Après un long teasing Rohff est de retour avec P.D.R.G

Trois ans après la sortie de son dernier album La Cuenta, Rohff est de retour avec P.D.R.G (Pouvoir Danger Respect Game). Pour son septième opus, le rappeur du 94 n’est pas avare de sons et propose 27 titres (dont un bonus) répartis sur deux disques rebaptisés Saison 1 et Saison 2. Suite à une année de clashs avec Booba, son meilleur ennemi, le MC de Vitry est attendu au tournant.

« P.D.R.G Coming Soon… »

Cela fait plus de deux ans que les fans de Rohff et, de manière plus générale, les amateurs de rap français, peuvent lire cette phrase sur les réseaux sociaux. Depuis décembre 2010, Housni Mboukoi de son vrai nom, n’avait sorti aucun projet. Son public a dû se contenter de trois titres inédits, de quelques interviews et de vidéos de showcase en boîte de nuit. Par conséquent, les exigences sont très élevées pour ce nouveau double album du rappeur Vitryot. Dès l’attaque du premier morceau – King –  l’artiste reprend cette longue attente à son avantage « D’un coup ça devient vrai, d’un coup ça devient vrai / êtes-vous prêts ? Non vous n’êtes pas prêts ! ». Le ton est donné. Roh2f est de retour, en mode cru et égotrip*. Et déjà il n’hésite pas à régler ses comptes avec Skyrock : « Si Laurent Bouneau kiffe pas, c’est qu’il n’a pas l’oreille / les autres flippent, moi je m’en bats les c******* tant que ça parle aux rheiyes* ». Booba, son rival de Boulogne, est aussi la cible de multiples attaques verbales tout au long de l’album : « Rohff ceci Rohff cela Rohff menace Booba », « C’est quoi cet ennemi de merde et sa bande de brêles »  ou encore « T’es la reine des baltringues et moi le roi de la jungle / Tu n’as rien de Tupac à te prendre pour lui tu vas le rejoindre ».

Saison 1 : une ambiance sombre très réussie

Après un second morceau égotrip éponyme de l’album, le rappeur de Vitry entre dans le vif du sujet et aborde différents thèmes. Le titre Maudit, sans doute le premier classique* de cet album, permet à Rohff de se placer entre le bien, le mal et la fatalité à l’aide d’une instrumentale diaboliquement efficace. On retrouve le côté schizophrène du MC, perdu entre vices et valeurs dans Instable. L’album traite aussi des imperfections de la société, il est question entre autres de racisme, de classes sociales ou des défauts de la nature humaine comme dans Futurs Nouveaux Amis. Le morceau Zlatana, parfaitement introduit par un interlude, rappelle Starfuckeuze, hit extrait de l’album Au-delà de mes limites sorti en 2005. La Starf’ de 2005 était une femme vénale courant après les footballeurs, rappeurs ou autres vedettes. Son alter ego de 2013 est encore plus machiavélique puisque qu’elle a pour but de « plumer les pigeons ». Avec un flow et une instru assez entraînant, le rappeur met entre parenthèses l’univers plutôt sombre de la saison 1 de P.D.R.G. Un peu plus tard on retrouve ensuite Rohff dans un registre où il excelle, en mode rap de rue avec N double A, dédié à NWA (Niggaz With Attitudes), un groupe de rap américain originaire du sud de Los Angeles, actif entre 1986 et 1992. La saison 1 s’achève avec Mon Son, un tube en puissance au refrain autotuné* dont le titre est similaire au morceau d’un certain Booba (sur l’album Panthéon, 2004).

Une saison 2 plus variée mais plus floue

La Saison 2 de P.D.R.G démarre en trombe avec K-sos Musik, un son parfait pour faire sauter le public en concert. Hous’ a faim : « ce n’est pas moi qui rap c’est mon estomac qui est en train de gargouiller » / « jamais rassasié mi conscient mi grossier ». Il dévore l’instru à coups de punchlines percutantes et d’images provocatrices.

Il continue sur sa lancée avec Rap Jeux. Comme il le dit lui-même, « c’est la guerre ». Une guerre qui n’épargne personne. Dans El Padre, morceau écrit durant la période très productive des clashs avec Booba, Rohff s’autorise deux couplets d’échauffement avant de changer de flow pour s’en prendre au rappeur des Hauts-de-Seine, au footballeur Jérémy Menez, mais aussi à ses anciens proches, Rim’k membre du groupe 113 et Karim Benzema. Doggy style, titre bonus de l’album, est également une réponse aux attaques de Booba dans AC Milan et T.L.T. Cette seconde partie de P.D.R.G est aussi dédiée aux fans de Rohff, ceux qui le suivent et le soutiennent depuis le début, ainsi qu’à la rue avec les morceaux Déterminé, En mode 3, #TeamRohff et Zga. La fin de la Saison 2 est centrée sur le rappeur. L’artiste retrace son parcours depuis son arrivée en France tandis que J’assume revient sur les erreurs, professionnelles et privées du MC. Ces deux titres, plus sérieux et plus aboutis, font sans doute partie des meilleurs de la saison 2, de même que Dounia. A travers ce morceau introspectif de 7 minutes dont lui seul a le secret, le rappeur comorien évoque la vie mondaine, le dîn* et les vices de la société. Si le deuxième Cd est beaucoup plus varié que le premier, il reste cependant moins accompli, plus flou d’un point de vue artistique.

Pour son retour, le « Vitryphénomène » nous livre tout de même un double album cohérent et de qualité. P.D.R.G s’est classé deuxième au top album à sa sortie. Et cet opus ne sera pas le dernier. Rohff a d’ores et déjà annoncé la préparation de la troisième saison de P.D.R.G que l’on attend avec impatience.

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