EN SELLE – Lanarvily, fabrique à champions

Francis Mourey, encore et toujours le boss à Lanarvily. / Photos Elen Rius

Plus de 10.000 personnes sont venues assister à la 58ème édition du circuit du Mingant à Lanarvily, petite bourgade de 145 habitants à côté de Brest, qui accueillait pour la première fois une finale de coupe de France de cyclo-cross, le 14 décembre dernier.

 

Il est environ neuf heures. Un doux et beau soleil s’installe sur les hauteurs du village. Le temps est froid et sec. Les équipes s’activent. Montage des vélos. Lavage. Derniers réglages. Tout est mis en place pour que les coureurs soient en bonnes conditions pour débuter. La pression monte de minute en minute, les visages crispés par l’enjeu de cette course.

Malgré tout, l’ambiance se veut conviviale. Des familles entières ont fait des centaines de kilomètres pour soutenir et observer leur fils ou leur fille dévaler les pentes, enchaîner les virages ou sauter les planches. Un terrain, certes boueux, mais très technique attend les cyclo-cross men, comme le confirme Mickaël Crispin, champion de France de cyclo-cross chez les juniors la saison dernière : « Le circuit de Lanarvily, je l’aime bien, car il est technique, vallonné. C’est un bon circuit de cyclo-cross qui est très physique ».

Dix heures. La finale va commencer avec les juniors. Crispin le Finistérien, potentiellement favori, part en première ligne. Les vestes volent, les derniers encouragements se font entendre. Les regards sont concentrés, portés vers le premier virage, qui engage les cyclistes sur la partie « champ » du circuit. Le départ est intense, la bagarre sera rude tout au long de la course, rythmée par les encouragements des familles et passionnés de vélo et de la « voix du Tour », Daniel Mangeas. Présent sur toutes les compétitions cyclistes, le célèbre commentateur qualifie Lanarvily comme « un lieu hautement symbolique, de part sa petite taille mais surtout pour son parcours atypique, qui mêle route, champ et forêt ». Il n’oublie pas de souligner la qualité du public, « incroyable de passion et d’enthousiasme », et de l’organisation, remerciant chaleureusement l’implication des bénévoles, « qui se donnent corps et âme pour que la finale se déroule au mieux ».

La course sera finalement remportée au général par Dujardin, Crispin finissant à la 18e place. « Ce qu’il m’a manqué à Lanarvily, c’est ma forme physique qui n’est toujours pas au top », explique le sociétaire de l’OC Locminé. Il met en lumière le public, qui l’a soutenu jusqu’au bout. « Ça m’a fait très plaisir mais j’aurais aimé faire quelque chose de mieux devant toutes ces personnes qui m’ont encouragé ».

Place désormais aux espoirs. Marquée par la chute puis l’abandon de Gicquiau dès le top départ (le Breton, qui était 2ème au général et un des favoris), la course sera dominée de bout en bout par Romain Seigle (Franche Comté), qui reléguera le deuxième à plus de 28 secondes ! On assiste au même scénario chez les cadets, où Jérémy Montauban (Rhône Alpes) remporte, avec le même écart, la couronne nationale.

Les champions au rendez-vous

Ça parle, ça discute, ça crie. L’animation se retrouve aux quatre coins de la piste, de la descente au fond du bois jusqu’aux environs de la salle de presse, où les équipes sont regroupées. Cependant, deux courses font « saliver les babines » des spectateurs : celles des dames, où la récente championne du monde sur route Pauline Ferrand-Prévot est très attendue, et celles des élites, où Francis Mourey, octuple champion de France de cyclo-cross, devra faire face à une rude concurrence (Venturini, Canal…) s’il veut ajouter un nouveau titre à son palmarès.

Quatorze heures. Les dames se mettent en place sur la ligne de départ, « PFP » en tête. Rayonnante dans son maillot Équipe de France, la Rémoise, sourire aux lèvres mais concentrée, est prête. Elle prend l’ascendant dès le premier tournant, et se dégage rapidement du peloton. À chaque virage ou passage des planches, on entend « Merci PFP ! ; Allez Pauline ! ». Elle écrasera cette finale par son professionnalisme et son abnégation, mettant ses adversaires à plus d’une minute ! Celle qui, selon Daniel Mangeas, est « aussi élégante sur le vélo que dans la silhouette », a été impressionnée par le public venu à Lanarvily, soulignant au passage le côté symbolique du lieu.

Quinze heures. Le niveau, qui s’est élevé progressivement avec les catégories, atteint son apogée avec l’arrivée des élites sur la ligne de départ. On assiste dès lors à une course entre professionnels, alors que les coureurs des catégories précédentes sont considérés comme des amateurs. C’est, entre autres, le mélange entre professionnels et amateurs qui fait le charme de Lanarvily.

Les conditions météorologiques se sont dégradées, avec l’arrivée de la pluie. Flanqué de son maillot de l’Équipe de France, Francis Mourey, le coureur FDJ, qui a affrété un bus pour lui tout seul, part en première ligne, aux côtés de son jeune adversaire Clément Venturini, de Cofidis, qui le talonne au général, et de Fabien Canal, de l’Armée de Terre, qui vient récemment d’accéder au statut professionnel. La pression se fait sentir dans les regards.

L’affluence grandit, pour la dernière course de cette finale de la coupe de France. S’enchaînera une lutte à quatre, avec l’inattendu David Menut, qui tiendra la 1ère place pendant la moitié de la course, avant de connaître un souci mécanique qui le verra finir à la 19e place, terminant les 200 derniers mètres à pied, vélo sur le bras. Dévalant les pentes à une allure monstre, rasant de peu les spectateurs présents à ces endroits, les quatre coureurs ont tenu en haleine un public bouche bée, qui a vu le n°1 français remporter son troisième titre à Lanarvily, grâce, aussi, à l’aide son coéquipier en club Arnold Jeannesson.

Après la célébration officielle, coureurs, journalistes, photographes, membres de l’organisation et spectateurs s’empressent de rentrer pour s’abriter. Ça y est, la magie de Lanarvily s’est éteinte, le village va retrouver son rythme habituel jusqu’à l’année prochaine. Il se pourrait que le petit bourg accueille à partir de 2017 une étape de la Coupe du monde de cyclo-cross sur son circuit du Mingant. What else ?

Le reste des photos, par Elen Rius (plus de photos ici)

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