BONNET VERT – Yves-Marie Le Lay, un militant philosophe

À 64 ans, Yves-Marie Le Lay pourrait profiter de sa retraite et vivre des jours paisibles. Mais non, cet ancien professeur de philosophie et militant éternel poursuit son combat, engagé depuis les années 1970 pour protéger l’environnement. Il lutte principalement contre les algues vertes.

 

Yves-Marie n’a pas peur de se regarder dans le miroir. Il est fier de ce qu’il est.

C’est dans une maison située à proximité du bourg de Locquirec qu’Yves-Marie Le Lay cultive sa soif du militantisme. Dans un jardin fleuri d’orties et habité par des limaces, dans une maison où cohabitent cloportes, vers de terre et salamandres, le militant assumé et affirmé se dit épanoui. « Chez moi, il n’y a pas de pesticides. Je laisse faire la nature », prévient l’homme âgé, d’une voix posée. Une nature omniprésente, qui frappe l’œil dès le franchissement de la porte principale. Des plantes vertes s’entremêlant et formant un arc au milieu de la pièce, un plant de tomates cerises près du canapé, un autre d’oranger à sa gauche, bienvenue dans l’univers d’Yves-Marie Le Lay. Bien installé dans son sofa bleu, éclairé par une lumière sombre, le « Breton pur jus » est prêt à déballer sa lutte en faveur de la qualité de l’environnement, le combat de toute une vie.

« C’est aux pollueurs de dégager »

Un combat qui prend racine dès la fin de ses années étudiantes. « Je suis militant depuis mes 20 ans. À l’époque, on avait créé une association, Solidarité étudiante », se souvient-il. Depuis, les années ont passé, les problématiques environnementales ont évolué, mais l’engagement d’Yves-Marie Le Lay est resté le même. Pourtant, rien ne le destinait au militantisme, et encore moins à l’aspect écologique. Né en 1950 d’un père professeur et d’une mère secrétaire de bibliothèque, il passe la majeure partie de son enfance en Afrique. Les innombrables statues africaines présentes aux quatre coins de sa demeure le rappellent. Au bord de sa cheminée, sur sa table de salon, sur le mur de la salle à manger, l’atmosphère africaine est palpable. Mais l’identité première d’Yves-Marie renvoie à la Bretagne, une région qu’il ne quitterait pour rien au monde. « Certainement pas, c’est aux pollueurs de dégager ! » La déclaration est claire, à l’image du personnage, droit dans ses bottes depuis le début de sa « carrière » militante.

Un problème aurait pu se poser au fil de sa vie active, où la vision du militant risquait d’influencer celle du professeur. En effet, Yves-Marie Le Lay a suivi les traces de son père, à un détail près. Lui n’était pas professeur de mathématiques puis de français, mais a enseigné la philosophie. Un militant prof de philo ? Le statut aurait pu en irriter plus d’un. « Certains disaient : Il va encore parler de marées vertes, il n’arrête pas, il pourrait peut-être se calmer un peu. » Mais non, fidèle à sa ligne directrice, le natif de Locquirec n’a jamais mélangé ses deux occupations. « En cours de philosophie, je ne passais pas mon temps à parler d’environnement. J’ai dû supporter des réflexions, mais si je suis professeur de philosophie, c’est que j’ai choisi de l’être et j’assume mon rôle, y compris aux yeux des élèves. Si on a choisi d’être militant, on assume aussi », déclare sans sourciller d’un trait l’homme au visage creux et au crâne encore peuplé de quelques cheveux blancs. Retraité de l’Éducation nationale depuis trois ans, Yves-Marie peut dorénavant se consacrer pleinement à ses activités de militant.

« J’assume d’être un casse-couille »

Il sévit particulièrement aux alentours de sa commune en tant que président de « Sauvegarde du Trégor ». À l’origine de la création de l’association en 1976, il voulait contrer le projet de centrale nucléaire à Beg an Fry. Suivi par 25 autres personnes, « dont une bonne dizaine de militants », Yves-Marie Le Lay a obtenu ce qu’il voulait, soit l’abandon du projet. Par la suite, l’association a été mise en veilleuse quelques années. Elle a redémarré avec le « scandale » des marées vertes en 2000. « On a fait une manifestation contre les algues à Saint-Michel-en-Grève », raconte ce père de deux filles qui mène à bout de bras la lutte contre les algues vertes. Maëline et Lénaïse l’encouragent à poursuivre son combat, même si elles ont pris des chemins différents de celui de leur père. La première est, à 32 ans, chercheur au CNRS, et s’intéresse particulièrement à la place du théâtre en Afrique. « Cela correspond à la culture de la famille », ajoute Yves-Marie. La seconde, 26 printemps, travaille à l’échelle de produit du groupe Lactalis. « Mes filles sont intéressées par ce que je fais, elles ne disent pas que leur père fait n’importe quoi. »

D’autres ne s’en privent pas, Yves-Marie en est bien conscient. « Je ne m’attends pas à avoir des applaudissements tout le temps. Je ne peux pas faire plaisir à tout le monde, il y en a plus d’un qui va me prendre pour un casse-couille. Il faut assumer. » Et ce défenseur de la nature assume parfaitement. « Je suis fier d’être militant. » Le temps de reprendre une respiration, se redresser dans son canapé, il nous livre la qualité première d’un militant. « C’est la ténacité. J’ai vu plein de personnes qui ont été actives à un moment donné, mais qui ont lâché. Elles ne se sont pas retournées contre notre association mais on ne les voit plus. Moi j’ai l’avantage de l’âge pour dire que j’ai tenu », lâche l’habitant des lieux en riant.

Une raison de vivre

Aujourd’hui, le militantisme est devenu « ma raison de vivre. Dès que je vois une pollution quelque part, je ne peux pas accepter qu’elle continue. » À la longue, la frustration de toujours devoir lutter se fait sentir. « Mais je n’ai jamais songé à renoncer. Des fois je me dis : « Ils font chier ! ». Raison de plus pour continuer. » Une autre raison le pousse à persévérer : la transmission. « Ce ne serait pas normal qu’à cause de notre génération, vous ayez votre vie empoisonnée. C’est pourtant ce qu’il peut se passer. Je pense au danger nucléaire. L’empoisonnement est long et profond. C’est une terrible responsabilité. Je ne me résigne pas à voir le spectacle aujourd’hui d’une nature complètement dénaturée, défigurée. Personne n’est gagnant. J’aurai envie quand je vois les paysages que je connais, qu’ils soient préservés. Que la vie d’aujourd’hui soit préservée. » Une chose est sûre, les nombreuses peintures de littoraux bretons accrochées à ses murs rappellent à Yves-Marie la beauté de sa région.

Une région à laquelle il associe son plus grand regret : « Ça fait aussi partie de ma honte : c’est la pauvreté du personnel politique breton, je suis sans pitié. Ce sont des couilles molles. Personne ne veut partir au combat contre la FNSEA. La Bretagne est dirigée par les cochons et les poulets. Après tout, il y a des casse-couilles, des couilles molles, c’est peut-être ça l’image de la Bretagne », dit-il d’un ton à la fois fataliste et hilare.

Anti bonnets rouges

Une région dont l’image a été associée à celle des bonnets rouges récemment. Un mouvement pour lequel notre militant de Locquirec est « très radicalement contre. Quand dans un mouvement de protestation, j’entends les slogans et je vois qui les portent, avec le seigneur de Bretagne Troadec et Thierry Merret, représentant de la FNSEA… Je ne peux pas être sur le même trottoir qu’eux. Je ne peux pas me battre à coté du Roi des pollueurs de Bretagne. » Il reste pourtant « fier d’être Breton », mais ne risque pas de porter un bonnet rouge. « Le mien est vert. » Il a rejoint le bord écolo depuis 2008, date où la politique socialiste lui est apparu « insupportable. » Il va même plus loin : « Je ne voterai plus pour un candidat socialiste. »

L’un de ses combats majeurs, c’est de « préserver la valeur du littoral pour que les générations futures puissent en bénéficier. Mon objectif n’est pas de combattre égoïstement mon cadre de vie. C’est aussi de garder cette joie qu’on a à parcourir les côtes bretonnes. » Une joie qui risque de faire grise mine si les comportements ne changent pas, ou ne sont pas dénoncés. Yves-Marie peut se targuer, lui, de manger bio et de rouler avec une voiture à gaz. « Ça consomme plus mais ça pollue moins. » Yves-Marie Le Lay s’est déjà bien engagé sur la voie de l’écologisme. Et n’est pas proche de la sortie de route.

Les Marées vertes tuent aussi !

Rédigé avec son alter ego André Ollivro, Yves-Marie Le Lay a sorti le livre en mai 2011 avec comme objet la dénonciation des marées vertes. Il l’avoue de lui-même : «  Ça n’a pas été un succès. » Il regrette qu’  « il n’y a pas eu du tout de publicité faite dessus. La deuxième chose, c’est que quand un livre dérange, on met le tapis dessus. » Ce serait donc ça la raison de l’échec du livre, trop polémique, trop alarmant. Mais même si le bouquin n’a pas eu l’audience escomptée, Yves-Marie Le Lay continue son combat contre ce « problème de santé publique » et ne voit pas ce qui le fera changer de position. « Il n’y a jamais eu de condamnation au tribunal contre ce livre, tout ce qu’on dit est vérifié, on a des éléments et des preuves de ce qu’on avance. Je n’ai reçu aucune pression. »

Le livre d’André Ollivro et d’Yves-Marie Le Lay est réalisé sous forme d’entretiens.

 

Pierre Léziart

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