EL DJEZAÏR – L’Algérie, terre de football

Terrain de foot à Tenès, commune située à l'ouest du pays, dans la "wilaya" (équivalent du département) de Chlef. / Photo DR

Terrain de foot à Tenès, commune située à l’ouest du pays, dans la « wilaya » (équivalent du département) de Chlef. / Photo DR

 

Il n’y a pas qu’au Brésil où le football est roi. En Algérie, il demeure le sport de référence et est inscrit dans les gènes, du nourrisson jusqu’au grand-père (« El Hadj »). Malgré un déclin lors de la décennie noire, il reste une passion de tous les instants, affirmée par le parcours glorieux de l’équipe nationale depuis 2010.

Les bambinos, les jeunes, les plus âgés, s’adonnent au sport numéro un en Algérie et plus globalement dans le monde : le football. Sur une parcelle de bitume ou un terrain synthétique, avec une balle en mousse ou en cuir, la passion reste la même. « Cela faisait longtemps qu’on avait pas vu une telle animation dans les rues d’Alger, un tel engouement pour le foot. Même ma fille pleure devant l’équipe nationale alors qu’elle ne le suit pas ! », s’exclame Hamid, kinésithérapeute et voisin dans mon immeuble. Depuis la « génération dorée » de 1982 des Madjer, Daleb ou encore Belloumi, le niveau algérien s’est constamment amenuisé, subissant le contexte politique qui a mis à feu et à sang le pays.

La dépression…

Le FLN (Front de Libération Nationale), qui a grandement contribué à la l’indépendance du pays, est décrété parti unique. Il le reste jusqu’en 1989, date à laquelle la liberté politique est proclamée pour une courte durée. Suite à la victoire écrasante du FIS (Front Islamique du Salut) aux élections législatives de 1991, le processus de démocratisation est interrompu par un coup d’état de l’armée. La guerre civile, lorsqu’elle débute en 1992, est une guerre urbaine : elle nait dans les banlieues d’Alger, et non à l’intérieur du pays. Ce n’est qu’à partir de 1994 que la violence touche les campagnes (la Kabylie en particulier).

Le MIA (Mouvement islamique armé) et les GIA (Groupes Islamistes Armés), ont profité, en 1992, de l’interruption du processus électoral, de l’incarcération, voire de l’exil ou de l’assassinat des cadres du parti FIS pour démontrer l’inutilité démocratique et conquérir l’ancien électorat de ce dernier. Elles ont rencontré dans les communes naguère acquises au FIS un soutien qui leur a permis d’entreprendre des opérations de guérilla contre les forces de sécurité en 1992 et 1993. Le coup semble être joué pour renverser le régime.

Mais à partir d’avril 1993, l’État mène une politique de « reconquête militaire » : des unités spéciales de militaires sont chargées d’appliquer une politique de terreur visant à dissuader la population de continuer à soutenir les combattants. La haine du régime et la violence de la guerre civile s’en trouve fortement accrue.

Stade Bologhine, vu depuis Notre Dame d'Afrique. / Photo DR

Stade Bologhine, vu depuis Notre Dame d’Afrique. / Photo DR

 

La remémoration…

Cette situation dramatique a éclipsé la sélection algérienne, qui a peu à peu disparu des compétitions internationales et accumulé les échecs à la CAN (particulièrement en 1992, 1994 et 1996). Mais le barrage du 18 novembre 2009 a tout changé. « C’est l’élément déclencheur d’un nouveau souffle, d’un regain de l’Algérie », analyse Sidahmed, étudiant en commerce à l’université d’Alger et fan assidu de football. « Cela reste dans les mémoires car la victoire, si symbolique soit-elle (victoire contre l’Égypte 1-0 après un match nul à Blida), a permis à l’Algérie de revenir sur le devant de la scène internationale en accédant, 28 ans après, à la Coupe du monde du football ».

Depuis cet évènement « national et historique », un soutien populaire s’est créé, à travers des chansons (« One two, three, viva l’Algérie », « Chebka ya l’Algérie »), et la ferveur dégagée par les supporters. « Je me souviens encore d’être allé à la Grande Poste, fumigène à la main, chantant « l’Algérie ya mon amour » avec des gens que je ne connaissais pas, rappelle Djamel, fervent supporter de la sélection algérienne. J’ai d’ailleurs appris à mon fils à jouer au football depuis ce jour ».

Malgré une élimination précoce (dès le premier tour avec l’exploit d’avoir tenu tête à l’Angleterre), l’EN a reconquis les cœurs des algériens, instituant une relation d’amour et de fierté entre elle et ses supporters. Après une CAN manquée (élimination en quarts de finale), le peuple algérien a gambergé. « On pensait que le regain de la qualification pour la Coupe du monde était éphémère », explique Rahim, chômeur qui passe son quotidien à suivre le football.

La consécration

Mais c’est sous la houlette de Vahid Halilhodzic, surnommé « Coach Vahid », que l’Algérie connaîtra son heure de gloire. Après une qualification heureuse contre le Burkina Faso, fin novembre 2013, les Fennecs démarrent leur Coupe du monde brésilienne contre la Belgique, adversaire le plus difficile à jouer du groupe (composé également de la Russie et de la Corée du Sud). « La tension était pesante dans le salon, mais aussi dans tout le pays. Toute l’Algérie retenait son souffle », expose Mustapha, gérant d’une épicerie.

La nouvelle génération, jeune et inexpérimentée au haut niveau (Brahimi, Slimani, Bentaleb, Taïder…), a une mission particulière : aller le plus loin possible dans la compétition et écrire à nouveau l’Histoire. Mission accomplie, puisque l’équipe nationale s’est qualifiée pour la première fois de son histoire en huitièmes de finale, posant jusqu’au bout d’énormes soucis à l’Allemagne, futur vainqueur de la compétition (2-1 après prolongations).

« On est fier du parcours de notre équipe », clame Mohamed, supporter algérien parti au Brésil grâce à l’aide du gouvernement. Le ministère des Sports, pour la promotion de l’Algérie, a fourni une allocation touristique de 2.500 euros à chaque supporter algérien qui s’est déplacé au Brésil. Plus de 2.000 Algériens ont ainsi profité de cette opération de grande envergure. Le ministre, Mohamed Tahmi, soulignait que « les 2.000 places mises en vente ont été épuisées en cinq jours, ce qui donne une idée sur l’attachement des Algériens, toutes catégories confondues, à leur équipe nationale ».

 

La maison algérienne continue pourtant d’être ébranlée. Dernière affaire en date, le décès en début de saison d’Alain Ébossé, attaquant de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), preuve qu’il reste des progrès à faire en matière d’encadrement et de sécurité.

Pourtant, la passion et l’engouement pour le football perdurent, comme en témoigne l’affluence de supporters lors du dernier derby entre le Mouloudia d’Alger et la JSK (plus de 30000 au stade Bologhine d’Alger, qui s’est soldé par une victoire de la JSK sur le score de 4-2).

Si l’Algérie perce dans d’autres sports (handball, athlétisme, lutte, basket), le foot demeure la référence sportive chez les algériens, où il est ancré, inculqué et enseigné dès le plus jeune âge (203900 licenciés en 2014 dans 2090 clubs, contre 139439 en 2004 dans 1525 clubs). À la fin des cours, les bambinos n’ont pas l’idée première de faire leurs devoirs. C’est le match qui s’impose en priorité. Après avoir chanté « Kassaman » (hymne national), les jeunes s’élancent vers le terrain en criant fièrement « One, two, three, viva l’Algérie ! ».

*El Djezaïr = Algérie

**El Dzaïr = Alger

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