ROLLER DERBY – Morues roulantes, folie ambiante

Dans un gymnase de Lorient aux allures décrépies, « Les Morues » pratiquent plusieurs soirs par semaine le Roller Derby, un nouveau sport au goût de « Girl Power ».  Elles sont une vingtaine à se retrouver pour partager coups et rires, perchées sur leurs roulettes.

 

Les « Morues » de Lorient se disent « féminines, soudées et fières ».

« Être Morue, c’est être humble ». Sur la piste de course, quatre joueuses aux allures punks, patins à roulettes aux pieds, se rapprochent pour former une défense. Le match d’entraînement est sur le point de commencer. « Bande de….Morues ! » Le cri de guerre est lancé, les filles s’élancent avec fougue pour gagner un maximum de points. Le but : faire le plus de tours de piste possible, en un temps record.

Emilie Koxys Tolchok, la jammeuse , s’avance à toute vitesse sur le track. Armée des genoux à la tête, en mini jupe et débardeur signé « Les Morues », la joueuse ouvre la partie. Derrière elle, six filles la suivent, telles des guerrières. Les coups partent, certaines glissent en arrière, se bousculent, mais toujours avec un vif esprit d’équipe.

« Si tout le monde en faisait, le Roller Derby sauverait le monde »

Le coach, Mathieu, annonce la première pause. Les filles reprennent leur souffle et resserrent leurs patins. Deux se sautent dans les bras, se charrient et se donnent des tapes sur les fesses. La solidarité, l’esprit de famille : le Roller Derby n’est pas que synonyme de violence. « Le Derby permet de prendre confiance en soi, savoir qu’on peut compter sur les autres filles de son équipe », explique Elodie, alias Elo-Roïd, la capitaine des « Morues ». A ce même moment, une jeune Morue aux cheveux roses et piercing au visage rentre dans la salle Kerjulaude de Lorient. Toutes les joueuses s’arrêtent subitement, pour lui souhaiter de vive voix son anniversaire. « Voilà la preuve qu’on est une vraie bande de copines », sourit Émile.

Le Roller Derby véhicule des valeurs qui dépassent le sport en lui même. Cette pratique permet de rencontrer d’autres personnalités et de se défouler. D’après Émilie, « la vie de tous les jours n’est pas toujours rose. Parfois on se dit que le Derby sauverait le monde si tout le monde en faisait ».

Les « Derby name » : création d’un nouveau moi

« On adapte notre tenue par rapport à notre caractère, explique Émilie. On aime bien les couleurs qui pètent et le maquillage à outrance, ça permet de vraiment se lâcher. » Quatre soirs par semaine, les joueuses viennent retrouver leur bande de copines déjantées. Assistante sociale, étudiante, lycéenne, technicienne de laboratoire ou chef de travaux, « Les Morues » de Lorient viennent de milieux très différents. Ce qui ne les empêche pas de se chambrer, s’encourager et se câliner. L’entraînement est l’occasion de complètement lâcher prise. « C’est un sport rock, un bon défouloir pour tout le monde, explique Émilie, Il faut avoir du répondant ! »

Entre les jammeuses et les bloqueuses, les manières de patiner sont différentes. Chaque joueuse choisit d’ailleurs son rôle selon sa personnalité et son « goût du risque ». Une fois sur le terrain, elles se construisent un autre personnage, et déterminent un « Derby name ». Zaza Assass In, Petite Zombie, Bloody Mary, Air Peste, Izatatak : tous ces pseudonymes farfelus sont propres aux joueuses. « C’est un peu comme un nom déposé. On ne peut pas avoir le même qu’une fille d’une autre équipe », explique la mascotte des Morues, Angélique. Ces noms tous aussi loufoques reflètent le côté show et punk du sport. « C’est un nom de combattant, qu’on utilise pour se motiver lors d’un match ».

« Féminines, soudées et fières »

L’aventure Roller Derby a été lancée à Lorient il y a quatre ans, en novembre 2011. Autour d’un verre dans un bar du quartier marin du port de pêche, cinq copines étudiantes ont mis au point ce projet. Toutes étaient motivées pour faire découvrir ce nouveau sport venu des Etats-Unis, « un peu décalé et dans lequel on peut revendiquer des idées ».

L’association s’est formée, et avec elle, l’équipe des Morues. Au départ, les quelques joueuses s’entraînaient le soir, sur des parkings ou dans des skate parc, faute d’avoir une salle. « On voulait pratiquer un sport inconnu », explique Émile, l’une des pionnières. Actuellement, l’association compte une cinquantaine de licenciés, et parmi eux une quinzaine a le niveau requis pour participer aux matchs. Le club est désormais reconnu par la mairie de Lorient, qui a accepté de leur prêter une salle et leur verser des subventions. « C’est important pour qu’on puisse continuer à s’entraîner », explique Mirabelle, la trésorière du club de patins de Lorient.

Avec des tenues déjantées, un esprit punk et le sens du spectacle, le Roller Derby a des airs de catch américain. Lors des matchs, les joueuses n’hésitent pas à se tartiner le visage de maquillage noir pour intimider l’équipe adverse. Aux visées féministes, ce sport est né du « Girl Power » des années 1990, par « des filles qui en avaient marre de ne pas entrer dans les critères de beauté des Pom-Pom girls qui mangent une feuille de salade par jour pour garder la ligne, rigole Emilie. Ces filles voulaient pratiquer un sport de brutes tout en restant des femmes à part entière » Même si ce n’est pas un sport de combat, la joueuse blonde aux allures punk met en garde : « Ça reste un sport super violent ». Une fois les patins aux pieds, des coups sont vite arrivés : « On se prend des bonnes gamelles, ça peut en décourager certaines… »

« L’entraide pourrait disparaître »

Si le Roller Derby se veut un sport « bon enfant », son côté familial pourrait bien prendre fin : « avec le succès du Roller Derby, de plus en plus de club se forment. Si on veut atteindre un plus haut niveau, l’entraide entre les équipes risque de disparaître, explique Émilie. Mais cela reste un loisir avant tout ! » En Bretagne, les équipes de Nantes, Rennes et Brest sont formées depuis longtemps et jouent avec un niveau professionnel. D’autres villes comme Vannes, Quimper, Guingamp et Roscoff sont en train d’entraîner des groupes plus jeunes et mixtes. Un fossé commence alors à se créer entre les clubs.

La reconnaissance du Roller Derby à la Fédération française de Roller Sport (FFRS) il y a deux semaines pourrait avoir des répercussions importantes au sein des équipes. Mirabelle est enthousiaste face à cette nouvelle, mais ne cache pas certaines craintes: « Ça va nous permettre d’avoir plus de subventions, d’accès aux salles d’entraînement, et de match. Mais ça peut aussi remettre en cause tout l’esprit loisirs du sport ».

Plus qu’une « bagarre entre gonzesses »

Très peu connu en France, le Roller Derby trouve petit à petit sa place dans les sports nationaux. Mais de nombreux préjugés persistent sur ce sport, souvent considéré comme une « bagarre entre gonzesses ».

La liste des matches n’est pas prête de prendre fin pour les Morues, désormais connues Outre-Manche. Pour leur premier déplacement à l’étranger, les joueuses ont voulu faire honneur à leur nom en affrontant l’Islande : « C’est une terre de pêcheurs de morues, on était obligées d’y aller ! Siècle après siècle les pêcheurs Bretons s’y rendaient. C’est une sorte d’hommage », explique Émilie. Ce match a eu lieu le 12 octobre dernier, signant la première victoire hors France de l’équipe. Chaque Lorientaise y a mis de sa poche pour subventionner ce voyage.  Depuis, les entraînements continuent pour les Morues, qui devraient disputer leur prochaine rencontre face aux « Vilaines » de Rennes le 14 décembre.

Actuellement, et jusqu’au 7 décembre, le premier championnat du monde de Roller Derby a lieu aux Etats Unis, à Dallas. Aucune des Morues n’est partie, mais toutes encouragent les quelques bretonnes qui s’y sont rendues. Émilie s’en réjouit: « C’est un peu la classe à Dallas ! »

 Les règles de ce sport :

Sur le terrain, deux équipes de cinq s’affrontent. Une « Jammeuse » par team dont le but est de faire le plus de tour de terrain possible par Jam. Elles sont soutenues par trois bloqueuses et un pivot.

Un match de Roller Derby dure deux mi-temps de 30 minutes. Chacune est décomposée en parties « Jam » de deux minutes maximum.

Les contacts sont autorisés. Il est possible d’attaquer un adversaire avec toute partie du corps située entre les épaules et les mi-cuisses, à l’exception des coudes, des avant-bras et des mains.

La piste est appelée « Le Track » et l’équipe de bloqueuse « le Pack ». La brièveté des « Jams » et la rapidité des actions nécessitent pas moins de 18 arbitres pour chaque match.

Avec la participation de Juliette Surcouf

Amélie Tagu

étudiante en journalisme à l'IUT de Lannion Je m'intéresse à la culture (cinéma, théâtre, littérature), mais également aux sujets locaux. Vous pouvez me suivre sur Twitter

Latest posts by Amélie Tagu (see all)

Joséphine Van Glabeke

Journaliste en formation à l'IUT de Lannion. Très curieuse, je m'intéresse à tout, mais j'ai un petit faible pour le monde du cinéma, de la musique et de la culture en générale.

Latest posts by Joséphine Van Glabeke (see all)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.