ELECTRO-DUB – Ez3kiel, l’alchimie entre musique et visuel

Rencontre avec Yann Nguema, l’un des piliers d’Ez3kiel, groupe de musique au style si particulier. Chargé de la partie graphique et interactive qui façonne la patte d’Ez3kiel, il nous livre ici ses impressions sur son travail, celui du groupe, ainsi que les projets à venir. Et pour commencer quoi de mieux que de parler de style avec quelqu’un qui en a !

 

Report Ouest : Comment décrire le style d’Ez3kiel ?

YN : Ce n’est pas forcément un style mais davantage une couleur musicale. Même si on empreinte différentes voix, du dub au post-rock, en passant par des morceaux plus classiques, il y a toujours la volonté d’avoir une musique avec une couleur à la fois mélancolique et poétique. L’idée est d’émouvoir, quelque soit le style musical. On fait une musique assez lyrique, qui puisse coller avec des images ou appeler l’imaginaire à construire soi-même son visuel.

 “ Mettre autant d’investissement dans les images que dans les morceaux ”

 

RO : Vous attachez une importance particulière à l’Artwork dans vos albums, qu’est-ce que cela représente pour vous d’affiner autant le visuel ?

YN : Ce n’est pas une question que l’on se pose, c’est quelque chose que l’on fait. On ne cherche pas à plaire, ni à séduire. Depuis le début, on essaie de faire au mieux dans tout ce qu’on fait, dans la pochette comme dans dans les titres et cela finit par construire une identité graphique. On fait beaucoup de choses nous-même comme le site internet : on a envie de mettre autant de beauté, de technique et d’investissement dans les images qui accompagnent le travail du groupe que dans les morceaux. Cela se fait avec la même énergie.

 

RO : Entre la composition des morceaux et la conception du dispositif utilisé sur scène, qu’est-ce qui vous prend le plus de temps ?

YN : Cela dépend. Normalement la composition musicale prend le moins de temps … Quand on est inspiré ! Quand on est face à une page blanche, l’idée peut mettre très longtemps avant d’arriver mais en général, l’idée va assez vite car ils sont trois à travailler dessus. Je suis, moi, tout seul à faire les images.

 

RO : D’autant que vous composez en fonction des morceaux.

YN : Cela se répond. On essaie de tout tirer l’un vers l’autre. Dans le dernier projet, on a tiré la musique vers le côté électronique car le dispositif imaginé pour la scène est très technologique. Une fois que la trame des morceaux a été faite, on peut tirer. Soit on joue et ça va sonner un peu plus post-rock car on va tirer les batteries, les guitares, les naps ou soit on réarrange les morceaux pour qu’ils sonnent plus modernes, avec des textures de son qui puissent être exploitées avec le dispositif scénique. Là, le dispositif scénique a influencé l’orientation musical pour qu’à la fin l’album soit cohérent. On essaie d’écrire les morceaux pour le spectacle qui sera joué sur scène, car notre métier à nous, c’est la scène.

 

RO : Peut-on comprendre la musique d’Ez3kiel sans avoir vu les images du groupe ?

YN : Bien entendu, il y a plein de portes d’entrée dans la musique d’Ez3kiel. Peu de gens connaissent tous les secteurs dans lesquelles nous avons opéré. Il y a eu les concerts mais il y a eu les images, les animations interactives, les expositions et dernièrement les mappings. Il y a plusieurs de portes d’entrée dans lesquelles on ne voit qu’une partie de notre travail.

RO : Quelle émotion cherchez vous à provoquer chez le public en créant cette symbiose entre l’image et le son ?

YN : Dans l’idéal, n’importe quel artiste veut nécessairement toucher le public. Moi je ne sais plus ce que l’on veut faire. On essaie de faire des projets de plus en plus ambitieux. Le but est de concrétiser de gros projets, comme le projet d’Extended en faisant tourner vingt personnes. Le prochain projet L.U.X est également très lourd car le dispositif est très contraignant à installer et à déplacer. Par rapport au public, on cherche à le toucher. Et ensuite, c’est de réussir des projets écrits.

 

RO : Est-ce qu’il y a un public spécifique à Ez3kiel ?

YN : Le public change. Naphtaline nous a amené un public totalement différent de celui de l’époque où l’on faisait du dub électro. On parle toujours de grands écarts pour qualifier l’évolution de notre musique. Notre public est donc très hétéroclite, aussi vieux que jeune.

 

RO : Justement votre nouveau projet, c’est cet album, L.U.X, vers quelle univers sera t-il porté ?

YN : C’est le dispositif scénique qui a tiré le nom de l’album. L’effort va se faire sur la lumière, on va vraiment essayer de mélanger l’image et la lumière. Avant, on utilisait la lumière de manière traditionnelle. L’écran de projection est aussi un écran de lumière et là le dispositif sera de travailler l’imbrication image-lumière. C’est encore flou pour nous aussi mais d’ici le mois de septembre on y verra plus clair.

 

“ Notre album sera quelque chose d’inédit, de jamais vu auparavant ”

 

RO : Vous revenez régulièrement à l’idée de couleur, quelle sera celle de l’album ?

YN : Cela sera quelque chose de très lumineux, quelque chose d’inédit, de jamais vu auparavant et que personne ne peut faire. Ce que l’on fait, reste malgré tout influencé. Les travaux de 1024 Architecture, en collaboration avec Vitalic par exemple ou encore le cube imaginé par Étienne de Crecy. Ils étaient les premiers à travailler la lumière avec un design vraiment innovant. Nous resterons dans la continuité de ce qu’ils ont fait comme travail mais avec une autre patte, la patte Ez3kiel.

 

RO : Ce soir vous serez accompagnés d’un orchestre, qu’apporte t-il dans vos concerts ?

YN : Nous reprenons avec l’orchestre des morceaux de l’album Naphtaline, sorti il y a 4-5 ans. C’est un album trop calme pour être joué sur scène mais avec l’orchestre et filtré par 60 musiciens, l’album devient bien plus lyrique. Ce projet, on l’a réécrit pour 13 musiciens et là on le rejoue ce soir alors que cela fait plus de huit mois que l’on ne l’a pas joué.

 

RO : Le projet Ez3kiel Extended est-il compatible avec l’ambiance de festival ?

YN : Pas vraiment, on reprend des berceuses. Cela n’appelle pas du tout la même énergie que celle espérée dans un festival. C’est un projet écrit pour des théâtres, des places assises et qui descend très bas dans le côté intimiste. En festival, on ne peut pas. On joue à minuit, après 5-6 groupes, les gens veulent danser à cette heure là. On a donc favoriser les morceaux les plus énergiques mais on a accepté à le jouer en festival parce que c’est Terre du Son. On verra bien comment cela va se passer, cela reste de la musique.

 

RO : Votre tournée se poursuit, l’album s’apprête à sortir, quelles sont les dates importantes d’Ez3kiel ?

YN : Il y a un paquet de dates. La tournée commence en octobre mais le plus gros sera de novembre et jusqu’à mi-décembre. On cherche actuellement une maison de disque et en fonction de son calendrier, on définira la date de l’album, qu’on espère avant la tournée.

 

Mathieu Baijard

Étudiant en journalisme à l'IUT de Lannion. Passionné par le sport, la culture et le thé à la menthe. Suivez-moi sur Twitter ou CV

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