[TOP] Les petits préférés

Louise Caillebotte

1# – T.S Spivet

T.S Spivet est le dernier Jean-Pierre Jeunet, le fameux père de la célébrissime Amélie Poulain. Ce réalisateur au style inimitable a su faire un come-back à la fois poétique, attendrissant, drôle et coloré. T.S Spivet raconte l’histoire du jeune T.S, garçon trop intelligent pour être heureux, qui fait un road-trip seul pour quitter son Montana natal et rejoindre Washington pour recevoir un prix pour sa dernière machine en date : la machine à rotation perpétuelle. Mais derrière cette quête se cache une autre peur, plus profonde et plus sombre….

Le registre du petit garçon surdoué en quête de vérité a déjà été abordé récemment, notamment dans « Extrêmement Fort et Incroyablement Près » de Stephen Daldry. Pourtant, T.S Spivet se démarque, grâce à la réalisation unique de Jean-Pierre Jeunet. Le réalisateur nous offre une histoire unique en son genre, avec des personnages plus hauts en couleur les uns que les autres, des dialogues intelligents, recherchés et vifs, un casting de rêve et avec surtout une Helena Bonham-Carter méconnaissable dans le rôle de la mère accro aux insectes de T.S. Le réalisateur de talent inscrit sa patte partout, sa présence se ressent à chaque instant. Elle se perçoit dans l’utilisation des couleurs, avec une prédominance de jaune, de rouge et de vert, comme dans ses précédentes productions. Elle se remarque par la présence de Dominique Pinon, son acteur fétiche, dans un petit rôle. On peut voir son perfectionnisme, son application sur chaque détail, ce qui rend son oeuvre d’autant plus appréciable. T.S Spivet est un film d’une grande profondeur, touchant des sujets sensibles avec beaucoup de poésie et de distance, utilisant à merveille la technologie de la 3D, qui rend le film presque interactif et encore plus ludique.

C’est un véritable coup de coeur de l’année 2013, qui sait mettre des étoiles dans les yeux de son public.

2# – Les amants passagers

Pedro Almodovar est connu pour ses films abordant des sujets parfois difficiles. Mais pour son dernier long-métrage, le réalisateur espagnol change de registre avec une comédie complètement déjantée à bord d’un avion en risque de perdition. De la danse, des larmes, du drame, du sexe, de l’alcool, des révélations, la mort, la vie, rien n’est épargnée dans ce film aux personnages plus loufoques les uns que les autres. Pedro Almodovar fait sentir sa patte, avec ses dialogues décomplexés, son rapport sans tabou à l’alcool et la drogue, sa vision à la fois décalée et réaliste de la société espagnole. A cela s’ajoute un casting joyeux, hétéroclite et talentueux qui donne de la vitalité au film, l’empêchant d’être trop statique malgré l’huis-clos. Les amants passagers nous entrainent dans une comédie euphorique, délicieuse, qui sort complètement du lot, pour notre plus grand plaisir.

3# – Le Loup de Wall Street

Le dernier film en date du grand Martin Scorcese est l’immanquable de cette fin d’année. Racontant l’ascension fulgurante et la descente fulgurante de Jordan Belforth, trader véreux et mégalo de Wall Street, cette production est à la fois subversive, hilarante, spectaculaire et surtout haute en couleur. Tout est dans l’excès : les couleurs sont criardes, les personnages sont loufoques, les dollars et la drogue coulent à flot. Et parmis toute cette folie, on retrouve un Leonardo DiCaprio au sommet de son art. Lui seul pouvait relever le challenge d’interpréter Jordan Belforth, charismatique et pourtant à la limite du ridicule. L’acteur est accompagné par le drôlissime Jonah Hill, dans un rôle de second qui semble avoir été créé spécialement pour lui. Enfin la participation de Jean Dujardin est aussi très réussie, qui démontre une nouvelle fois sa capacité à incarner les salauds à la perfection.

Martin Scorcese nous offre une fois de plus un film grandiose, qui n’est à ne surtout pas rater.

4# – Les Garçons et Guillaume, à table !

Guillaume Gallienne est partout. Avec en ce moment le succès de son rôle magnifique dans « Yves Saint-Laurent », l’acteur n’a pas chômé jusqu’à incarner sa propre mère dans son premier long-métrage autobiographique qui fut une véritable révélation en cette fin d’année. Jouant un garçon qui pense être une fille et qui entretien des relations compliquées avec une mère insaisissable, il crève l’écran. Il joue l’humour avec un charisme décalé, l’émotion avec une tendresse à couper le souffle. Il soulève ici, avec un grand talent et une bonne analyse, le problème du genre et des préjugés. Cette comédie n’est pas simplement un film léger, il a une dimension plus profonde, moins superficielle. Mais pourtant, le film est avant tout très drôle. Les gags sont provocateurs, les personnages déjantés et les répliques plus vives que jamais.

Mêlant succès populaire et thème réfléchi, « Les Garçons et Guillaume, à table ! » a de grandes chances de rester dans les anales comme un film français de très grande qualité.

5# – La Vie d’Adèle

Impossible d’omettre le dernier long-métrage de Kechiche dans cette rétrospective des meilleurs films de cette année. La Vie d’Adèle a été une véritable surprise, une claque cinématographique comme on en voit rarement. Tout d’abord par sa réalisation intimiste et très directe, avec beaucoup de gros plans, des scènes de sexe très crues, des actrices semblant être laissées en improvisation, sans artifice. Durant trois heures, le spectateur voit et entend tout sans aucune barrière, sans un seul tabou. Cette volonté de réalisme avant tout est devenue bien trop rare pour ne pas être notée.

Mais le gros point fort de La Vie d’Adèle est ses personnages et son casting. Adèle est une héroïne originale, car elle ne l’est pas. Elle semble tellement banale, avec ses imperfections tant mises en valeur. Emma est l’opposée, avec sa chevelure bleue éclatante, ses grands discours cadrés et philosophiques et son talent d’artiste. Les deux forment un couple parfaitement complémentaire, qui sait nous faire rêver et qui arrive à nous scotcher sur nos sièges de cinéma. Adèle Exarchopoulos est LA révélation de cette année, avec son jeu sincère et discret. Elle n’en fait pas trop et sait capter l’attention de son public.

Le tout donne un film fascinant dont il est difficile de décrocher et qui restera longtemps dans la mémoire de son public.

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