PUZZLE 14 – Paul Personne, pas qu’un simple bluesman

Paul Personne fait parti de ces artistes à part entière dans la scène musicale française. Toujours discret mais aussi toujours présent, il a su marqué de sa présence la scène indé française. Il nous fait l’honneur de se livrer pour ReportOuest.

 

Paul, comment s’est déroulée la création de votre album ?

Ça a été très spontané et très rapide. J’étais en tournée depuis deux ans avec le groupe A l’Ouest. Quand on est rentré de tournée à l’été 2013. Je leur ai dit que je ne les laisserai pas repartir comme ça et que j’avais des tas de nouvelles idées. Je voulais essayer quelques trucs sans avoir besoin de faire de maquettes à la maison. J’ai voulu surfer un peu sur la vague de ces deux ans de complicités et d’amitiés. On essayait des trucs qui ont sonné super vite ! J’étais avec mon petit dictaphone, on faisait une ou deux prises et je leur expliquais ce que j’avais en tête. On se faisait des petites sessions de deux ou trois jours et en septembre 2013, l’album était presque prêt. J’ai fait des textes assez rapidement, je ne voulais pas trop intellectualiser le propos. Je voulais que ce soit vraiment très brute et spontané. Après, le temps de le mixer, de trouver un label, ç’a mis un peu plus de temps.

Est-ce qu’il y a eu beaucoup de changements musicaux par rapport aux autres albums ?

Pas vraiment. Il y a une époque où je faisais des petites démos à la maison avec un petit 8-pistes et je cherchais un peu dans quelle direction irait les morceaux. Donc je venais en studio avec quelque chose déjà établi. Là, je prends mon magnéto, je décris mes idées et on voit dans quelle direction, ça part. On sent vraiment les vibrations entre êtres humains !

Je n’aime pas la musique aseptisée avec les boîtes à rythmes. On est dans une période très clinique en ce moment. Je trouve que la musique, en essayant d’être parfaite, devient un peu froide et chiante. Il y a des imperfections dans mes disques. Mes solos parfois pourraient être mieux. Mais si je les refaisais, ça ferait vraiment pièce rapportée.

En parlant de pièce, pourquoi avez-vous appelé cet album Puzzle 14 ?

Le 14, c’est parce que je suis à mon 14ème album studio et parce qu’il est sorti en 2014. Et Puzzle parce qu’un disque est déjà un petit puzzle. Il contient des histoires qui se rassemblent ou pas. Je pense aussi qu’on est tous à la recherche d’une pièce manquante. Une recherche de bonheur ou autre chose, on recherche tous quelque chose. Et quand on trouve un titre d’album, il ne faut pas trop se creuser la tête non plus.

Vous dites que vous vouliez pas trop intellectualiser votre musique. Mais est-ce qu’il y a quand même un message qui ressort de cet album ?

Je n’arrive pas à m’en rendre compte même quand j’essaye d’avoir des textes simples. Je ne voulais pas utiliser de métaphores, de jeux de mots. Je ne me considère pas comme un auteur. Moi je raconte des ressentis au travers d’autres personnages ou de choses que je vais voir dans la vie.

Je suis un peu une sorte d’éponge comme pas mal de musiciens. Si on est perméable quand on entend certaines conversations, on peut en tirer quelque chose. Je ne voulais pas revenir sur tout ça et faire des textes très travaillés. Je voulais que ça aille bien avec la musique et que ça soit un peu brute. C’est aussi pour ça que j’ai essayé d’aller vite.

A propos de la tournée, comment cela se passe avec le groupe A l’Ouest ?

C’est super ! C’est des jeunes mecs qui se connaissent depuis très longtemps. Je les ai connus quand ils étaient très jeunes. Ils étaient musiciens et faisaient la même musique que moi donc forcément on s’est rapproché. On a fait des bœufs ensemble et dès qu’ils ont fait le groupe A l’Ouest, ils ont joué en première partie de certains de mes concerts. Et puis comme on avait de la complicité ensemble, ç’a été vachement sympa quand on a travaillé ensemble.

Vous avez joué à l’Olympia. Comment cela s’est passé dans cette salle mythique ?

C’était vraiment bien même s’il y a plein de salles parisiennes vraiment chouettes. C’est une salle mythique qui a accueilli Edith Piaf, Jimi Hendrix, les Beatles et tant d’autres. Donc quand on y met les pieds la première fois, on se dit « Ah j’y suis ! ». Et depuis, j’ai souvent traîné là-bas, j’y ai même enregistré des albums lives. Quand on me propose une salle parisienne, j’y vais ! C’est vrai qu’il y a d’autres salles mais j’aime bien la dimension autour de 2 000 personnes, on voit le visage des gens. Il y a un bon son et la scène est agréable donc pourquoi aller voir autre part ?

« Je suis un autodidacte complet »

Vous nous parlez de tous ces artistes marquants qui sont passés à l’Olympia. Quels ont été ceux qui vous ont marqué et donné envie de faire du blues ?

Dans la musique, je fais uniquement ce que j’ai envie. Et puis quand on écoute mes albums, on voit qu’il y a des ballades acoustiques, des morceaux rock ‘n roll. Je sais que depuis les années 80, on m’a étiqueté comme bluesman. Je ne renie pas non cette grosse influence sur ma musique comme avec le blues anglais ou encore le Chicago Blues.

Mais dans les années 60, j’ai été un ado qui a été élevé à plein de bonnes choses, les Kinks, les Beatles, les Stones ou les Animals. Il y en a énormément comme Aretha Franklin avec le rythm and blues. Il y avait aussi la Côte Ouest avec Jefferson Airplane ou Crosby, Stills, Nash & Young. Rien que dans les guitaristes, la liste serait longue entre Eric Clapton, Peter Green, Jimi Hendrix, Albert King, BB King. C’est ça qui est bien avec la musique, c’est que tout les grands professeurs sont nos discothèques avec nous. Moi je suis un autodidacte complet, je ne sais pas lire la musique mais tout est question de ressenti, d’improvisations et de feeling. Il suffit que j’écoute ces musiques et je trouve l’inspiration.

Et avec toutes ces influences anglophones, pourquoi avoir choisi le français plutôt que l’anglais ?

Dans ma vie, j’ai souvent chanté en français et en anglais. Quand je jouais dans les bars, on faisait des reprises donc on chantait en anglais. Mais au niveau des compositions personnelles, c’était moins bien vu, on était sûr de ne pas passer en radio et ne pas attirer l’attention parce le marché anglo-saxon dominait déjà. Et en général, dès qu’il y avait des composition avec les premiers groupes au début des années 70, tout était en français. Et juste après, j’ai eu deux groupes au milieu des 70’s. Là, je chantais en anglais parce que je voulais jouer à l’étranger et tourner en Europe mais finalement j’avais pas beaucoup de dates là-bas. Donc je me retrouvais à chanter en anglais devant un public français. Entre les chansons, je me retrouvais à devoir leur expliquer de quoi parlait les chansons. J’ai fini par trouver ça vraiment ridicule. Quand j’ai vraiment démarré Paul Personne, je me suis dit soit je pars soit je reste et je chante en français. Je savais que le feeling de la musique est important mais que le poids des mots aussi. Alors quand on écoute des mecs chanter en anglais sans vraiment comprendre, c’est comme si on avait que la moitié de l’image. Maintenant, je n’ai rien contre les gens qui préfère la langue anglaise pour s’exprimer.

Donc vous êtes plutôt pour la chanson française ?

J’ai du mal à dire ça parce que c’est pas non plus vraiment de la chanson française, ce que je fais. Mais on est en France, je pense que c’est bien de comprendre ce que raconte les mecs. Quand Springsteen raconte des histoires, s’il les avait chanté en chinois, il aurait pas eu le même succès populaire. Ce qu’il racontait c’était important et tout le monde se retrouvait dans ses chansons. Après je ne renie pas le côté chanson française même si je ne suis pas du côté de la variété.

Et qu’est-ce que vous pensez de la scène française en général ?

Je trouve qu’au fil du temps, elle s’est décomplexée. C’est le côté positif ! Après je suis pas non fan de tout ce qui sort en France. Mais il y a eu une affirmation. A une époque, tout le monde complexait face aux Anglo-Saxons. Il y a une certaine maturité maintenant et on sait prendre de la distance par rapport aux Anglo-Saxons. Après, même si tout le monde fait des efforts, il y a des trucs qui me plaisent et d’autres pas. Et maintenant, la French Touch s’exporte donc que demander de mieux !

Pour finir, quelles sont vos coups de cœur musicaux de 2014 ?

J’ai énormément aimé Jonathan Wilson ! C’est une sorte de sorcier californien. Un jeune mec qui fait un son folk-rock. Il a son studio où il produit des gens aussi. J’aime bien ce côté indépendant mais avec des mélodies vraiment très chouettes. Il y a un groupe que j’aime bien aussi c’est les Rival’s Sons, c’est pareil un groupe californien. Mais là, le son est plus dur, j’adore le chanteur chante vraiment bien et à un super charisme. Voilà un peu mes deux coups de cœur de l’année 2014.

Avec Victor Donadei.

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