The Grandmaster de Wong Kar-Wai, déception !

Après 5 ans d’absence, Wong Kar Wai revient avec un film sur la vie d’Ip Man, maître des arts martiaux chinois. Film de Kung Fu donc, dans la Chine de la première moitié du vingtième siècle, The Grandmaster est un faux film de genre qui n’échappe pas aux tics formels de son auteur. Une déception.

En préparation depuis 5 ans, The Grandmaster est déjà vendu comme maudit, les deux bras cassés de Tony Leung, le montage qui n’en finit pas… Les promesses s’accumulent. Finalement le film sort après avoir fait l’ouverture du festival de Berlin. Cette fresque sur les arts martiaux, qui va des années 1930 au début des années 1950, raconte l’histoire des différentes écoles de Kung Fu, celles du nord et celles du sud, par le biais du destin d’Ip Man, futur maître de Bruce Lee. Beaucoup de promesses, pourtant le film est une catastrophe, un étalage de fausse virtuosité ultra répétitive. On ne comprend pas grand chose et tout cela n’est pas assez beau visuellement pour nous empêcher de regarder l’heure.

Wong Kar Wai ne fait, quoi qu’il en dise, pas de films de genre. C’est le réalisateur du rapport de la mémoire à la temporalité, à l’écoulement du temps perçu différemment par des êtres qui se cherchent constamment, qui se frôlent. L’oeuvre du cinéaste n’est pas non plus réductible à une note de bas de page dans le scénario de L’année dernière à Marienbad. Si certains de ses films, noyés sous les effets de déconstruction de la temporalité (parfois grossiers) peuvent vite devenir lourds, d’autres comme Happy Together ou même In the Mood for love sont des tentatives réussies de perdre les personnages dans un magma temporel insaisissable. My Blueberry Nights en 2007 était déjà une déception, le cinéma de Wong Kar Wai semble continuer à creuser ce trou, celui de l’emphase et de l’auto-singerie.

Les films de Kung Fu, nous connaissons ceux de Zhang Yimou (Le Secret des Poignards Volants), de Tsui Hark (The Blade) ou encore le presque chef d’oeuvre de Ang lee, Tigre et Dragon. Ce genre, pas le plus populaire aujourd’hui, n’avait pas pour autant besoin qu’un super cinéaste branché à lunettes de soleil vienne lui donner son grand film dont il désespérait. Dans The Grandmaster, les combats sont réduits à un montage clipesque asthmatique, pas de plans de plus de deux secondes, des plans ralentis, accélérés, « floutés », on a tout essayé pour voir si ça allait rattraper un peu l’affaire. Wong Kar Wai s’est contenté de « faire des plans », il ne s’est pas, ou très mal approprié l’espace, tous les combats sont mal filmés et tous de la même mauvaise manière. L’énergie formelle d’un combat filmé que l’on trouve chez Tsui Hark ou chez Zhang Yimou restera chez Tsui Hark ou Zhang Yimou.

La grande majorité du film se déroule dans des pièces closes, avec peu de lumière, toujours filmées et éclairées de la même façon, avec les même effets de flou/ralentis sur les images ; on a alors peu à peu l’étrange impression que beaucoup de scènes se déroulent au même endroit, aberration dans un film comme celui ci, couvrant plusieurs périodes, plusieurs points de vues… Les années qui passent et l’importance de ce qui se déroule à l’écran ne résonnent nulle part, même pas dans le ressenti du spectateur, même pas dans les personnages. Comme cette histoire d’amour impossible (ou platonique?) Avec Zhang Ziyi, qui n’est qu’un effet de plus.

On a parfois le sentiment que le cinéaste a mélangé ses plans et les a étalés au hasard sur sa table de montage. Difficile de se retrouver entre les différentes écoles d’arts martiaux, entre qui est qui, qui apprend quoi à qui… Ce sentiment de ne pas vraiment saisir l’action, rend ridicule l’omniprésence de la musique qui sur-dramatise l’intrigue. Encore une fois la faiblesse du scénario et de la matière filmée tente d’être sauvée par la post production, en vain. Grandmaster est un film qui se rêve une grande fresque sur l’histoire d’un genre et de l’impact de ce genre sur l’histoire de son pays.

On aperçoit Bruce Lee petit à la fin : le film est censé parler de filiation mais The Grandmaster ne fait tellement pas honneur au genre qu’il en devient un objet esseulé, prétentieux, difficilement défendable. Plus de deux heures d’interminables tics visuels et le sentiment d’être devant le prologue, voir même la bande annonce d’un film qui reste à faire.

Simon Gérard

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