[EDITORIAL] Le dopage, irrésistible fléau du sport de haut niveau

Comment lutter contre le dopage ? D’ailleurs pourquoi lutter contre ? Pourquoi ne pas l’accepter, selon la doctrine du dépassement de soi, base théorique de tout sportif professionnel ? A l’aube du « transhumanisme » – un mot-valise à la mode – le dopage est propulsé au coeur d’enjeux multiples. Des enjeux économiques évidemment. Mais surtout des enjeux éthiques.

Le dopage, ou comment se le refuser. Quand le chrono se joue à une fraction de seconde, comment ne pas être tenté de s’assurer une place sur le podium ? Car aujourd’hui l’écart entre les sportifs, à part certains comme Usain Bolt et quelques autres pré-disposés géniaux, est infime, presque ridicule. Les technologies de départage des athlètes sont d’une précision scientifique, les équipements quasi-militaires, les règlements ultra-stricts. Si bien que pour tout spectateur modéré, le sport de haut-niveau a quelque chose de fou, de grotesque, de malsain.

Aller toujours plus vite, plus haut et plus longtemps. Tenir, résister, endurer. Une batterie de substances chimiques assiste désormais les athlètes. Un effet cliquet est en train de s’affirmer, aucun retour en arrière ne semble envisageable. Alors que faut-il faire ? Réguler, contrôler, réprimer, sanctionner ? Ou bien prévenir, accompagner… ignorer, étouffer ?

Au-delà de l’éthique de chaque sportif, la question du dopage requiert, pour sa réponse, la constitution d’une morale universelle. Et la définition de limites à ne pas franchir. Sinon ce sera bientôt à celui qui osera forcer le plus. Non pas sur sa performance physique, mais sur sa dose de produit dopant. Le sport ne sera alors plus du spectacle, ce sera le lieu de toutes les expérimentations médicales.

Ce serait dommage, car cette pratique est essentielle à notre vivre-ensemble. Elle est le catalyseur pacifique de l’anxiété des masses, regardez l’effet d’une victoire des Bleus ou d’une médaille d’or à Sotchi sur le moral national. Si ce catalyseur venait à être perverti, le public perdrait beaucoup. Sans compter les différents acteurs liés au milieu, pour qui le sport est, seulement une source de profits intarissables.

Les institutions régissant ce monde sportif cherchent encore raisons et méthodes pour agir contre, ou avec, le dopage. C’est le cas du tennis et du basket américain, entre autres. Il semble urgent de créer un cadre juridique clair pour légiférer sur une pratique pourtant à la source de nombreuses injustices. Aujourd’hui, le mieux que nous ayons comme exemple retentissant, ce sont des excuses publiques pathétiques, comme celles du coureur cycliste Lance Armstrong. Entre dénis ridicules ou aveux larmoyants, le constat est sans appel : ce fléau ronge l’image de beaucoup de disciplines sportives.

Report Ouest essaye de vous le montrer avec ce court dossier : la communauté sportive a tout intérêt à prendre à bras-le-corps la question du dopage. Sans quoi elle continuera de dériver lentement dans une schizophrénie dévastatrice, et injuste.

(*tambours lugubres en crescendo*)

Bonne lecture !

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