GONE GIRL – Tromperies, manipulations et femmes en colère

Le nouveau bijou de David Fincher a réalisé plus de 500 000 entrées en France,  en une semaine, loin devant le film Mommy de Xavier Dolan, sorti le même jour (8 octobre).

Adapté du roman Les Apparences de Gillian Flynn, le dernier film de David Fincher apparaît comme un thriller puissant, dévoilant un amour idyllique qui vire au drame.

 

Dans un charmant pavillon du Missouri, à l’image du rêve américain, tout est calme ce matin-là. Tout est normal, rangé, propre, comme d’habitude. Pour Nick Dunne (Ben Affleck), c’est une journée comme les autres, qui marque une année de plus dans son mariage qu’il a abandonné depuis longtemps. Jusqu’au moment où il s’aperçoit que sa femme, Amy (la formidable Rosmund Pike), a disparu. Une enquête judiciaire s’ouvre. Les médias s’embrasent. A partir de là, l’image de ce couple modèle et parfait commence à s’effriter. Trahisons et révélations alimentent le suspense. Mais où est Amy ? Que lui est-il arrivé ? Nick a-t-il tué sa femme ? Le comportement du personnage de Ben Affleck, passif face à la situation, perturbe les spectateurs, externes à l’histoire.

La revanche d’une blonde

[ATTENTION SPOILER] A travers une ambiance lugubre et froide dans les décors et les personnages, David Fincher manie les codes du parfait thriller. Bien que l’histoire se place du côté du mari – le public découvrant petit à petit l’enquête sous le regard subjectif de ce dernier – Gone Girl est un film qui met les femmes au premier plan. Alors que le personnage d’Amy est physiquement inexistant dans la première partie du film, son rôle est prédominant. Elle manipule autant son mari et l’intrigue que le spectateur. Car l’histoire est narrée par le journal intime d’Amy, outil de son complot. Donc le public suit naïvement, comme le mari, cette pièce montée – une histoire d’amour si parfaite – construite par sa femme.

Un jeu d’apparence et de tromperie

Dans ce film, la femme est manipulatrice, puissante et omniprésente. Le personnage de Ben Affleck, pauvre mari accusé à tord, est, certes, au cœur de l’histoire. Mais ce dernier est sans cesse influencé par les femmes qui l’entourent. À commencer par sa sœur jumelle, un personnage très attachant et protecteur envers son frère. Au départ, elle amplifie le doute lorsqu’elle l’accuse du meurtre de sa femme. Puis la policière, qui, cherchant à élucider l’affaire, finit également par être contre Nick Dunne. Et enfin la journaliste-people, fervente féministe, qui dès le début critique le mari. L’intrigue et l’enquête se retrouvent donc au main des femmes, qui perturbent à la fois le personnage principal et le spectateur.

Une satire de la société

Comme le scénario, le film lui même est une tromperie. Il est réalisé entièrement sur un jeu d’ « apparences », sur une manipulation créée d’abord par les personnages puis par sa représentation. Car il met en scène ce faux petit couple parfait, vivant la parfaite vie dans leur grande maison. Mais tout ceci est déconstruit grâce au pouvoir de la manipulation des images de David Fincher.

Son cinéma se distingue en effet par des plans fixes, où les couleurs sont saturées pour dépeindre une ambiance froide et lugubre. (Cette mise en scène est d’ailleurs la même dans House Of Cards, une production de David Fincher, lorsqu’elle représente le personnage de Franck Underwood comme un manipulateur, avare, orgueilleux en quête de pouvoir). Dans Gone Girl, comme dans House Of Cards, le réalisateur se pose comme moralisateur, et peint une satire de « ces gens-là », avides de pouvoir et de célébrité, et de « cette société » voyeuriste. L’apparence est à la base du livre de l’auteure Gillian Flynn, et est parfaitement retranscrit par le réalisateur. Ce dernier caricature la société, critique la manipulation médiatique, celle du rêve américain. Et jusqu’à la fin, la tromperie sort gagnante.

Joséphine Van Glabeke

Journaliste en formation à l'IUT de Lannion. Très curieuse, je m'intéresse à tout, mais j'ai un petit faible pour le monde du cinéma, de la musique et de la culture en générale.

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