[TOP] Les petits préférés

Amélie Tagu

1# – Les Amants Passagers

pedro

Après La Piel Que Habito, drame noir à tendance thriller, Pedro Almodovar nous propose en 2013 une comédie complètement déjantée qui vole haut en couleurs ! Dans Les Amants Passagers, nous suivons l’évolution des personnes de la Classe Affaire d’un avion en direction du Mexique risquant de s’écraser à tout moment suite à un problème technique.

Les trois stewards, maniérés au possible, font la gaieté du film. Sortes de mascottes, ils tentent de faire oublier l’angoisse du crash avec des numéros improbables. Hors, entre deux jeunes mariés, un escroc, une voyante provinciale, un mari infidèle, une diva de la presse et un mystérieux mexicain, les passagers ne sont pas dupes. Nous découvrons au fil du film que chacun a un secret, une vie extérieure à l’avion. Confidences par confidences, ils nous racontent leur histoire. Lorsque de la drogue est placée dans un cocktail à l’insu des passagers, le film prend un nouveau tournant. Dès ce moment, décadence et libido se réveillent. Imaginez la suite …

On y retrouve l’équipe de Pedro Almodovar au complet : Lola Dueñas (Étreintes Brisées), Javier Cámara (Parle Avec Elle), Cecilia Roth (Tout Sur Ma Mère), mais aussi Pénélope Cruz et Antonio Banderas dans une courte apparition. Pour les fans inconditionnels de Pedro Almodovar, Les Amants Passagers est un incontournable. Pour les autres, c’est un excellent moment garanti à passer au cinéma.

2# – Blue Jasmine

Tous les ans Woody Allen sort une nouvelle production, tous les ans nous découvrons le destin d’un nouveau personnage. Une femme, généralement.

Cette année, Woody a opté pour la féminité : Blue Jasmine raconte le destin de Jasmine (Cate Blanchett) au lendemain de sa séparation avec Hal, homme d’affaires fortuné. Elle quitte le New York chic pour s’installer dans le petit appartement de sa sœur Ginger à San Francisco le temps de reprendre la forme. Cate Blanchett nous livre, une prestation hors du commun ! En se mettant dans la peau de Jasmine – un personnage, perdu, hystérique voire dépressif – l’actrice sublime. Le rythme du film se calque sur les sautes d’humeurs de ce personnage allénien très perturbé.

Au premier abord hautaine et antipathique, cette pauvre femme finit par nous toucher. Elle veut prouver aux autres qu’elle était heureuse avec Hal dans son passé de « femme gâtée », peut-être aussi à elle-même. Mais Jasmine perd son assurance lorsque nous découvrons son sombre passé, grâce aux interventions bien menées des personnages secondaires. Le film avance, la situation de Jasmine s’améliore, mais elle redescend toujours au point de départ, avec tout autant de médicaments à prescrire. Le réalisateur parvient ainsi à montrer avec justesse les conséquences d’une vie en compagnie d’un mari malhonnête.

3# – Les Garçons et Guillaume à Table

Quel jeu incroyable nous offre Guillaume Gallienne dans Les garçons et Guillaume à table ! Double personnage, il incarne à la fois sa mère et lui-même, tantôt sur une scène de théâtre, tantôt dans son quotidien grâce au système de flash-back. Mal connu du cinéma français, Guillaume Gallienne, originaire de la Comédie-Française, débarque ici en nous laissant bouche-bée. Quelle performance ! Le rôle de sa mère est le plus impressionnant mais aussi le plus… troublant : la diction, les manières, la façon de se tenir. Tout est étudié, travaillé et rendu si fidèlement qu’on en oublie l’acteur masculin qui se cache derrière le personnage. Sa mère est son idole. D’ailleurs, toutes les femmes fascinent Guillaume, qui étudie leurs manières d’être pour ensuite les imiter à la perfection.

Guillaume raconte une vie, sa vie. Il nous raconte son enfance très particulière : élevé comme une fille aux côtés de deux grands frères, il révèle un jour sa masculinité. Dès lors, il suit les conseils de sa mère et doit non seulement apprendre à être un homme, mais en plus un homme homosexuel. Dans un jeu d’acteur magnifique, il s’interprète lui-même et transcrit sur grand écran la cocasserie de certaines scènes. Les situations, presque des gags parfois, sont menées là où on ne s’y attend pas, et forcément, ça fait rire. Nous rions des clichés soulevés par Guillaume Gallienne, tant sur l’homosexualité que sur les rapports familiaux.

4# – L’Écume des Jours

Malgré de nombreuses critiques négatives sur L’Écume des Jours, je soutiens cette réalisation de Michel Gondry, qui contient de précieuses trouvailles cinématographiques. L’univers de Boris Vian est reconstitué au détail près. Pour exemple, le film démarre sur la scène dans laquelle le personnage principal, Colin (Romain Duris), finit de se préparer en se taillant le bout des paupières au coupe-ongle (la nouvelle mode). Si cette scène n’occupe que deux lignes du livre, Michel Gondry a décidé de la faire durer. Grâce à cette entrée en matière, le coup d’envoi est donné. Nous sommes prévenus : ce sera du grand Boris Vian.

Le film continue sur cette lancée : la maison bouge, les plats gesticulent, le « pianocktail » pétille, bref : les adaptations techniques ne manquent pas de panache ! Sous des décors de bric et de broc, la romance prend forme. Colin rencontre Chloé (Audrey Tautou), ils tombent amoureux et se marient. Au retour de leur lune de miel, Chloé est malade : un nénuphar germe dans ses poumons. La demoiselle entre alors dans une longue convalescence, et sa faiblesse s’extériorise : plus la jeune femme souffre, plus la maison se délabre, rétrécit, prend la poussière. La maladie de Chloé détruit tout, même le film, qui finit par perdre ses couleurs et virer au noir et blanc.

Sur un fond dramatique, d’autres personnages viennent égayer la romance. Chick (Gad Elmaleh), Alise, Nicolas, la petite souris, sans oublier le fameux Jean-Sol Partre. Michel Gondry n’en fait pas trop ; au contraire, il prend la mesure des choses. Les éléments s’assemblent subtilement entre eux. La créativité du réalisateur redonne à l’œuvre la poésie qu’on avait tendance à oublier. Les émotions sont là, mais sans virer au mélo. L’écume des jours mérite d’être vu, au moins pour admirer le beau « pianocktail » ; un piano qui vous créera, en fonction des notes jouées, un cocktail unique en son genre.

5# – La Vie d’Adèle

Comment ne pas citer La vie d’Adèle dans un top 5 de 2013 ? Hormis les polémiques sur le réalisateur-tyran qu’aurait été Abdellatif Kechiche, sur les scènes de sexe proches du pornographique, sur les conditions de réalisation du tournage, nous pouvons nous concentrer sur le film en lui-même.

Palme d’Or 2013, La vie d’Adèle s’inspire de la BD de Julie Mahot, « Le Bleu est une Couleur Chaude ». C’est l’histoire d’Adèle, lycéenne de 15 ans, qui rencontre au détour d’un bar la mystérieuse Emma aux cheveux bleus et prend conscience de son homosexualité, qui a touché le jury de Cannes. Une romance entièrement tournée vers l’amour se dévoile aux yeux des spectateurs : pas une fois le mot « homosexuel » n’est prononcé, et pour cause : ce film ne traite pas d’homosexualité, mais montre simplement l’amour. Sans plus. Ce n’est pas dans un esprit militant, mais bien romantique que Kechiche angle son long-métrage.

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