La fille du 14 juillet part en vacances contre la crise

Après plusieurs absurdités en format court métrage, Antonin Peretjatko vient étaler sa confiture légerement accelérée (22 image/S) sur 1h30 dans un film en forme de rien. Un film de sale gosse qui rate une blague sur 3, un film libre qui part en vacances pour fuir l’ennui et le manque d’humour. On en veut encore !

La fille du 14 Juillet, alias Truquette, tape dans l’oeil d’Hector, gardien de musée. Avec l’aide de son ami Pator, ils vont la retrouver et partir ensemble en vacances. C’est la crise, le gouvernement a alors une idée, terrible pour les personnages mais géniale pour le film : avancer la rentrée d’un mois pour remettre les gens au travail plus tôt.

La solution à la crise, le film va la trouver dans l’humour et la nostalgie. L’humour, car le film est drôle du début à la fin. Entre les apparitions tonitruantes du docteur Placenta et un gag récurrent génial avec une guillotine miniature, Peretjatko s’est donné carte blanche à toutes les absurdités possibles et imaginables. Le film est extrêmement charmant dans son n’importe quoi semi-maîtrisé, dans sa grande liberté qui va de pair avec celle du départ en vacance. Mais la rentrée avancée d’un mois “chamboule tout”.

Pour la nostalgie, le film puise explicitement dans les années 1960 et 1970. On y retrouve évidemment Jacques Rozier dont tous les films sont des histoires de vacances. Ou encore une esthétique Godardienne dans la mise en scène, qui rappelle une femme est une femme. On croisera également le fantôme de Max Pécas (réalisateur de nanars français des années 1970) ou encore les Charlots, etc.

Mais après avoir cité toutes ces références, qu’a-t-on dit du film ? Quel est son rapport à la référence, s’il y existe ? Et il existe évidemment. Le film se déroule dans un présent constitué de signes d’époques différentes : le front populaire, les années 1970, ou encore actuelle, avec la présence de François Hollande et Sarkozy dans l’hilarant générique. Cette intemporalité fait de la fille du 14 juillet un film parfaitement contemporain. À la manière d’un Tarantino franchouillard, Peretjatko s’approprie un certain esprit d’un cinéma français révolu et se sert de cette matière morte pour construire son histoire et ses blagues.

Un des aspects les plus intéressants du film vient de cette moquerie de la référence. J’ai cité Rozier ou Godard, mais ils ne sont pas vraiment dans le film pour autant, seulement en surface, par le biais de “blasons divers” (vieilles voitures, regards caméras, grain d’image particulier…) qui permettent également au réalisateur de s’en éloigner pour s’en moquer gentiment. Dès que le film se dirige vers le 1er degré, il est immédiatement saboté. Comme dans la scène où, assis dans un café, les personnages se mettent à évoquer des problèmes sérieux sur leurs vies et que surgit alors la musique tragique de Gustav Mahler à contre-emploi, suivie d’une scène de meurtre débile.

L’actuelle crise a donnée à ce jeune réalisateur une brillante idée comique. Il serait dommage de se priver d’un tel bol d’air dans un cinéma français de plus en plus anémique et en manque d’imaginaire. Peretjatko à énormément d’humour, il part en vacance dans le cinéma qu’il aime, et c’est sûrement, comme dans le film, le meilleur remède contre la crise.

Simon Gérard

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