CAS PARTICULIER – La NBA, paradis pour tricheurs

Taper sur les dopés, c’est normal. Mais si on attrape des dopés, c’est bien parce qu’on veut les attraper. Visiblement, le basket américain n’est pas très volontaire, si l’on en croit son règlement plutôt clément.

L’Agence Mondiale Antidopage pointait des “trous”. Des experts américains dénonçaient plutôt une blague, un programme “inadéquat” et “pathétique”. Même le déchu Lance Armstrong ne croit pas à un sport “clean”. Tous parlent ici du programme antidopage de la NBA (National Basket-ball Association), la ligue qui gère le championnat professionnel de basket-ball américain. (voir ci-contre)

Et la NBA est un terrain fertile au dopage. Beaucoup d’argent, beaucoup de matches, beaucoup de sponsors.. Et c’est là que le bat blesse. En effet, la NBA, comme d’autres ligues américaines majeures de sport, gère elle-même son programme antidopage. L’USADA (US AntiDoping Agency), qui a révélé au grand jour le scandale Armstrong, n’a donc pas son mot à dire. Pierre Ballester, journaliste d’investigation, disait qu’un “organisme ne peut pas gérer à la fois la promotion et la triche dans son sport convenablement”. Un paradoxe qui apparait dans le code antidopage de la NBA, le dénommé “Article 33”.

Un contrôle antidopage assez clément

“ Un joueur peut être requis pour se soumettre à un contrôle antidopage à tout moment sans être prévenu, pas plus de 4 fois chaque Saison.” Section 6, (a), Article 33

Voilà une disposition qui peut intriguer. En NBA, le nombre de contrôles antidopage est limité à 4 par saison. Or, ce sont les contrôles inopinés (random testing) qui sont les plus efficaces. Les sportifs dopés arrivent en général en compétition “clean”, car des contrôles en matches sont souvent menés, surtout chez les vainqueurs. Or, mettre une limitation aux contrôles antidopage inopinés, c’est mettre forcément une barrière à la lutte contre la triche.

Ce seuil peut néanmoins être remis en cause, si un ou plusieurs joueurs sont suspectés de faire partie d’un réseau de dopage, ou de se doper. C’est la section 5, qui définit les “causes raisonnables de test ou d’audit”. Mais là encore, la lutte s’avère peu coriace. Sur une période 6 semaines, seulement quatre contrôles inopinés au maximum peuvent être menés sur un joueur. Problème : la démarche est longue. Un “expert indépendant” doit en amont mener une procédure longue pour obtenir cette autorisation. Pire, les informations qu’il peut recevoir sont, selon le texte, délivrées soit par la franchise NBA, soit… par l’association des joueurs. Autant dire que les signalements sont rares.

La surprise ne s’arrête pas là. Les contrôles à l’improviste peuvent être annoncés. Il est écrit que prévenir une équipe d’un contrôle sous peu “sans définir exactement les joueurs concernés, ni le lieu exact, ne constitue pas une violation (du règlement, ndlr)”. En résumé, prévenir d’un contrôle n’occasionne pas de sanctions.

Allez, va diluer ton sang, tu as le droit !

“Si un joueur refuse de se soumettre à un test ou ne coopère pas pleinement au déroulement du test, le contrôleur doit attendre 90 minutes sur le site. Si au bout de 90 minutes, le joueur se soumet pleinement ou coopère pleinement au contrôle, alors son refus initial est excusé et ne peut être considéré comme un contrôle positif.” Section 4, (c), (iii)

Victor Troicki, international serbe de tennis, aurait bien voulu bénéficier de cette règle. Il avait en effet refusé un contrôle antidopage, sous prétexte qu’il ne sentait pas bien à l’idée d’une prise de sang. Il a écopé d’une suspension d’un an, après appel. Alors, pourquoi cet disposition pose-t-elle problème ?

Lance Armstrong, durant son règne, avait demandé 20 minutes avant un contrôle sur le Tour de France 2009. Pourquoi ? Pour réguler ses taux, notamment son hématocrite (taux de globules rouges, qui augmente fortement en cas de prise d’EPO notamment). Le produit utilisé était alors un simple sérum physiologique, pour diluer le sang. Simple, mais efficace. Les basketteurs ont, eux, plus de marge : une heure et demie.

Le pire, c’est qu’ils n’en n’ont même pas besoin. Pour une raison simple, la NBA ne pratique pas de tests sanguins. L’hormone de croissance, produit dopant très difficilement détectable, n’est même pas recherchée. Argument avancé : “manque de fiabilité des tests”. Sans parler de l’EPO, car c’est exactement la même chose. Pour résumer, le sportif a le temps de trafiquer ses taux de produits dopants, alors même qu’ils ne sont pas recherchés.

Les “Prohibited Substances” ne sont pas si nombreuses

Si la NBA ne suit pas le code antidopage mondial, elle ne suit également pas la même conception des produits dopants et de ceux qui ne le sont pas. L’EPO et les hormones de croissance ne sont pas les seuls visées. Tout d’abord, la taille des listes de produits interdits. Même si la lutte ne se résume pas à une histoire de longueur, la liste de la NBA, appelée “Exhibit I-2” ne fait que quatre pages. Celle de l’AMA, l’Agence Mondiale Antidopage, dix. Mais passons, ce n’est pas vraiment un argument défendable. Ce qui l’est plus, c’est l’absence d’un principe conducteur pour la NBA. L’AMA édicte en effet la base juridique suivante.

“Toute substance pharmacologique non incluse dans une section de la Liste ci-dessous et qui n’est pas actuellement approuvée pour une utilisation thérapeutique chez l’Homme par une autorité gouvernementale réglementaire de la Santé […] est interdite en permanence.”

WADA Prohibited List (2014), § “S.0 : Substances non approuvées”

Hugo Puffeney

Journaliste en formation à l'IUT de Lannion, j'ai été président pendant une belle année de Report Ouest (2014-2015). Je passe la main, mais j'ai encore le nec plus ultra du web : un compte Twitter.

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