[TENDANCE] Le cinéma dévoile sa nudité

La vie d’Adèle, Nymph()maniac, Jeune & Jolie … La chair humaine se met à nue. Les films de 2013 expriment la passion amoureuse dans sa plus grande intimité. Parfois à l’extrême. Le public se retrouve sous la couette, observant des scènes qui ne le concerne pas. Voyeurisme ou perversité, le spectateur n’apprécie pas toujours ce point de vue imposé. La sexualité au cinéma est depuis quelques films, mise en scène sous toutes ses formes.

“Sur le moment je ne ressentais presque rien. Puis quand j’y repensais, j’avais envie de recommencer”. Dans Jeune & Jolie, une jeune adolescente issue d’un milieu bourgeois se prostitue. Non pour l’argent, mais par plaisir. “C’était comme un jeu”, avoue-t-elle dans le film. Ce petit jeu, elle n’en a pas honte. Ses parents ne la comprennent pas. Et elle ne comprend pas l’enjeu de ses actes. Sorti en avril 2013, le film de François Ozon était sujet à de nombreuses critiques. Son point de vue sur l’émancipation féminine était jugé “provoquant”. Au festival de Cannes, les propos du réalisateur sur la sexualité et le fantasme de la prostitution avait fait scandale. En effet, lors d’une interview donnée au “Hollywood Reporter”, il a déclaré que “les femmes peuvent se sentir proches [de l’adolescente du film], car la prostitution est un fantasme commun à de nombreuses femmes.“ et d’ajouter “cela ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payée pour coucher est quelque chose qui est assez évident dans la sexualité féminine ». L’adolescence, âge de découverte du corps, de l’expérience, s’éveille à la sexualité. Dans ce film, Ozon n’hésite pas à casser le romantisme habituel du passage à l’âge adulte.

L’amour passionnel de Kechiche

On passe à l’étape supérieure. En octobre, “La Vie d’Adèle”, inspirée de la BD “Le Bleu est une Couleur Chaude” fait son apparition sur les écrans. Dans ce film très attendu, certaines séquences du film en choquent plus d’un. Son réalisateur, Abdellatif Kechiche, n’hésite pas à utiliser des gros plans pour mettre en scène la passion sexuelle des deux actrices (Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, ndlr). Leurs corps sont mis à nue. La courbe des hanches, de la poitrine, le sexe féminin; rien n’est caché. Le spectateur est omniprésent, et semble forcé à regarder les scènes de sexe entre les deux jeunes femmes. D’ailleurs, elles partagent leur première fois avec le public. Un rapport sexuel filmé avec un désir féroce d’authenticité, montré dans son intégralité. Durant dix minutes, les cris féminins découlant d’un orgasme intense font échos dans la salle de cinéma. On entend parfois le rire nerveux des spectateurs, contraints au voyeurisme. Mais la sensibilité laisse place à la beauté et à la sensualité d’un amour profond. Cet amour commence par un regard, par des gros plans scotchés sur le visage d’enfant d’Adèle. Au fil des premières minutes, on la découvre, un être fragile, perdu, en quête de réponses. Puis la fille aux cheveux bleus va lui donner des réponses, et devenir son fantasme. Au début du film, le spectateur ne s’attend pas à voir ces dix minutes violentes de réalisme. Mais après ces séquences, les actrices n’ont plus rien à prouver. Pour Adèle Exarchopoulos, 19 ans, révélée dans ce film, c’est le début de sa carrière.

Un hyperréalisme bouleversant

Avant même sa sortie, le film de Kechiche avait fait polémique, suite aux révélations de certains techniciens et des deux actrices principales accusant les conditions de tournage d’avoir été très “difficiles”. Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos se déclarent également choquées et gênées par les scènes de sexe très explicites (bien qu’elles utilisaient des prothèses). Le réalisme des scènes de “La Vie d’Adèle” n’a donc pas seulement choqué les spectateur mais aussi ses propres acteurs. Traitant à la fois de l’homosexualité, de recherche d’identité, d’adolescence, de sexe et de fantasme, le film de Kechiche n’est pourtant pas de la pornographie. Ce n’est pas un film d’amour non plus. Ou du moins, cet amour est différent. Il est fusionnel, passionnel et permet à Adèle de se construire en tant que femme. Et malgré ses controverses, le film a remporté la Palme d’Or au festival de Cannes et de nombreuses autres récompenses (prix Lumières 2014 et Louis-Delluc 2013).

L’audacité de “L’inconnu du Lac”

C’est au bord d’un lac que Alain Guiraudie choisit son décor pour exposer la nudité de deux hommes amoureux. Un lac qui réunit les homosexuels du coin, qui se recherchent, les uns les autres, pour un peu de tendresse et de caresse. Dès le début du film, on voit un homme, allongé tranquillement, entièrement nu. Alain Guiraudie offre des représentations de l’amour, homosexuel en l’occurrence, libératoires et conquérantes. Les affiches du film furent enlevées dans les villes de Saint-Cloud et de Versailles. Un acte de censure qui porte atteinte à la liberté, dans une période de régression des esprits, où certains militent contre le mariage entre homosexuels. Qu’est ce qui gêne? Un pénis à l’air? Deux hommes qui s’embrassent? Pas étonnant quand on apprend le penchant politique des maires des deux villes et leur point de vue lors de la “manif pour tous”.

Un début d’année nymphomane

Le nouveau film de Lars Von Trier, Nymph()maniac, enchaîne l’année avec une folle et poétique histoire d’une nymphomane, Joe. Celle-ci, interprétée par la belle Charlotte Gainsbourg, raconte en huit chapitres le récit de sa vie aux multiples facettes, riches en histoires. Nymph()maniac, un film dont la bande annonce et les images peuvent s’apparenter à un film “porno”, voire sadomaso. Le nouvel Observateur titrait même dans sa critique : « Nymphomaniac » : le porno nouveau est arrivé. Connu pour être un tantinet politiquement incorrect, Lars Von Trier signe le premier volume de sa nouvelle oeuvre. Celui-ci s’avère plus trash que ceux précédemment cités. D’ailleurs, le cinéaste a réalisé une version censurée qui dure quatre heure où l’on voit de “gros plans de parties génitales les plus explicites”. Cette version ne sera visible seulement pendant quatre mois. Après “Antichrist”, rythmé par les cris orgasmiques de Charlotte Gainsbourg, Lars Von Trier revient bouleverser les codes du cinéma avec le premier volume de Nymph()maniac.

Le cinéma, un support médiatique portant les principes de liberté et qui souhaite s’émanciper des tabous, semble peiner à pouvoir s’exprimer comme il l’entend. Le sexe au cinéma, exploité sous toutes ses formes, n’est pas synonyme de pornographie. Bannie des scènes, la sexualité n’a jamais vraiment été représentée explicitement en toute intimité, face caméra. Kechiche, Lars Von Trier, Guiraudie: tous ont osé. Les réalisateurs d’aujourd’hui veulent rompre avec la peur des spectateurs de se confronter à des scènes d’amour. Les films sortis en 2013 montrent que le sexe peut être sensuel, beau et sensible.

Joséphine Van Glabeke

Joséphine Van Glabeke

Journaliste en formation à l'IUT de Lannion. Très curieuse, je m'intéresse à tout, mais j'ai un petit faible pour le monde du cinéma, de la musique et de la culture en générale.

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