La poésie réactualisée par un film breton

« Tu t’y accroches, et rien ne peut te détruire ». Ces mots énoncés par le producteur Robert Coudray lors de notre interview se veulent optimistes en une situation pourtant difficile. Tandis que le budget cinématographique moyen monte à 6 millions d’euros, seul 50 000 euros ont été utilisés tout au long du tournage qui s’est prolongé sur une année et demi.

Dans la mesure où la poésie serait de « trouver la juste place des choses », Coudray se considère comme poète et espère faire entendre un peu sa voix. « Trouver le juste mot quand c’est le texte, et la juste image qui vibre avec soi-même. » rajoute t-il. « Dans mes machines par exemple, il y a toute cette part de poésie et le plus d’âme qui fait que l’on essaye de ne pas être que dans l’extérieur. Qu’il y a quelque chose de plus. Une recherche d’harmonie -pas qu’une mécanique ».

Le cinéma est un système très fermé, quelques possibilités de subventions existent mais elles restent restreintes. Pourtant, cette histoire démontre que seul au départ, puis avec le soutien de nombreux bénévoles, réaliser puis diffuser son film reste possible. Ayant d’abord fait appel aux voisins, aux amis et à la famille, le petit groupe de 10 bénévoles au départ a atteint le nombre de 524 bénévoles, chacun plus ou moins présent et attribué à des tâches concernant les décors, la cuisine, la figuration par exemple. Le film compte près de 23 000 spectateurs aujourd’hui. Cela a été permis par un long travail de recherche de salles de cinéma volontaires en Bretagne pour diffuser ce film à petit budget.

L’histoire d’un rêveur

Si l’on devait résumer le scénario du film en quelques lignes, beaucoup de maux de la société serait cités, parfois peut-être proches du cliché. Fred, le héros, décide un jour de quitter son employeur pour retrouver sa liberté face aux contraintes professionnelles lourdes imposées. Puis, entraîné rapidement dans une procédure de divorce, sa fille lui ait retiré. Il se retrouve à la rue et décide follement de partir en Bretagne pour construire une maison sur un terrain légué. On y retrouvera rapidement d’autres grands thèmes des difficultés contemporaines tels que les conflits avec les grandes entreprises, les relations bonnes ou mauvaises avec la population locale – mais toujours indispensable -, le rôle des politiques…

Cette production se veut être initiatique en se questionnant sur la place du rêveur-poète dans la société. Vivre ses rêves comme Fred et partir s’installer loin ? « Je crois que c’est possible oui », répond le producteur. « Effectivement, on est de plus en plus formaté, de plus en plus dans le système, mais il reste possible de créer autrement. Il y a 30 ans, le cercle de vie normal était de faire une carrière, de rentrer dans un certain ordre. Aujourd’hui, il n’y a même pas la possibilité.»

Ce film a un message : il n’y a qu’une chose qui est importante, c’est d’être heureux. Ses idées sont anti-matérialistes. Fred est un homme quittant un tout matériel pour tenter de retrouver un tout plus spirituel.

Des défauts techniques demeurent au niveau de l’image et du jeu de certains acteurs, souvent différents du style classique. En effet, non des acteurs de cinéma mais des comédiens de théâtres se sont présentés devant les projecteurs. De même, beaucoup de bénévoles figurant dans le film n’ont pas l’expérience de l’acteur si ce n’est celle de leur propre vie. Un boulanger a par exemple joué son propre rôle.

Au delà, le fond brandit un message d’espoir. « Ça glisse parce que tu acceptes que ça glisse. Il y a toujours une branche à saisir. Relève toi mon vieux. Les rêves ne s’usent que quand on s’en sert pas ». Toutes ces phrases, retranscrites le long de l’histoire, accompagnent ainsi Fred dans la recherche du bonheur face à la difficulté. La persévérance et la capacité à prendre des initiatives sont mises en avant. Si des obstacles de la vie persistent, la voie serait de toujours continuer à rêver, à s’amuser, même en cassant les normes habituelles. En exemple, une étonnante scène où Fred proclame fièrement un discours face à un troupeaux de vaches avant de continuer sa route.

Parti de rien, souvent au fond du gouffre, le héros espère ainsi, parfois en vain, de concilier rêves et réalités de ce monde parcouru par les intérêts de chacun. Une belle métaphore de la poésie d’aujourd’hui demeure par son prestige historique. Mais dont la place littéraire ne cesse de décliner économiquement, au moins dans le secteur de l’édition et au nombre de lectures.

Yonathan Van Der Voort

Étudiant en journalisme à l'école reconnue de Lannion, rédacteur pour Report Ouest.

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