quoi est fait leur poste. Par ailleurs, bien plus que le sens des paroles que l’on entend, c’est à la matière même de la voix que s’intéresse Philibert. Il a lui même déclaré que pour ce film, « les émissions les plus intéressantes en termes de contenu n’étaient pas les plus intéressantes à filmer ».

Voix-yez

Cette harmonie c’est la voix, celle qui passe dans tous les postes de radio et entre les personnages. Le film nous présente donc une galerie de personnages reliés par le son et par un montage très subtil, fait de lents champs contre champs entre ceux qui parlent et ceux qui écoutent. Ils nous apparaissent tour à tour sérieux, drôles, maniaques, agités, méticuleux… On retiendra la savoureuse présence d’Umberto Eco au micro de François Busnel, la tête de Frédéric Lodéon disparaissant sous des piles de disques, Evelyne Adam de France Bleu, ange gardien des auditeurs nocturnes, ou encore le duo Collin et Mauduit de Downtown. Le vecteur de toute cette harmonie c’est la voix, celle des personnages, car il est difficile de ne pas les voir autrement, Philibert le dit lui-même « le documentaire ça n’existe pas, quand on filme on fait de la fiction ». Le pari initial de Philibert était de celui de filmer le son. Un pari très réussi dans un film enchanteur qui donne véritablement envie d’entrer “à la Maison”.

Simon Gérard et Anouk Edmont

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