ÉDITO – D’une lâcheté sans nom

Le dernier dessin prémonitoire de Charb paru dans Charlie Hebdo. / Photo DR

On avait presque oublié le danger. L’attentat d’hier, dans la rédaction de Charlie Hebdo et les rues de Paris, nous rappelle douloureusement le déraillage du train Paris-Strasbourg en 1961, par l’Organisation Armée Secrète. On les compare au nombre de morts ; pourtant, ils ne sont en rien semblables. Pour l’une des premières fois en matière de terrorisme, une attaque vise une rédaction particulière, des dessinateurs reconnus pour leur impertinence provocatrice, et surtout leur talent.

Les journalistes s’offusquent, et ils ont raison. On pourra peut-être leur reprocher d’avoir été beaucoup plus discrets sur d’autres crimes, ailleurs dans le monde. Mais cette agitation n’est en rien illégitime. Imaginez un instant deux hommes cagoulés et lourdement armés entrer comme si de rien n’était dans une rédaction, de jour, dans la capitale française, aux yeux de tous, anéantir en cinq minutes la vie de 12 personnes et de leur famille, et ressortir aussi calmement qu’ils sont arrivés.

On pourra se réjouir à juste titre du soutien de la population aux journalistes disparus et à leur profession si violemment prise pour cible. Pourtant, le pire est peut-être à venir : après le choc de la mort des dessinateurs, des policiers, du personnel de la rédaction, d’autres attentats se déroulent, même si aucun lien n’est pour l’instant établi. À la Porte de Châtillon ce matin, des coups de feu ont tué une policière municipale. À Villefranche-sur-Saône, dans la périphérie lyonnaise, un restaurant près d’une mosquée a été ciblé par une explosion. Elle est peut-être là, la stupéfaction : des terroristes surarmés qui arrivent à déjouer l’efficacité de nos forces de sécurité, du plan Vigipirate, de la surveillance à grande échelle, de tous ces systèmes que l’on pensait éprouvés.

Est-ce l’œuvre d’une organisation terroriste islamique ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Mais si la piste se confirme, il existe une certitude, et elle n’est pas neuve : là-bas, dans les plaines désertiques et les massifs syriens et irakiens, en plein chaos, des hommes s’entraînent et convainquent la population locale de les laisser faire. Avec la violence, sans doute, mais aussi avec l’argent. La suspicion d’un attentat revendiqué par Al-Qaïda, mouvance fondamentaliste que l’on pensait désorganisée après la mort d’Oussama Ben Laden et en quête d’influence, renforce ce sentiment d’un terrorisme en puissance. Or, pour défendre la presse et toutes les libertés afférentes, il ne suffira pas de déclencher épisodiquement un plan Alerte Attentat, si efficace soit-il. Si l’on veut se donner les moyens de défendre la liberté de la presse, notre liberté de la presse, il faudra porter le message au monde entier.

La rédaction

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