Il pleut, il mouille, Le Pen est en vadrouille

Les premiers rassemblés. Un CRS n'attendra pas les autres manifestants pour débuter la séance photos... Histoire de garder un souvenir de chacun d'eux.

Les premiers rassemblés. Un CRS n’attendra pas les autres manifestants pour débuter la séance photos… Histoire de garder un souvenir de chacun d’eux.

Le petit village de Plédran est en pleine ébullition pour la venue de Marine Le Pen, mardi 4 mars. A chaque coin de rue, des CRS attendent de pied ferme les opposants au FN. Récit, côté pluie, du meeting de Le Pen.

Il est 17h. Il pleut. Il fait froid.

Pourtant il y a du monde dans les rues de la petite bourgade de Plédran (Côtes-d’Armor), d’ordinaire si tranquille. Quadrillant tout le bourg, quelques 150 CRS et gendarmes espèrent maîtriser l’immense foule ( 60 terribles manifestants anti-FN) qui se masse devant la mairie. Militants du NPA, Antifas (antifascistes), adhérents du syndicat SUD-Solidaires ou simples citoyens en famille… Tous viennent dénoncer la banalisation des idées du Front National, à l’occasion du meeting que tient Marine Le Pen dans la commune.

Face à face tendu

Le cortège, qui compte maintenant une centaine de personnes, s’ébranle. Direction la salle “Horizon” où se réunissent les frontistes. On s’échauffe les voix.

Sitôt arrivé à l’entrée du parking de la salle, un cordon de CRS en tenue de Robocop, se déploie en ligne, présentant aux protestataires un argument suffisamment sérieux pour qu’ils envisagent de s’arrêter. « F comme fascistes, N comme nazis, à bas le Front National ! » retentit un long instant. Aucune émotion ne transparaît côté képi. Yeux dans les yeux, les deux camps se défient. Un antifa au pacifisme assumé tente alors d’apaiser la situation, en entonnant une célèbre comptine:

“Vive le vent,

Vive le vent,

Vive le vandalisme !”

C’est indéniable, la musique adoucit les mœurs.

Stoppés à 100 m de la salle, les manifestants s'égosillent pour se faire entendre par les frontistes.

Stoppés à 100 m de la salle, les manifestants s’égosillent pour se faire entendre par les frontistes.

Personne ne bouge !

Peu à peu, la clameur s’estompe. La circulation est bloquée, la situation se fige. Tout le monde sait que cela ne bougera plus. Un homme installe même sa chaise de camping.  Alors, pour s’occuper et oublier le froid et la pluie, des discussions s’amorcent entre les deux fronts. Une femme tente de persuader les CRS immuables, d’autres s’amusent à les titiller. C’est à croire qu’ils aiment chatouiller les matraques. Exaspéré, un CRS lance alors à un collègue : « Je m’en souviendrai de ta Bretagne ! Dès que je peux, je me tire ! ». Peut-être fait-il allusion à la météo vivifiante, ou bien aussi aux manifestations entachées d’affrontements, à Nantes le 22 février contre l’aéroport, et à Rennes le 8 février contre un meeting FN. Dur de l’oublier à cause des antifas qui retrouvent de vieilles connaissances parmi les militaires: “Tiens ! C’est celui a qui on a cassé les dents l’autre jour à Nantes !” s’amuse l’un, ravi de retrouver ainsi un camarade de jeu.

Face aux intempéries, les deux camps vivent la même galère. La situation se détend un peu. « Voilà qu’on arrive au moment de la fraternisation avec la police, et qu’on se dit « il fait froid » et « qu’est-ce qu’on s’emmerde ici, hein ? » commente avec amusement un membre du NPA, visiblement habitué de tels face à face. Pendant ce temps-là, Marine Le Pen donne son meeting devant 400 sympathisants bien au chaud.

Certains manifestants sont venus déguisés, à l'appel du "Carnaval des antifas"

Certains manifestants sont venus déguisés, à l’appel du « Carnaval des antifas »

Vous ne passerez pas !

S’il est impossible pour les anti-FN de franchir le barrage, cela n’est pas simple non plus pour les sympathisants frontistes. Petite frayeur pour la conductrice d’une luxueuse voiture noire, qui se retrouve encerclée d’antifas excités, alors qu’elle tente d’assister au meeting. Pour passer à travers les lignes, à chacun sa technique. Un petit-vieux, quittant la salle, joue la carte « ni vu ni connu ». Mains dans les poches, mimant la flânerie et sans se presser, il parvient à passer tranquillement !

Méthode plus directe pour trois femmes : têtes hautes et fières, costumes extrêmement chics – veste léopard et talons aiguilles – elles avancent sûres d’elles. Ébahis, les manifestants ne réagissent pas, et les regardent passer de l’autre côté du cordon de CRS. Les anti-FN, stupéfaits, ironisent sur leurs tenues. « Et nous pourquoi on n’a pas le droit de passer ? C’est notre brushing, c’est ça ? » lancent-ils aux CRS, dont l’un réplique, un brin sardonique : « Vous n’avez qu’à mettre des talons ».

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Jeu du chat et de la souris

L’inaction et l’immobilisme pèsent sur partie des protestataires. Les antifas quittent les lieux en quête d’un passage pour rentrer sur le parking, entraînant avec eux une bonne partie des manifestants. Une petite trentaine, peu convaincue de l’existence d’un tel passage, reste tenir compagnie aux CRS pour éviter qu’ils s’ennuient.

Subitement une agitation nouvelle surgit. Des dizaines de CRS se mettent à courir ici et là…. Car le passage existe bel et bien ! Et les antifas sèment un vent de nervosité parmi les forces de l’ordre. Quelques jets de pierres, un CRS « tombé dans une flaque d’eau », et voilà que commence le jeu du chat et de la souris entre policiers et antifas qui cherchent à s’approcher de la salle.

Camions anti-émeutes et flashballs

D’un coup, ça ne rigole plus dans le camps des uniformes . Branle-bas de combat ! Casques enfilés, visières baissées,  flashballs et matraques brandis, rangs resserrés. A la grande surprise de la majorité de manifestants pacifiques, deux camions anti-émeutes viennent prêter main forte à la muraille de boucliers. « C’est pour nous tout ça ?! » s’étonnent quelques-uns, constatant, incrédules, qu’ils sont en première ligne.

Finalement, la nuit tombe sans que le petit jeu entre antifas et forces de l’ordre ne s’envenime. Les antifas déambuleront dans les rues, gratifiant quelques murs de graffitis au passage. Une poignée de courageux reste à faire le pied de grue à l’entrée du parking. Les autres manifestants, transits de froids et trempés, commencent à rentrer chez eux, à défaut de ne pouvoir se payer une boisson chaude dans un café. Dans le bourg de Plédran, pas un seul n’était ouvert le jour du meeting de Marine Le Pen.

Gwenvaël Delanoë

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